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Un hommage à la cinéaste Solveig ANSPACH


Il y a de cela,  plus d’une dizaine d’années, j’avais écrit un projet d’une série de documentaires : « Paris Ville Ouverte » proposé à une maison de production qui s’appelait BIGZIGA. La série n’a  jamais été produite.   En voici le résumé, le pitch, comme on dit maintenant.

 Projet d’une série vidéo et film 8X15mn sur Paris. Chacun des documents sera réalisé par une ou un cinéaste d’origine étrangère ayant choisi de vivre et de travailler à Paris. Qu’ils soient du Nord (Arnold BARKUS, Chantal ACKERMAN, Solveig ANSPACH, Kryztof ROGULSKI) ou du sud ( Assia DJEBAR, Elsie HAAS, Lam LE, Valeria SARMIENTO) ils nous content à leur manière l’histoire de leurs relations particulières avec cette ville. La durée contraignante de 15 minutes par opposition à la liberté du format ( film ou vidéo) et du traitement (documentaire, documentaire fictionné, docu-drama…) a imposé à chacun un vrai travail d’auteur. Ils nous proposent à travers la multiplicité de leurs regards, de leurs vécus une analyse parfois tendre, parfois inquiète et parfois drôle de leur exil à Paris.

J’ai retrouvé le texte du script de l’une des réalisatrices Solveig ANSPACH  dont la participation au projet était acquise, il m’a semblé bon de  le partager avec les lectrices et lecteurs du blog, tel qu’il a été rédigé  par Solveig Anspach dans toute sa rigueur, beauté et  simplicité.

 
                                                        BARBES-ROCHECHOUART

             Note d’intention pour un projet de film de 15’ sur le métro Barbès-Rochechouart Paris 75018

 
Mes origines
Depuis plusieurs années, j’habite rue Ramey dans le 18e arrondissement.
Je suis née dans une petite archipelle volcanique située au sud de l’Islande, le pays de ma mère.
Elle quitte son pays à 20 ans pour venir faire ses études d’architecture à Paris. Enceinte elle aime retourner dans son île pour nous enraciner, ma sœur et moi dans le sol ancestral.
Mon père lui, est né à Berlin de mère roumaine et de père allemand. Juste avant la 2nde Guerre Mondiale, sentant venir le danger, ils fuient l’Europe pour s’installer à Brooklyn, New-York. Mon père débarquera plus tard avec d’autres Marines sur une plage de Normandie.

 
Mon quartier
C’est sans doute à cause des mes origines compliquées que j’aime le 18e arrondissement, son brassage de cultures, de couleurs, de langues et de musique. Tous ces gens ont en commun un repère, un « monument » -outre le Sacré-Cœur qui étouffe de par le flux incessant de ses cars de touristes- c’est le métro aérien de Barbès-Rochechouart, point culminant de tous les passages, de tous les brassages, qui se gonfle au rythme des heures d’affluence.
Le tracé aérien délimite des territoires, jalousement protégés.
D’un côté du viaduc les magasins Tati se livrent à une guerre féroce contre les magasins Billy, situés de l’autre côté.
Le témoin de cette lutte lente mais tenace est le « Palace du Cinéma-Louxor », aujourd’hui hanté par ses fantômes.
Yves Montand  dans « Les portes de la Nuit » marche dans un décor reconstitué par Trauner, à la rencontre de son destin. Scènes inoubliables où la foule se presse près des grilles de la station, écoutant la chanson : «  …Les enfants qui s’aiment, ne sont là pour personne, ils sont plus haut que le jour, plus loin que la nuit dans l’éblouissante clarté de leur premier amour… »
Puis, en décor naturel avec la Nouvelle Vague, c’est " Domicile Conjugale ". Sur le quai de la station Barbès, Jean-Pierre Léautaud comprend que sa femme est enceinte. C’est là qu’il croise plus tard, le Monsieur Hulot de Tati qui monte dans un wagon qui déjà s’éloigne.
Ce "monument " "Edifice public considérable par sa masse ou sa magnificence "…(dixit le Larousse) permet un point de vue sur le quartier. Il offre au regard la possibilité de sortir ou de disparaître sous terre, de voir le dehors et le dedans. De Stalingrad à Barbès étals des magasins, surface humide des pavés, de Barbès à Anvers profondeurs souterraines.
Le métro abrite aujourd’hui des activités, les protégeant de la pluie et des vents. A l’ombre de ses colonnes de fonte, le mercredi et le samedi matin se déploient les couleurs du marché avec ses fruits et légumes, et sa foule colorée.

 L’histoire
Voilà le décor de mon film posé, avec ses couleurs, ses mouvements et sa bande sonore.
L’histoire est simple et terrible. Un jeune homme de 22ans, Pierre Georges que ses camarades appelaient Frédo, a abattu de deux balles de revolver Alphonse Moser, ici, sur le quai de cette station. Il était communiste, nous étions le 21 août 1941, la victime était un officier subalterne allemand.
Filmer ce quai, le marché, les magasins Tati –enSuper 8- pour souligner la familiarité que j’entretiens avec ces lieux, laisser le temps aux séquences de trouver leur durée pour comprendre.
Que reste-t-il de cet acte de rébellion contre l’envahisseur allemand, de ce geste désespéré, solitaire; dans la foule qui monte et descend des wagons, dans le mouvement des rames ?
De sang froid, tuer un allemand, n’importe lequel, le premier qui se présente.
A 17 ans Frédo, qui deviendra plus tard le colonel Fabien, s’était engagé dans la guerre d’Espagne, chef de commando, il opérait sur les arrières des armées de Franco, à l’intérieur des lignes.
En 1941, il avait compris qu’il était humainement plus facile d’entreprendre de dangereux sabotages que d’abattre froidement quelqu’un dans la rue, uniquement parce qu’il porte un uniforme et épaulettes ennemies. Frédo constata que les militants les plus résolus des groupes de choc communistes ne pouvaient, au dernier moment se décider à tuer de sang froid, comme ils en avaient reçu l’ordre,  des officiers allemands inconnus. Alors il< voulut donner l’exemple, et aussi venger par là même un des siens abattu par des Allemands alors qu’ensemble ils manifestaient quelques jours auparavant.

Le 21 août 1941
Fabien s’était rendu seul au métro Barbès, étudiant les lieux, repérant les couloirs de sortie, préparant avec soin son opération. Le lendemain matin –le 21 août- à 8 heures du matin très exactement, Fabien retrouve à la station de métro Barbès trois garçons de son groupe : Zalkinov, Gueusquin, et Brustlein, seul survivant de cette opération à l’heure actuelle :

 BRUSLTEIN :
                Fredo a dit : «  C’est bien le diable si on n’en trouve pas un ici ! »
                Je devais assurer la protection, Frédo devait tirer, et un autre gars, qui a été exécuté ensuite,                     faire le guet. Tout d’un coup voilà qu’un grand diable d’officier de la Kriegsmarine débouche                     du  couloir et s’apprête à monter dans la prochaine rame. «  Celui-là va payer, me dit Frédo.                     Alors tu y es ? Tu fais gaffe, je tire » le tout marmonné entre ses dents. Moi, à vrai dire, je n’en                 menais pas tellement large. Tout d’un coup pan pan, deux coups de revolver tirés par Fredo                     sur le gars juste au moment où il montait en première. L’officier est tombé dans le wagon, les                 jambes pendantes sur le quai. Comme un éclair je vois Frédo courir à fond de train dans                         l’escalier en criant : «Arrêtez-le… » Je n’ai pas traîné dans le secteur…Quelques instants                         après, on se retrouvait, Frédo et moi, derrière le sacré Cœur (…) La première parole que                         Frédo me dit, une fois arrivés au Sacré-Cœur, fut "Titi est vengé" Titi, c’était Raymond                                 Tyszelman, fusillé quelques jours plus tôt. Les représailles c’était nous qui les appliquions :                     l’officier de marine avait payé pour Titi. »

 

Frédo est de la même génération que mes parents, et je pense à eux, en me demandant : que faisaient-ils cette année de 1941 ?

 Ma mère avait 12 ans, et quittait ses et son île natale de Vestmannaeyjar pour s’inscrire au lycée de Reykjavik.

 Mon père avait 18 ans, finissait le lycée à New York, bientôt ce serait l’armée, la Guerre, Londres et le débarquement. Quelques années plus tard il s’installe à l’hôtel Roma au 101, de la rue Caulaincourt dans le 18e arrondissement de Paris, non loin de Barbès-Rochechouart.

 Solveig Anspach

(La  Reproduction de ce texte est interdite. Merci.)

 Quelques éléments de bio :

Solveig Anspach est né le 8 décembre 1960

1963-1977 Libre Ecole rdudolf Steiner Paris

1977-1979 Ecole Nouvelle La Source, Meudon

1979           Baccalauréat de Philosophie

1982           Licence de Philosophie, Sorbonne

1985           Licence de Psychologie, Jussieu

1985           DESS  de Psychopathologie

1989           Diplôme de la Fondation Européenne des Métiers de l’Image et du Son (FEMIS) section réalisation.

Et  en cliquant sur google, on trouve  l'ensemble de la cinématographie de Solveig Anspach

Communication

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