Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Pages

Recherche

REALITES DU BRESIL

Jeudi 28 décembre 2006 4 28 12 2006 22:28
Au moins 11 personnes  tuées à Rio de Janeiro, ce 28 décembre,  lors d’une attaque des gangs contre  des bus et des postes de police, six d’entre elles sont mortes dans l’incendie des bus. Selon l’agence  Reuters, la violence était similaire à celle qui a frappé Sao Paulo au début de l’année 2006.

La police a renforcé les patrouilles établies  des check points afin de  contrôler les déplacements des habitants de Rio qui se préparent à passer leur nuit du réveillon sur la plage comme de coutume.
Parallèlement à l’attaque contre les bus, des individus non identifiés ont tapissé de balles un poste de police dans le quartier de Botafogo, tuant un vendeur de rues. Dans une autre attaque dans le quartier aisé de Barra da Tijuca, les assaillants ont tué deux policiers

De source fiable, l’attaque aurait été programmée par des criminels incarcérés à  Bangu, une prison  de haute sécurité de Rio.
 

Trois  bus et un poste de police ont été incendiés près de Bangu (AP)

La police, de son côté, a tué deux présumés assaillants et arrêtés trois suspects.
Rappelons que plus de 200 personnes ont trouvé la mort, en mai 2006 à Sao Paulo, lors d’une attaque  revendiquée par un groupe de gangsters, le Premier commandement de la capitale  (PCC)le gang protestait contre le transfert de leurs chefs dans des prisons de haute sécurité.
Selon la police, le PCC ne serait pas implanté à Rio, mais entretiendrait  des liens avec certains gangs de la ville.

Rio a un des taux les plus élevés de meurtres dans le monde.

Au mois de mars 2006, l’armée brésilienne avait envoyé ses troupes dans les favelas pour mener une opération contre les trafiquants d drogue. Cette opération avait fait un grand nombre de morts parmi les civils, notamment les enfants. Elle avait été réprouvée par l’ensemble des associations des Droits de l’Homme qui n’ont de cesse de dénoncer la violence de la police et de l’armée brésiliennes contre les pauvres - les jeunes hommes Noirs étant les premières victimes-, la corruption au sein de ces institutions et la quasi totale impunité dans laquelle ces membres  opèrent.
Par Elsie HAAS
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 1 mars 2007 4 01 03 2007 01:35
 


Rio s'adonne au carnaval sans oublier les victimes de la violence

 En pleines festivités du Carnaval, les percussions se sont tues à plusieurs reprises ces derniers jours en signe de deuil après la mort dans des circonstances épouvantables du petit Joao Helio, victime emblématique de la violence ordinaire à Rio de Janeiro.

Des pancartes réclamant justice et paix étaient présentes tant sur le sambodrome que dans les défilés de rue.

Rio, qui enregistre l'un des taux les plus élevés de morts violentes au monde, a été particulièrement traumatisé il y a une dizaine de jours par la mort brutale d'un enfant de six ans à la suite du vol de la voiture de sa mère, qui a surpassé dans l'horreur la chronique des violences quotidiennes.

Alors que la mère tentait de détacher la ceinture de sécurité de l'enfant, les voleurs âgés de 16 à 19 ans, ont brutalement démarré, traînant Joao Helio sur le sol pendant sept kilomètres. Le corps du petit garçon a été retrouvé décapité.

Les voleurs de voiture ont été arrêtés et ont affirmé qu'ils ne s'étaient pas rendu compte que l'enfant était resté attaché à sa ceinture.

Les écoles de samba, souvent originaires des favelas les plus violentes de Rio, ont évoqué le supplice du petit garçon au cours de leurs imposants cortèges sur le sambodrome.

Plusieurs d'entre elles ont demandé au public de réfléchir à la montée de la violence à Rio. Des centaines de participants portaient des brassards noirs sur leurs déguisements chatoyants ou arboraient des lunettes ornées de l'inscription »Paix Carnaval 2007».

L'école de samba Estacio de Sa a ouvert les défilés dimanche en demandant à ses 4.000 participants et aux 70.000 spectateurs d'observer une minute de silence à la mémoire de Joao Helio.

Les écoles de Mocidade Independente et de Mangueira ont fait figurer des messages dans leur cortège. »Paix Joao», avait écrit Mangueira sur la piste du sambodrome. Deux vedettes de Mocidade Independente ont déployé une immense banderole demandant »justice».

Les défilés de quartier ont aussi exprimé leur douleur. Le groupe Ambassadeurs de la Folie, qui fête le Carnaval dans le centre ville, a ainsi distribué des milliers de roses blanches. »Pour l'ange Joao Helio. Prie pour nous», disait une banderole déployée par ce groupe.

»Ce qui est arrivé à Joao Helio, c'est le comble de la barbarie. Nous ne pouvons pas en faire abstraction juste parce que c'est le carnaval»', a déclaré à la presse Claudio Cruz, fondateur des Ambassadeurs de la Folie.

»Si nous ne faisons rien, à quoi sert d'avoir le Pain de Sucre si on ne peut le visiter sans risquer d'être agressé ou d'avoir des plages si on ne peut pas y aller sans avoir peur d'être dévalisé» ? s'est-il interrogé.

Le défilé le plus ancien et le plus populaire de quartier de Rio, Cordao da Bola Preta, a aussi pleuré la mort du petit Joao Helio par des messages de paix entre deux chansons.

»Nous ne pouvions ignorer cet événement dans ce moment d'allégresse», a déclaré Pedro Ernesto Marinho, vice-président du groupe.

Devant la célèbre plage d'Ipanema, les participants aux cortèges du quartier arrêtaient de sauter et de danser lorsque des messages contre la violence étaient lus entre deux refrains.

L'une des fanfares les plus populaires d'Ipanema a invoqué la paix avant de donner libre cours au délire, suivie par plus de 20.000 personnes.

»On peut dire que le thème de notre représentation c'est la protestation contre la violence», a estimé Thomas Miranda, dirigeant du groupe.

Par Elsie HAAS
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Dimanche 4 mars 2007 7 04 03 2007 17:02


LE MONDE | 13.02.07 | 14h43  •  Mis à jour le 13.02.07 | 14h43
RIO DE JANEIRO CORRESPONDANCE

ictimes des "balles perdues" lors des affrontements entre policiers et narcotrafiquants, les habitants des quartiers pauvres de Rio de Janeiro connaissent une nouvelle menace, celle des milices parapolicières, qui défient les revendeurs de drogue et même les forces de l'ordre. Les deux derniers week-ends, les échanges de tirs ont fait 15 morts.


Les milices sont formées par des policiers, des pompiers (rattachés aux forces armées) ou des gardiens de prison, retraités et d'active, qui prétendent expulser les criminels des favelas (bidonvilles). Sous prétexte d'offrir leur protection, les miliciens extorquent de l'argent aux favelados, notamment aux petits commerçants installés dans les ruelles tortueuses et aux vendeurs de bombonnes de gaz.

Les premiers groupes parapoliciers sont apparus il y a deux ans à Barra da Tijuca (ouest de Rio), où ils ont occupé la favela Rio das Pedras. Depuis, leur pouvoir s'est étendu. Ils contrôleraient déjà une centaine des 650 bidonvilles recensés dans la cité balnéaire. Selon les autorités, leur progression vers la zone nord de l'Etat de Rio a entraîné la réaction des trafiquants et de violents heurts, notamment sur l'île du Governador et à Penha.

MANSUÉTUDE DES AUTORITÉS

Pour les spécialistes de la violence carioca, les milices finiront par agir comme les gangs de la drogue. "Ces milices s'installent là où l'Etat est absent, explique Silvia Ramos, chercheuse au Centre d'études sur la sécurité et la citoyenneté de l'université Candido-Mendes. C'est un phénomène nouveau, elles n'ont rien à voir avec les "escadrons de la mort" qui exécutaient les bandits autrefois. Les milices restent et leur loi ne tardera pas à être celle d'une mafia, un pouvoir parallèle."

Selon le quotidien O Globo, les électeurs des zones dominées par les milices reportent massivement leurs voix sur des candidats qui sont d'anciens commissaires ou responsables de la sécurité publique de Rio. Les miliciens ont apparemment bénéficié de la mansuétude des autorités, à leur apparition. L'un des principaux chefs de ces groupes serait d'ailleurs un inspecteur, adjoint du responsable de la police civile jusqu'au mois de janvier, décoré pour bravoure.

En septembre 2006, le maire de la ville de Rio, Cesar Maia (droite), considérait publiquement les milices bien meilleures que le trafic de drogue, car il s'agirait de formations plus faciles à infiltrer et qui collaborent avec la police. Les habitants des favelas qui témoignent anonymement sur le numéro de téléphone destiné aux dénonciations (Disque Denuncia) assurent que des camions blindés de la police, lassés d'essuyer les tirs, ont aidé les miliciens à s'imposer.

Confronté aux violences en dépit du déploiement de la Force nationale de sécurité dans son Etat, le nouveau gouverneur Sergio Cabral (centre) a promis qu'il ne tolérerait pas les milices dans les bidonvilles. "C'est la fin du monde d'accepter un Etat parallèle", a-t-il dit.


Annie Gasnier
Article paru dans l'édition du 14.02.07
Par Elsie HAAS
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 6 mars 2007 2 06 03 2007 02:38
 
Firefighters carry the body of one of the three French citizens found murdered in Rio.
Two of the three victims were a couple
 

Police say the three, a couple who headed the charity and a male employee, were killed by the organisation's treasurer, who allegedly hired hit men.

Police say they have arrested the treasurer and that he had confessed to the crime.

They say he had stolen funds from Terr'Ativa, a French-Brazilian NGO helping slum children.

"The motive was not to leave any trace of the siphoning of the money," deputy district police chief Marcus Castro told reporters.

The scene of the crime is monstrous. There is blood all over the place
Rio police spokesman
"The man said they went there just to give them a scare, but this theory is ruled out. They went to kill," he added.

Police named the victims as Delphine Douyere, 36, her companion Christian Doupes, 38, and their friend Jerome Faure, 42.

Another police spokesman said: "The scene of the crime is monstrous. There is blood all over the place."

The victims are said to have been tortured. According to police, they were so severely beaten that two of them had their heads almost severed.

Officials said the treasurer was arrested as he left the building near Copacabana beach, with his clothes covered in blood and a safe box hidden in his bag.

They say he confessed to having stolen $38,000 over many months from Terr'Ativa.

He paid his two accomplices $500 each and supplied them with knives and carnival clown masks, police said.


Par Elsie HAAS
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 12 mars 2007 1 12 03 2007 16:54

 

 Par Eduardo Sales de Lima *

Pour le pédagogue Roberto Leher, le Brésil voit un «apartheid» éducationnel qui oppose les riches et les pauvres; le gouvernement Lula investit peu dans l’éducation et plus de 85% des élèves brésiliens se trouvent dans l’école publique

                                                    Le sociologue de l'éducation Roberto Leher

Les derniers résultats des évaluations de l’enseignement de base brésilien (éducation enfantine, primaire et enseignement secondaire) publiés par le Ministère de l’Education (MED) montrent qu’au-delà du bas rendement de l’enseignement primaire et de l’enseignement moyen, l’abîme  entre l’éducation publique et privée est en train de croître. Cette réalité a de graves conséquences sur la formation éthique, politique et culturelle de la société brésilienne. Aujourd’hui, sur les 55,9 millions d’inscriptions enregistrées dans l’enseignement de base, 86,5% le sont dans le réseau public, et dans l’enseignement moyen, ce sont 85,15% des élèves qui étudient dans le réseau d’enseignement offert par l’Etat.

Les résultats du dernier Examen National de l’Enseignement Moyen (ENEM) révèlent, en même temps, que la baisse de fréquentation  des élèves dans l’enseignement moyen une disparité entre les élèves de l’école publique et ceux de l’école privée. Ceux qui ont étudié seulement dans l’école publique ont obtenu la moyenne de 34,94 à l’épreuve dite «objective» et 51,23 à la rédaction; alors que le groupe qui a déclaré avoir étudié seulement dans l’école privée a obtenu la moyenne de 50,57 pour la partie «objective» et 59,77 à la rédaction. En plus de cela, des données du Système National d’Evaluation de l’Education Basique (Saeb), datant de 2005, ont révélé que des étudiants de la 8e année de l’enseignement fondamental et de la 3e année de l’enseignement moyen du pays obtiennent un plus mauvais résultat des dernières années en portugais et en mathématique.

Le reflet d’une éducation publique qui ne parvient pas à décoller saute  aux yeux de la société elle-même. Pour Roberto Leher, professeur à la Faculté d’Education de la UFRJ (Université Fédérale de Rio de Janeiro) et membre du Conseil Latino-Américain des Sciences Sociales (Clacso) il s’agit bien d’un «apartheid» éducationnel et scientifico-technologique opposant les pays centraux aux pays périphériques et, à l’intérieur de chaque pays, les riches aux pauvres. «Si on les examine de près, on peut conclure que les indicateurs éducationnels cachent un véritable génocide intellectuel qui est à l’œuvre dans le pays. Les résultats du test effectué dans le cadre de la recherche de l’Indicateur National de l’Alphabétisme Fonctionnel (INAF-2004) révèlent que seul le 23% de la population jeune et adulte brésilienne est capable d’adopter et de contrôler une stratégie dans la résolution d’un problème impliquant l’exécution d’une série d’opérations. Et ce qui est plus préoccupant encore, c’est la révélation selon laquelle on ne trouve dans ce groupe que peu de gens démontrant une certaine familiarité avec des représentations graphiques telles que  cartes, tabelles et graphiques», complète Leher.

Selon des données du même professeur, la moitié des jeunes de 15 à 17 ans suit actuellement l’enseignement moyen, alors que parmi les 18-24 ans, seuls le 11% sont inscrits dans l’éducation supérieure, parmi lesquels 75% le sont dans des institutions privées, de basse qualité pour la plupart d’entre elles.

L’autre problème de l’éducation brésilienne, c’est celui de l’instrumentalisation, qui a également cours, selon Leher, dans les écoles privées. «L’enseignement privé en général va mal également, et le drame est donc que le bas niveau de scolarité de la jeunesse brésilienne est opérationnel pour le modèle d’accumulation en cours. Nous ne devons pas oublier que dans près de 90% des nouveaux emplois, le salaire n’est que de deux fois le salaire minimum. Ce sont des emplois peu sophistiqués en termes de connaissance scientifique», précise le chercheur.

Elitisme

Le pédagogue et philosophe de l’Université de l’Etat de Rio de Janeiro (UERJ), Gaudêncio Grigotto, relève que  la mauvaise qualité de l’éducation de base au Brésil a deux conséquences : le manque de citoyenneté réelle et la permanence de l’idéal élitiste d’une minorité. «Le résultat est politique, culturel et éthique. Personne ne s’assied pour analyser qui a produit ces enfants si monstrueusement froids dans la barbarie qui volent des voitures à Rio de Janeiro. Ces enfants ne sont pas naturels, ils sont produits historiquement», dit le professeur de l’UERJ.

Pour Leher, la dégradation de la qualité de l’enseignement public s’est produite depuis le moment où la pression sociale pour son accès a imposé son élargissement, spécialement à l’époque du gouvernement militaro-entrepreneurial. «Quand l’expansion fut inévitable, les secteurs dominants ne firent rien pour garantir une école de qualité, au contraire, ils opérèrent dans le sens du maintien d’une école minimaliste pour le peuple», affirme le sociologue.

L’autonomie organisationnelle au sein de l’école même peut constituer l’un des facteurs capables d’améliorer la qualité de l’enseignement public. «Avec des écoles délabrées, des professeurs mal payés et presque aucune assistance aux étudiants, il n’est pas possible d’inverser ce cadre. Avec le changement dans les modes de financement, il est nécessaire de stimuler les écoles à s’auto-organiser, à effectuer de façon autonome leur projet politico-pédagogique en interaction avec les parents et les étudiants, avec les syndicats et les mouvements sociaux», affirme Leher.

Expansion sans qualité

Le manque d’investissement plus important dans l’éducation de base au cours de la dernière décennie se révèle être crucial pour comprendre la situation actuelle de l’enseignement de base. Les Recensements  Scolaires viennent démontrer l’expansion seulement quantitative de l’enseignement moyen. En effet, le nombre d’inscriptions enregistrées dans l’Enseignement Moyen du Réseau d’Etat était de 4.137.324 en 1996. L’année passée, il était de 9.575.538 inscriptions. «Avec le Fond de Maintien et de Développement de l’Enseignement Fondamental et de la Valorisation du rôle d’enseignant  (Fundef), la politique que l’ex-président Fernando Henrique Cardoso a promue  a été une politique de régression, dans la mesure où elle n’a fait que garantir ce qui se trouvait à l’intérieur de la tranche d’âge des 7 à 14 ans dont il est question dans la Constitution. Il n’y a eu aucune préoccupation pour l’ensemble de l’éducation de base», dit Juçara Maria Dutra Vieira, présidente de la Confédération National des Travailleurs en Education (CNTE.

Elle voit dans l’investissement plus large fait par le Fond de Maintien et de Développement de l’Education Basique (Fundeb)  un signal important donné par le gouvernement Lula. «Mais cela continue à être une politique insuffisante, puisque le pourcentage du PIB consenti à l’éducation, qui tournait autour de 3,5% sous le gouvernement de FGV, est à peu près le même  aujourd’hui avec 4,3% du produit interne brut (PIB). Le CDES lui-même recommande les 6% du PIB exigés par l’Unesco», explique Vieira.

Le traitement accordé à l’éducation dans les années 1990 est ce que Roberto Leher appelle «un échec néolibéral de plus». «La Banque Mondiale, l’Unesco, la Commission Economique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes (CEPAL) et les gouvernements néolibéraux, conseillés par leurs intellectuels, ont fait le diagnostic selon lequel il n’y avait pas de sens à ce que l’Etat investisse dans l’éducation fondamentale en Amérique Latine. En examinant la situation de l’éducation fondamentale, ils ont conclu qu’il n’y avait plus de problème d’accès et, pire encore, que les Etats dépensaient déjà suffisamment pour l’éducation», s’indigne Leher.

La reprise d’une politique éducationnelle dépend, comme toujours, de la corrélation des forces politiques. Pour changer la situation en vigueur, il faut, selon Frigotto, que les priorités économiques soient repensées. « En payant le superavit primaire que nous payons, il n’y aura pas d’argent pour structurer les écoles. Ce qu’il manque, c’est un saut qualitatif qui présuppose la nécessité pour nous de se mêler de la politique économique», relève le pédagogue.

Pour Leher, les mouvements sociaux et syndicaux, dans leur lutte commune avec les instances académiques et estudiantines, ont obtenu une importante victoire dans le Plan National d’Education, «l’unique point peut-être de succès dans cette lutte: la fixation d’un 7% du PIB pour l’éducation publique brésilienne», rappelle le sociologue.

Mais celui-ci rappelle que l’ex-président Fernando Henrique Cardoso a mis son veto à cette disposition et que l’actuel président, malgré ses promesses de passer outre ce veto, l’a maintenu, «comme toujours au nom du sacro-saint superavit primaire [excédent budgétaire avant le paiement des intérêts de la dette interne et externe; de riches brésiliens détiennent des titres de cette dette, titre d’un bon rapport]  qui fait bénéficier du gros de l’excédent économique sept mille familles de rentiers». . (Traduction A l'encontre)

* Rédacteur du journal Brasil do Fato (édition du 16 février 2007).

(28 février 2007)


Pour commander des exemplaires d'archive:
administration@alencontre.org
Soutien: ccp 10-25669-5
Par Elsie HAAS
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 22 mars 2007 4 22 03 2007 13:33
Cet article est publié sur le lien qui suit:
http://www.redecontraviolencia.org/Noticias/66.html
C'est le journal online du mouvement Rede Contra a Violência - un mouvement pour combattre la violence dans les favelas qui organise beaucoup de manifestations. Le mouvement comprend les habitants des favelas - surtout les mères des jeunes tués par la police - et des militants appartenant à la classe moyenne, etudiants, sympatisants, etc.

Sérgio Cabral, governor of Rio de Janerio, escalates state repression
Reproduzimos a seguir o artigo (em inglês) publicado no site do Party 
for Socialism and Liberation (EUA) após a concentração de 08/01/2007 no Palácio
Guanabara

Working class targeted with violence, terror

Sérgio Cabral, the new governor of Rio de Janeiro, Brazil, is on a crusade to escalate state repression. Soon after assuming his new post on Jan. 1, Cabral formally called on the federal government to provide assistance in the form of military and federal troops. The request came as no surprise, as Cabral had already suggested it well before taking office.

The mass media is supporting the governor¹s plan. However, a series of attacks against police stations and a passenger bus that took place on Dec. 28, 2006, dominated the news for several days, serving as a backdrop for the government¹s new get-tough policy. Although police brutality happens on a daily basis, only the most extreme cases which cannot be swept under the rug
get any airtime.

The Jan. 8 episode of the popular prime time soap opera Páginas da Vida (Pages of Life) featured a character reading a magazine article and positively commenting on the new governor¹s assessment of the ³terrorism² situation?a label that has been used not only by Cabral but also by President Luís Inácio ³Lula² da Silva. Lula is now talking about a possible ³terrorism law² that would certainly create new repressive powers.
The federal government has already responded positively to Cabral¹s request for
 the military to take over patrolling near military bases in the state, allegedly
 to make local police available for deployment elsewhere. Although the legality
and details of such a deployment remain to be worked out, it is clear that the
federal and state governments are working hand-to hand to make it happen.


Police killings normal

Military bases in Rio de Janeiro are concentrated near the poorest neighborhoods?the very same that are often the targets of state violence. The increased military presence would only bring more fear to these communities. Countless atrocities have been committed against these vulnerable populations under the guise of ³fighting drug trafficking.²

São Paulo and Rio de Janeiro have particularly high numbers of police killings. Amnesty International reports that between 1999 and 2004, more  than 9,000 cases of police killings were recorded in the two states?themajority labeled as ³self-defense² by the police with minimal investigation to back the official story.
The numbers do not reflect the actions of death squads made up of retired police or police out of uniform. 
One such action was carried out on March 31, 2005, when police officers shot indiscriminately at passersby
while driving through the Baixada Fluminense district. The massacre left 29 dead and one wounded?the largest
 such massacre ever in the state of Rio de Janeiro.

Violent state repression in Brazil is not an urban phenomenon alone. Rural workers struggling for agrarian reform?guaranteed by the constitution?are often targeted by the police and paramilitaries organized by the landowners themselves. Perhaps the most well-known is the massacre of El Dorado dos Carajás on April 17, 1996. Nineteen landless demonstrators were shot and killed by the state police and three more would die a few days later from their wounds. As of April 2006, 10 years after the killings, only 2 out of the 142 police officers involved had been held partly responsible for the murders.

The ?Caveirão¹

Residents of the communities are already mobilizing. The Network of Communities and Movements against State Violence (NCMSV) organized a rally on Jan. 8 with 20 representatives of communities in Rio de Janeiro in front of the Guanabara Palace to demand a meeting with Cabral. Among those present were many who had lost their sons, daughters and other loved ones to police
brutality.

The poor communities have also been struggling against an important tool of state terror, the ³Caveirão² (³Big Skull²). Named after the logo of the infamous Special Police Operations Battalion (BOPE in its Portuguese initials), the Caveirão is a fully-armored military-style vehicle with high caliber weapons used during raids deep into the favelas?shantytowns scattered across the city.

Allegedly a tool against drug trafficking, the Caveirão fully conceals the identity of the cops inside, who are free to carry out whatever atrocities they wish with guaranteed impunity. It is not uncommon for the Caveirão to drive through the streets of the favelas warning the children to run away before a shoot-out. Cabral had already agreed to meet with representatives from NCMSV on Dec. 7,2006, well before he had taken office, but the meeting never took place. The NCMSV has given the governor until Jan. 31 to arrange the meeting. It plans to organize buses from its communities to a larger demonstration should the governor fail to respond.

The community leaders hope to present a number of demands including police accountability, the end of indiscriminate police violence and raids, the removal of the Caveirão and the creation of a permanent communications channel between the communities and the state.

Rich and the poor

Nevertheless, Cabral is working to turn his state initiative into a regional one. The very next day after the rally organized by NCMSV, Cabral held a meeting with the governors of São Paulo, Minas Gerais and Espírito Santo to inaugurate a regional committee for ³public security.² These four southwestern states account for over 40 percent of the country¹s population and the first three are major economic centers. Among other demands, the group is asking the federal government for additional funds, modern equipment and intelligence support for police operations.

Brazil is the largest economy in Latin America, yet it has a highly uneven wealth distribution among the population. This basic contradiction creates the material conditions for the rising crime rates in metropolitan centers.

With over 75 percent of the population living is densely populated urban areas, the poor struggle not to sink even further into abject poverty with little chance of success, while the wealthy few enjoy a life of privilege sometimes only a few blocks away.

Poverty is of much concern to the capitalist class, although not due to the suffering it causes many. The favelas are much reviled by the rich who say their presence brings down the value of their real estate.

The tourism industry has seen its multi-million dollar profits fall due to homelessness and crime in the streets. The wealthy are demanding a safe environment where they can enjoy their wealth.

The upcoming Pan-American Games in Rio de Janeiro in July 2007 are also a hint that the policies of the new governor are an attempt to ³clean up² the city before then.

Some of the federal police scheduled to come as reinforcements next month
ahead of the tournament were instead deployed on Jan. 9 in the wake of Cabral¹s call for federal intervention. The much-anticipated games are an
opportunity for the ruling class to showcase Rio de Janeiro and boost the
tourism industry.

In essence, the policies of the new government aim to alleviate all of the ³afflictions² of the capitalist class and none of those of the workers and the poor. The escalation of state repression will not reduce homelessness, hunger, unemployment or lack of access to healthcare. Rather, it will further protect the very inequalities that cause such hardships to the working class.


Par Elsie HAAS
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 24 mars 2007 6 24 03 2007 15:17


Un musicien français, âgé de 28 ans, qui faisait une tournée avec son groupe a été tué sur une autoroute brésilienne près de Rio de Janeiro. Leur bus a été attaqué et dévalisé par des malfaiteurs. Ils ont fait feu sur Sébastien Gressez devant sa femme et ses trois enfants. Il est mort peu de temps après à l'hopital. Selon les policiers, il avait "réagi au vol". Une cause fréquente de décès selon les procès-verbaux de police à Rio. La police aurait arrêté un suspect et identifié le tireur, qui serait toujours en fuite.
La violence dans les rues brésiliennes a fait plus de 400 victimes depuis le début de l'année. Sébastien Gressez est le 4ème français tué au Brésil en moins d'un mois

 Sources M6 : http://www.m6.fr/cms/display.jsp?id=p2_643967

Par Elsie HAAS
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Vendredi 30 mars 2007 5 30 03 2007 00:35

Il continue à croire en Lula, mais aussi en la nécessité d’un changement radical au Brésil. Ami du Mouvement des Sans Terre, il réclame la réforme agraire intégrale, il met en garde contre de futurs désastres environnementaux, il croit en un nouveau socialisme aux racines latino-américaines et, évidemment, s’agissant de Leonardo Boff, il critique l’Eglise.

par Darío Aranda

Il croit encore que Lula, lors de son second mandat, donnera un coup de volant à gauche, qu’il reviendra à sa vieille alliance avec les mouvements sociaux et arrêtera de gouverner pour le système financier. Il affirme que doit surgir d’Amérique du sud un socialisme d’un genre nouveau, éloigné de l’européen, inspiré de penseurs latino-américains et impulsé par des indigènes, des paysans et des noirs. Il reconnaît la croissance économique argentine, mais il remarque qu’il n’y a pas eu la moindre redistribution de richesses. Se consacrant depuis des années à la problématique environnementaliste - invité par l’organisation Nueva Tierra, il s’est rendu en Argentine pour parler du sujet -, il dénonce les entreprises de l’agrobusiness et compare les prochains désastres environnementaux aux guerres actuelles. Et bien sûr, il parle aussi de l’Eglise : il affirme que l’establishment ecclésial ne pense qu’aux riches, et il explique comment la théologie de la libération survit aujourd’hui.

Qu’est-ce qui attend le Brésil dans les quatre prochaines années de gouvernement de Lula ?

J’espère que Lula radicalisera les programmes sociaux, parce que l’intention est de passer d’un Etat néolibéral classique, privatisateur, bourgeois, à un autre plus républicain, qui met l’accent sur la chose publique, sur la priorité aux pauvres, aux familles, à la « faim zéro » [nom d’un programme gouvernemental de lutte contre la faim, ndlr]. Il y a une tension interne parce que le projet macroéconomique ne se conjugue pas bien avec la raison sociale. Nous attendons donc de Lula qu’il radicalise la question sociale, qu’il fasse, par exemple, la réforme agraire qu’il avait promise et n’a jamais réalisée. S’il ne va pas plus loin, le risque est qu’on se dirige vers un assistancialisme de l’Etat envers les pauvres.

Y a-t-il des signes laissant espérer un changement radical comme celui dont vous parlez ?


S’il veut terminer correctement son mandat et tenir les promesses qu’il a faites, c’est là sa dernière chance. Il a beaucoup de raisons de radicaliser, d’autant plus que la situation économique est plus stabilisée. Des signes montrent qu’il va changer, qu’il va mener une politique plus axée sur le développement parce qu’auparavant elle était davantage centrée sur les équilibres. Il faut compter en plus avec les pressions des mouvements sociaux, qui soutiennent Lula parce qu’ils disent : « Lula est notre candidat », mais ne lui pardonnent pas de ne pas avoir eu assez de courage pour affronter les propriétaires terriens.

Au sein des mouvements sociaux, dont les Sans Terre, on dit que Lula est arrivé au gouvernement avec leur appui, grâce à un travail commun de plusieurs décennies, mais qu’il a gouverné pour ceux de toujours et a oublié ses promesses.

Je pense que c’est une erreur de Lula d’avoir cherché un appui parlementaire auprès de partis à louer et de s’être éloigné du mouvement social. Même le Parti des Travailleurs (PT), sa direction, ont perdu le lien organique avec les mouvements sociaux, d’où ils tiraient la vitalité et la créativité. Et maintenant il a assuré qu’il voulait rétablir le lien avec les mouvements sociaux et allait les associer davantage sur les questions sociales.

Et que peut-il se passer s’il ne les associe pas ?

Les mouvements observent Lula. Ils disent qu’ils ne livreront pas Lula à la bourgeoisie, ils disent : « Lula est ce que nous avons créé au cours d’un processus d’accumulation historique, mais nous allons lui mettre la pression et le critiquer pour qu’il tienne ses promesses ». Lula a fait des promesses au peuple et il doit les tenir. Et il le sait très bien parce qu’il est fils de ce peuple, fils de la faim et il n’oublie pas ses racines.

Comment évaluez-vous les quatre premières années du gouvernement de Lula ?

Sur le plan économique, il a obéi aux principes du néolibéralisme, en dégageant un excédent fiscal primaire élevé, avec des taux d’intérêt élevés, qui sont les richesses alimentant le secteur financier. C’est ce qui a permis de maintenir une stabilité au Brésil. Mais sur le plan social, il y a bien eu des changements, une rupture. Jamais dans l’histoire du Brésil on n’a autant fait pour les pauvres, des politiques sociales articulées, on a créé de l’espoir chez des frères qui mangeaient une fois par jour et peuvent maintenant bien manger.

Du fait de ces programmes, il est aussi taxé d’assistancialisme. Par exemple avec les bourses alimentaires et leur utilisation dans les élections.

C’est une critique de l’extérieur, parce que de l’intérieur on voit ces cinq ou six programmes articulés, avec un développement de l’éducation, de la santé, de la réinsertion professionnelle, de l’économie solidaire, de l’agriculture familiale.

Vous avez dit récemment que Lula avait été une occasion manquée.

Je pense qu’il a gâché certaines choses. Par exemple, il n’a pas su négocier avec le système financier comme l’a fait Kirchner, qui n’a pas dit : « Je ne vais pas payer », ce qui serait une hérésie que le système ne pardonnerait pas, mais a dit : « Je vais payer mais seulement une partie ». Lula n’a pas su négocier avec le système financier national et international. Je crois qu’il voulait éliminer l’idée générale que son gouvernement allait créer une crise systémique, que ce serait le grand risque du Brésil, et il a intériorisé cela et a voulu démontrer qu’il n’en était pas ainsi. Mais je pense qu’il devrait changer, parce qu’il y va de la souveraineté du pays, et il a raté une occasion. Lula n’a pas non plus profité d’une relation plus étroite et d’un dialogue plus poussé avec les mouvements sociaux pour alimenter des changements profonds comme la réforme agraire, dont tous les détails avaient été étudiés pour sa mise en oeuvre. Le choix fait par Lula lui a servi pour obtenir une base parlementaire, avec des législateurs qui sont les grands propriétaires terriens, qui allaient bloquer tous ses projets et il a cru que ce serait une guerre perdue. Il a préféré faire des réformes inachevées. Lula a été un réformiste. Mais c’est également lui qui a réussi à diminuer les inégalités de 5%. Il y a eu une répartition des biens différente.

Ces perspectives peuvent-elles se répéter en Amérique latine avec les nouveaux gouvernements ?

Je pense qu’une démocratie avec un accent social très fort a été réintroduite en Amérique latine. C’est sans doute parce que les bases font pression, qu’il y a des mouvements sociaux forts, qu’on a pris conscience que c’est à l’Etat de diminuer les inégalités, de créer de l’emploi. Hormis des exceptions répressives et de droite comme en Colombie, ce sont des démocraties qui donnent de la place à la participation, avec des expériences qui laissent de côté la seule démocratie représentative, de délégation. On s’ouvre au social et des leaders apparaissent, comme Evo Morales et Hugo Chávez, qui est une figure unique en Amérique latine, qui est l’un des rares, avec les musulmans, à affronter l’empire [les Etats-Unis]. En ce qui concerne l’Argentine, j’ai un regard très extérieur, je sais qu’il est un peu superficiel, mais je pense que Kirchner est une figure intéressante pour l’Argentine, qu’il a su affronter les militaires et qu’il est à la tête d’une forte croissance économique, mais il est bien évident que c’est une croissance avec pauvreté, sans répartition, sans enlever aux riches pour donner aux pauvres. Maintenant il devrait penser à un projet de redistribution.

Y a-t-il un processus de changement en Amérique du Sud ou s’agit-il, pour vous, seulement d’un réformisme néolibéral ?

J’ai l’impression que le projet socialiste qui n’existe plus en Europe peut se redessiner depuis l’Amérique latine. Ici, nous avons la possibilité de ressusciter le projet socialiste, mais différent du vieux projet de l’Europe de l’Est, plutôt comme une radicalisation de la démocratie, comme une inclusion des masses, avec le peuple, en respectant les peuples indigènes, avec les différences culturelles, en socialisant les richesses. Et en tenant compte que les terres de ce continent-ci renferment la plus riche biodiversité de la planète, qui sera la richesse la plus prisée des prochaines décennies. Ce nouveau socialisme pourrait être inspiré par un grand penseur comme Mariategui : ce sont nos idées, il valorise les cultures, la dimension religieuse mystique, un regard utopique. On ne retrouve presque jamais cela chez les classiques européens. Ce serait un socialisme créole, latino-américain. En ce sens, je pense que les sujets historiques porteurs de projets de changements profonds ne sont pas les Etats, ce sont les mouvements sociaux, le MST, la Vía Campesina, les groupes de noirs, d’indigènes. Ils se réclament tous du socialisme, mais pas d’une social-démocratie, plutôt d’une démocratie sociale, une démocratie incluante, participative, redistributive. Avec le socialisme qui serait le cadre théorique pour cette aspiration. Au niveau mondial, c’est clair : ou nous partageons ce que nous avons ou il n’y en aura assez pour tout le monde.

Quel est le rôle des mouvements paysans et indigènes à ce moment de l’Amérique ?

Un nouvel état de conscience sociale des mouvements est en train de s’élaborer. Ils ne luttent plus seulement pour leurs droits bafoués, maintenant ils savent dire la société qu’ils veulent et ils y vont. Ils pensent déjà à un projet de monde nouveau, grâce à des articulations avec d’autres mouvements, d’autres pays, grâce à une réflexion, une conscience forte, qui vont empêcher des gouvernements autoritaires. Je crois que les mouvements paysans et indigènes sont la clé pour alimenter des projets sociaux plus proches du peuple.

N’y a-t-il pas un risque que ces gouvernements d’Amérique latine aux quelques veines sociales finissent par coopter et affaiblir les luttes ?

Je pense que les gouvernements doivent avoir une relation organique avec les mouvements sociaux : les grandes décisions ne doivent pas seulement être débattues dans les parlements. Par exemple, au Brésil, on ne peut rien discuter ayant trait à la terre, aux conséquences de l’agrobusiness sans parler avec le MST. Parce qu’ils sont une opinion, qu’ils sont des acteurs essentiels. Les gouvernements doivent donc être attentifs à cette force parce qu’ils sont une force politique au-delà des partis.

Mais n’y a-t-il pas un risque de cooptation ?

Il y a toujours un risque de cooptation, mais cela dépend beaucoup des leaders sociaux, qui doivent toujours être en lien avec leurs bases. Les dirigeants ne doivent pas avoir un dialogue personnel avec les partis, mais des dialogues collectifs. Au Brésil, le principal dirigeant des Sans Terre (Joao Pedro Stedile) ne va jamais seul aux réunions avec le gouvernement ; environ vingt autres camarades l’accompagnent et il dialogue seulement après avoir établi un consensus avec les bases. C’est de là que vient la force du mouvement, pas des leaders. Ainsi ils ne courent pas un grand risque de cooptation.


Vous travaillez depuis des années sur le thème de l’environnement. Comment voyez-vous la situation de l’Amérique latine et le rôle du secteur privé ?


Nous sommes victimes des entreprises de l’agrobusiness. Les gouvernements ont besoin de dollars pour faire face à la dette extérieure, ils permettent donc que des forêts soient pillées, que l’Amazonie soit vendue, que des systèmes soient dévastés au nom du soja et d’autres monocultures. Et il n’y a pas beaucoup de conscience sociale écologique. Les gouvernements centraux ne favorisent pas une conscience parce qu’ils voient la contradiction entre les objectifs économiques et la conservation de l’environnement. Un autre grand problème, déjà mondial, c’est la rareté de l’eau et il n’y a pas une culture d’économie et de protection de l’eau. L’eau est donc une richesse et les gouvernements ne négocient pas autour de ça. Tout passe par un processus de conscientisation. Saint Augustin disait que les grands changements viennent d’un grand amour ou d’une grande douleur. Je crois que, malheureusement, certaines personnes n’ont pas assez souffert pour voir qu’il faut changer. Ce système, cette machine mondiale, produira de grands désastres environnementaux si nous ne l’arrêtons pas. Ou nous commençons maintenant ou dans 50 ans la Terre sera le lieu de grands ravages. Mais, bien sûr, nous tous qui disons cela sommes pris pour des fous, pourtant ça peut conduire à un avenir dramatique.

Qu’est aujourd’hui la Théologie de la Libération ?

La Théologie de la Libération est née en écoutant le cri de l’opprimé : le noir, le pauvre, la femme, le cri de la terre, de tous les opprimés. Et le nombre de pauvres dans le monde a augmenté. Je pense que l’un des problèmes du système est qu’avant on pouvait cacher les pauvres. Aujourd’hui, le malheur est si terrible qu’on ne peut plus occulter cette réalité, le drame des pauvres du monde : des milliards de personnes souffrent de faim et de soif. C’est un défi à la conscience humaine. L’Eglise catholique n’écoute pas ce cri. De cette situation d’injustice, l’Eglise n’en connaît pas grand-chose. L’Eglise actuelle, de Benoît XVI, est l’option pour les riches et non pour les pauvres. Alors la Théologie de la Libération insiste, met l’accent sur le fait que le problème, c’est le système, et continue à être vivante essentiellement dans les églises plus petites qui prennent au sérieux le défi des pauvres et la justice. Et l’Eglise, qui est plus préoccupée de liturgie et de catéchèse, n’est pas très sensible à ces sujets, elle voit la Libération comme quelque chose de mauvais, de dangereux, parce qu’elle politise les gens. Après 40 années de Théologie de la Libération, on peut rendre hommage à cet apport de l’Amérique latine au monde, un apport culturel et d’idées en quête de justice.

A l’intérieur de l’Eglise catholique, quel espace existe-t-il aujourd’hui pour la Théologie de la Libération ?


Le christianisme doit avoir une matrice ouverte, où chaque culture prend le christianisme et l’ajoute à sa culture, comme nous l’avons fait en Amérique : nous essayons de donner au christianisme un visage noir, indigène, latino-américain. Avec nos propres rites, nos célébrations. Et une église latino-américaine, très différente de celle de Rome, s’est lentement construite. C’est un catholicisme populaire, qui a été créé par les peuples. Mais si on regarde l’establishment romain, la curie, il s’agit d’une église très conservatrice, qui se construit seulement vers l’intérieur, où il n’y a pas de place pour agir. Maintenant si on regarde les églises périphériques, puisque le christianisme est une grande multinationale avec différents niveaux de conscientisation, on s’aperçoit qu’il existe des espaces pour que la théologie débatte, remette en cause le néolibéralisme. C’est donc une théologie vivante, mais dans les églises où les groupes y sont sensibles. C’est pourquoi la Théologie de la Libération possède l’hégémonie morale, mais n’a pas l’hégémonie politique, que Rome détient sans aucun doute.


RISAL - Réseau d'information et de solidarité avec l'Amérique latine
URL: http://risal.collectifs.net/

Source : Pagina 12 (www.pagina12.com.ar ), 4 décembre 2006.

Traduction : Catherine Goudounèche, pour le RISAL (http://risal.collectifs ;net).

Par Elsie HAAS
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Vendredi 6 avril 2007 5 06 04 2007 12:06

«Allo ! Votre mari a été enlevé. Si vous voulez le retrouver vivant, suivez attentivement mes instructions…».

L’enlèvement est fictif, mais la terreur est réelle. Une Française piégée se confie, afin d’éviter ce cauchemar à d’autres.


Une nouvelle forme de crime, s’organise à l’intérieur même des prisons. Des détenus, équipés de téléphones portables, tentent d’extorquer de l’argent à des personnes choisies au hasard, en leur convainquant qu’ils détiennent leur conjoint, leur enfant… Pour cela, ils consultent simplement un annuaire téléphonique ou des contacts enregistrés sur un téléphone portable volé. 10.000 plaintes ont été enregistrées en 2006 à travers le pays. Le nombre de tentatives d’escroqueries est estimé à quatre fois plus. Ces faux enlèvements ont commencé il y a 5 ans, au pénitencier de Carlos Tinoco da Fonseca, à Campos, dans l’état de Rio. Selon un des modes opératoires fréquents, le criminel se fait passer pour un pompier ou un policier, sur les lieux d’un accident, et crée ainsi l’effet de panique qui incite la victime à donner les informations. Sophie raconte son cas.
«Un soir, alors qu’on rentrait à pied chez nous avec mon mari, Pedro, un individu nous menace d’un revolver. Il repart avec 10R$ et nos deux portables, sur lesquels nous faisons opposition dans le quart d’heure suivant. C’est un vendredi soir.» Le lundi suivant, le couple va être confronté à la panique. «A 10h, alors que j’étais à mon bureau, je reçois un coup de fil de la sœur de Pedro, me disant qu’il a été enlevé. J’appelle à la maison…occupé ! De son côté, Pedro répond au téléphone vers 9h chez lui. Des prétendus ravisseurs lui disent qu’ils me détiennent, et lui font entendre des pleurs de femme. Pour payer une rançon, Pedro donne le numéro de sa mère. 5 minutes plus tard, les bandits rappellent Pedro en lui disant que sa mère refuse de payer pour sa belle-fille. Pour la sauver, il doit dire à sa mère qu’il a été enlevé aussi.» Ce que Pedro fait sans hésiter. La mère et la sœur, de Rio, appellent alors Sophie à São Paulo, pour la prévenir du drame. La manipulation a été efficace. Tandis que la mère de Pedro est à la banque en train de payer la rançon, l’arrivée de Sophie chez elle, met fin à la mascarade.
Plus de peur que de mal ?
Après cet épisode, le couple a passé une semaine chez des amis, trop inquiets pour rentrer chez eux, puis une semaine en vacances en famille, et s'est acheté une voiture en rentrant. Selon les statistiques de la police, 20% des victimes finissent par payer une rançon, de 4.000 R$ en moyenne. «Quand j’ai déposé plainte, la police a banalisé l’événement». Quelques personnes âgées ont trouvé la mort à la suite de l’arnaque : crise cardiaque, ou hypertension menant au coma. Un projet de loi visant à réprimer l’usage du téléphone portable en prison vient d’être approuvé. Informer sur la manipulation reste la meilleure prévention : «si seulement j’avais su» conclut Sophie.

Les conseils pour déjouer le piège de la division anti-enlèvement de la police civile
- S’informer sur les scripts les plus communs
- Ne pas accepter d’appels à votre charge «a cobra». L’appel, en provenance de Rio, aura coûté 300R$ à Sophie et Pedro. ?
- Ne pas donner d’informations sur ses proches : «Votre fille a eu un accident – Comment, qu’est-il arrivé à Manon ? ». Les bandits démarrent leur coup avec un numéro de téléphone pris au hasard.
- Ne pas donner d’information sur soi-même avec des autocollants sur sa voiture des clubs que l’on fréquente par exemple
- Informer les personnes âgées parmi vos proches, plus sensibles, et propices à s’épancher en donnant des informations à leur insu
- Désobéissez aux prétendus séquestreurs ! Même les vrais ne tueront personne si vous tentez de contacter la victime de l’enlèvement. La plupart des gens n’osent même pas essayer d’appeler parce que les interlocuteurs l’ont interdit.
- Un véritable ravisseur écourtera la conversation de peur d’être pris. Dans le cas d’une supercherie, la conversation manipulatrice dure.
- Dans le cas d’un véritable enlèvement, il est rare qu’on fasse entendre les pleurs de la victime, qui se trouve plutôt dans un endroit à l’abri, loin du ravisseur qui téléphone.
Le conseil de Sophie
Evitez d'enregistrer sur son portable des noms tels que «maison» ou «chéri ». Son surnom était enregistré sur le portable de son mari. Entendre le petit nom intime a rendu le crime plus réaliste encore.

Sources :Le petit journal 15 mars 2007
http:///www.lepetitjournal.com/content/view/12886/1189
Par Elsie HAAS
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 7 avril 2007 6 07 04 2007 01:05



Bush et Lula une histoire d'amour qui prend Haïti en otage
Par Elsie HAAS
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Communication

undefined

Vient de sortir ...
Un document inédit sur la mémoire haïtienne
Les textes de Roland Paret et Frantz Voltaire
 sont accompagnés de photos de l'époque.
Prix: 10 euros
En vente au restaurant  haïtien:
Le Rond Point des Artistes/Tel 01 48 09 88 40

Recommander

W3C

  • Flux RSS des articles
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés