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A. Talleyrand chroniques

Samedi 17 janvier 2009 6 17 01 2009 10:13



L’histoire est le récit et l’interprétation du passé. Elle est une étude à la fois critique et constructive dont le champ est tout le passé humain pris dans son intégralité et dont la méthode est de reconstruire le passé à partir de documents écrits et non écrits, analysés, interprêtés dans un esprit critique. (1) Le fait passé ou vécu est l’événement qui a sa source dans les documents. L’historien n’est pas le possesseur du passé et des documents. Il n’a pas de monopole donc il ne peut pas modifier le fait vécu suivant son humeur. Il a pour fonction de ressusciter et de démêler le passé pour fournir au lecteur des repères. Il est soumis à ce qui, un jour, fut. (2) Cependant il est aussi humain que le lecteur. C’est aussi son passé. Si l’historien a une fonction, il a aussi un contrat avec la science historique. Son contrat, par rapport au passé, est et demeure un contrat de vérité…Abandonner cette prétention… serait laisser le champ à toutes les falsifications, à tous les faussaires. (3) Tout ceci plaide pour une histoire utile à l’homme.

Dessalines a vécu. Les textes ont conservé son souvenir. Il a lutté à Saint-Domingue. Il est l’un des fondateurs de la nation haitienne. C’est un fait historique vérifiable. Sa bravoure, ses sacrifices pour donner à la nation un drapeau, une légitimité souveraine, sont des faits historiques connus grâce aux documents. Cette connaissance des faits historiques, du point de vue de l’historien, suffit-elle? Certes non! Il doit camper le personnage dans toute sa dimension avec les textes qu’il a pour devoir de chercher. Véritable défi pour celui ou celle qui fouille les archives (surtout en Haïti) dans le but d’établir toute la vérité du fait passé.



Dessalines a droit au respect de tous ceux qui s’identifient à la nation haïtienne. Certains historiens l’honorent et l’excusent, d’autres le rejettent et l’accusent. C’est leur choix. C’est contre ce penchant, que Marc Bloch a écrit: Robespierristes, anti-Robespierristes, nous vous crions grâce: par pitié, dites-nous simplement quel (homme) fut Robespierre. (4) Dessalines et tous ceux qui ont lutté pour l’indépendance d’Haïti doivent être étudiés et analysés à partir de tous les documents disponibles pour les comprendre dans leur temps. Le questionnement de leurs activités mérite réponse et interprétation. Et comme la vérité, en histoire, est partielle et provisoire (elle n’est pas définitive), les recherches doivent se poursuivre pour que le lecteur puisse enrichir sa connaissance. Il n’y a pas de point final en présentant le récit d’un fait passé. Ce n’est pas une parade d’écoliers qui prend fin avec les applaudissements de parents émerveillés par la tenue de leurs enfants. C’est une lutte constante contre les inventions, contre les mythes, contre les déviations sentimentales, politiques et même intellectuelles.

Dessalines tombe. Il est assassiné. Charlotin le recouvre de son corps. Il est assassiné aussi. Les troupes qui l’accompagnent ne les défendent pas. Elles abandonnent un chef déchiqueté par la foule. Trahison? Complicité? Crainte de l’ennemi? Quel ennemi? Défilée, une folle? Réalité ou légende?


Le fondateur d’une nation mérite-t-il d’être assassiné?

Le citoyen du pays nouveau n’avait-il aucune considération pour son accomplissement? L’impunité était-elle une activité légale, normale ou naturelle? Personne n’a protesté. Personne n’a été convoqué au tribunal pour que justice soit rendue.


L’histoire de cette petite nation ne peut pas se mesurer à partir de l’expérience des anciens pays esclavagistes. L’historien a le droit de questionner le fait passé, d’aller aux documents pour essayer de ressusciter le fait vécu dans l’objectif de formuler l’identité de la nation. C’est indispensable. Sans la connaissance des faits vécus, il n’y a pas de réflexion (positive ou négative) sur le devenir du citoyen. 
  
Si certains historiens pensent cacher leur source sous leur matelas, c’est leur choix. Si d’autres pensent publier leur source, c’est aussi leur choix. Ils le font sans pédantisme, sans esprit de supériorité, uniquement pour appliquer la méthodologie qu’ils ont adoptée. La présentation de la source concernée permet au lecteur de s’en servir pour vérifier les faits vécus puisque seul le lecteur a la possibilité de juger les morts. Les sources (documents et textes) nous protègent des erreurs mais ne nous dictent pas ce que nous devons dire. (5) L’historien ne sait rien mais il s’arme de courage pour aller à la recherche de la vérité malgré l’adversité. Il a la conviction d’essayer, sans esprit compétitif, avec toute son humilité, en questionnant l’événement passé. Ce n’est pas un fait d’éclat qui le préoccupe mais le fait vérifiable, simplement le fait tel qu’il est. En se tournant vers le passé, il se met au service de l’homme. N’est-ce-pas l’homme qui fait l’histoire?

Georges Washington est encore à l’étude après plus de deux cents ans. Les historiens fouillent encore les archives pour découvrir d’autres vérités sur ce personnage. Même Christophe Colomb est encore un souci pour les historiens après plus de cinq cents ans. Des recherches se poursuivent encore sur sa date de naissance, sur son lieu de naissance, sur ses intérêts économiques au moment de la conquête des îles de la Caraïbe. 1789 n’est pas épargné. Les historiens continuent de déchiffrer les documents pour démêler l’énigme. Révolution ou continuité sans le roi? La guerre du Sud suscite encore pas mal d’hostilité. Guerre de caste. Guerre de classe. Ou guerre entre deux groupes armés économiquement et politiquement comparables? L’interprétation du fait vécu n’est donc pas un dogme qui donne droit à une vérité absolue. L’histoire ne s’arrête pas donc elle ne peut pas recommencer. Elle continue…
 

Les colons espagnols avaient rapporté que tous les Tainos étaient des gens sauvages. Comment retrouver la vraie nature des Tainos derrière cette image intéressée de dénigrement qu’avaient inventée les conquérants espagnols? Et pourquoi les écoliers doivent encore répéter ces absurdités? Les colons français avaient écrit que tous les Africains étaient des idiots. Comment retrouver la vraie nature des Africains avant la traite derrière cette image intéressée de dénigrement qu’avaient inventée les colons français? Et pourquoi les écoliers doivent encore  répéter ces absurdités? Le fait documenté établit la différence entre histoire et fiction. À qui la responsabilité d’aller aux sources, de déchiffrer les documents pour étaler leur vraie nature avec des faits vérifiables? La connaissance du passé, dans toute sa nudité, n’est-elle pas indispensable au présent et même au futur?
 
Pourquoi avoir peur de questionner l’importance des rebelles, l’indépendance d’Haïti, les héros, les va-nu-pieds, l’administration de l’empereur, le programme de son gouvernement, les crimes politiques, la production pour la consommation locale, le commerce local, la production des denrées exportables, l’instruction des va-nu-pieds? Pourquoi avoir peur de chercher si une politique de développement durable avait intéressé le premier gouvernement de la nation? Pourquoi avoir peur d’aller aux sources, de libérer et d’analyser les documents pour connaître d’autres vérités? La nation doit être définie non seulement à partir des événements mais aussi à partir de son système de fonctionnement, de son mode de production et des rapports de production. En livrant la réponse au questionnement du passé au lecteur, celui-ci arrivera à retenir la culture politique, la culture économique, la culture sociale et même religieuse de la nation dans le sens historique. Pourquoi tant d’histoires? Pourquoi tant de cachoteries?

L’historien est un être humain. Il s’efforce d’être impartial. Il n’est pas obligé d’écrire pour une classe sociale, un parti politique ou une caste si cette dernière existe en Haïti. Il accomplit son travail dans le temps pour établir des repères utiles à l’homme. Heureusement, personne ne peut arrêter le temps. Personne ne peut effacer le fait vécu documenté pour recommencer l’histoire. Le passé a vécu. Il s’impose grâce aux documents qui ont conservé son souvenir. Il continue à vivre grâce à l’historien.    

1-Robin G Collingwood- Idea of History. Oxford, Clarendon Press, 1946.
2-Paul Ricoeur-Temps et Récits. Paris, Seuil 1985, T. III.
3-Roger Chartier- Le Monde 18 mars1993
4-Marc Bloch- Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien ed. Critique, Paris, A. Colin 1993.
5-Reinhard Koselleck- Le Futur passé, Paris, édition de l’EHESS 1990. 

Arnold C. Talleyrand
archtall@hotmail.com
Par Elsie HAAS
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Lundi 16 mars 2009 1 16 03 2009 10:52
Sur HAITI-JOURNAL du samedi 29 juillet 1933, les lecteurs ont pu savourer quelques lignes du poete CARL BROUARD. CROQUIS est le titre donné àsa rubrique.
 
CROQUIS
 
Que les historiens europeens et hispano-américains vantent Las Casas, cela se comprend, mais les nôtres, non, mille fois non. Cet homme est la cause des tortures subies par les Africains à bord des négriers, du martyr de nos ancêtres, de la prostitution de nos aieules.
De nombreux combattants de 1804 auraient-ils été dévorés par les chiens de Noailles, si cet homme n'avait pas existé? Et le lynchage? Et l'électrocution de tant de nègres innocents? Etc,etc...
 CARL BROUARD
 
L'enseignement officiel de l'histoire en Haiti continue à présenter Las Casas comme le sauveur des premiers habitants de l'ile. 
Par Elsie HAAS
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Lundi 6 avril 2009 1 06 04 2009 10:06
"Ecrit sur le sable
 
La Jeunesse est de gauche. Elle suit passionnement les masses révoltées qui aux Etats-Unis mènent la bataille contre un capitalisme aveugle, cynique et criminel. L'impérialisme des flibustiers de Wall Street nous a valu les massacres du Nord, de Marchaterre, des Abricots. En vain, les éléments pourris de la Nation veulent grouper leurs forces de fossoyeurs, Haiti vivra et libre, appuyée sur les épaules d'une Jeunesse instruite, nationaliste.
Nous avons suivi passionnément les évenements de Cuba. Le réveil apparent de la Jeunesse est dû a l'assassinat méthodique, régulier des leaders, victimes sanglantes, charnier ou la pensée vit quand même de Julio Antonio Mella dont l'ombre immense enveloppe les Antilles martyrisées sous la botte de l'ignorance indigène s'appuyant sur la duplicité de l'éternel Shylock toujours en quête d'une livre de chair saignante à prendre, àarracher de la poitrine pantelante d'une victime...
La Jeunesse est de gauche. Nous chanterons les Funérailles de la routine bestiale, gaspilleuse, éhontée, de l'empirisme abject comme une mare de glaire, de boue et de sanie ou notre mauvais Génie s'est trop longtemps baigné et buvant le sang, mangeant la chair de la Nation tandis que le ridicule s'attachait comme un étronc dans le giron défoncé de la Republique".
Emile Roumer
 
Qu'est-elle devenue cette Jeunesse de gauche de 1934? Etait-ce cette "Jeunesse de gauche" qui avait collaboré avec les différents gouvernements depuis l'avènement de Lescot? 
Par Elsie HAAS
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Mercredi 20 mai 2009 3 20 05 2009 10:25

Malheureusement, il n’y avait pas, dans cette nouvelle nation de 1804, ce genre de patriotisme pour mettre la langue créole en règle. La vérité historique n’avait pas été protégée sur tout le territoire. L’information ne fut pas diffusée à tous les niveaux de la société haïtienne. La Commune n’avait pas eu le privilège d’instaurer l’éducation scolaire de ses membres. Les lois ne furent pas affichées pour éviter les malversations de la classe politique. Les prix des produits pour un contrôle nécessaire du marché local et des denrées d’exportation ne furent pas communiqués aux planteurs. Les sentiers ne furent pas élargis pour un meilleur transport des marchandises et du bétail. Ce genre de patriotisme n’existait pas non plus pour rendre la langue française accessible à tous les citoyens du pays quelle que fut son origine sociale pour éviter l’accumulation dangereuse des discours démagogiques. L’élite, ces lettrés au pouvoir, avait préféré, dans son pédantisme enfantin beaucoup plus fictif que sérieux, fausser les esprits. Toutes les fantaisies furent autorisées pour corrompre la réalité avec des mots savants (en français) mais creux pour la majorité de la population.

Ce désir de posséder une patrie souveraine et unie dans une langue commune, pour que la voix de tous les Haïtiens s’accorde et se conserve pour le futur, n’existait pas. S’il avait existé, ceux qui avaient le monopole de l’instruction l’auraient boudé certes, mais il leur aurait été difficile de le condamner et le tuer. Les nouveaux dirigeants n’avaient pas la nécessité d’une langue écrite, lue et comprise par tous les Haïtiens. Ils n’avaient pas le besoin de laisser l’information se répandre clairement et sans cachoteries sur toute la partie Ouest de l’île. Ils n’avaient pas le besoin d’immortaliser à coeur ouvert la mémoire des hauts faits de l’histoire: c’est à dire la lutte de ces êtres humains, enchaînés sans leur consentement, contre les crimes commis par les Européens chrétiens, contre l’humanité: la traite et l’esclavage…

 

Dans: À Propos de l’Identité des Citoyens paru en février 2000.  Arnold C. Talleyrand

Par Elsie HAAS
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Lundi 10 août 2009 1 10 08 2009 10:39
 Les habitants de l'île d'Haïti, avant 1492, avaient appris à vivre leur humanité à partir d'une tradition orale basée sur la mémoire. Ils avaient transmis leur croyance et leur cultrure de génération en génération sans aucun souci d les enregistrer et de les archiver. Ils n'avaient donc aucun besoin d'immortaliser leurs leaders dans des livres.Ce groupe ethnique ne dépendait pas non plus d'un salaire ni de banques de données statistiques pour son épanouissement. C'était leur façon de vivre.

Quand les Européens avaient traversé l'Atlantique, ils avaient introduit en Amérique leurs idées et leur façon d'interpréter les évènements qu'ils avaient provoqués. Ils avaient transporté avec eux leur système métaphysique et leur culture. Ils avaient subjugué d'autres êtres humains avec des idées établies comme des concepts absolus. Ils avaient revendiqué un droit qu'ils avaient eux-même inventé : celui de posséder et de terroriser un autre être humain. Ils avaient, avec arrogance, promulgué leurs lois écrites comme les Lois de Burgos publiées en 1512 et le Code de Jean-Baptiste Colbert paru en 1685 après sa mort pour sanctionner l'institution esclavagiste et valider l'explotation sauvage d'êtres humains. Ils avaient documenté toutes les activités qui paraissaient nécessaires à leur système économique et politique.

Les conquérants européens avaient refusé d'accepter la civilisation des populations rencontrées sur les territoires qu'ils avaient conquis. Ils avaient volontairement et avec méchanceté endommagé l'environnement pour éliminer toute source de vie indigène. Ils avaient défriché les terres pour introduire de nouvelles cultures comme la canne à sucre. Ils avaient tué et décimé des populations entières et s'étonnaient, peu de temps après de leur disparition.

Pendant cette époque d'épouvante, depuis leur arrivée avec la croix et l'épée, les envahisseurs espagnols avaient employé une violence inouïe pour imposer leur façon de vivre. Ils avaient inventé des mots et ils avaient influencé leur signification suivant leur besoin. Pour empêcher toute résistance à leur conquête, ils avaient réduit la main d'oeuvre indigène à une déprimante dégradation morale et sociale. Pour eux ,le salut de tout être humain dépendait de ses rapports avec un passé écrit, accessible grâce à la conservation.

Et à partir de cette absence d'une écriture semblable à celle des civilisés de l'Ouest, les conquérants chrétiens avaient insisté sur la barbarie et la sauvagerie des ces gens qui circulent nus et qui n'ont pas d'armes selon les mots de Christophe Colomb dans sa lettre écrite aux souverains d'Espagne (1). En fait ils avaient déjà planifié, depuis 1485, (Antonio de Nebrija l'avait annoncé avant même de publier la première grammaire espagnole) de ne pas reconnaître le droit de toutes populations non chrétiennes et non européennes de vivre leur humanité à leur façon.

Avec le prétexte des croisades et de la propagation de la foi chrétienne, les papes comme instigateurs de guerre équipaient d'armes sophistiquées les fidèles pour combattre et terroriser les païens, les musulmans, les juifs et toute ethnie non chrétienne. Persécution, torture, tourment, mépris et massacre s'ajustaient au mode de pensée des civilisés de l'Ouest pour agrandir leur royaume et s'approprier les ressources des territoires soumis à leur pouvoir.

Les chefs politiques de la conquête de l'île d'Haïti, Ferdinand et Isabelle, avaient mis en application les théories exprimées dans la bulle pontificale Dum Diversas du pape Nicholas V publiée le 18 juin 1452. Pour justifier leur mainmise sur les ressources d'autrui, ils avaient décidé que tout individu, ignorant le Christ et refusant de l'accepter, devait subir la loi des chrétiens (2)

Notes
1-Lettre de Colomb écrite aux îles Canaries le 15 février 1493, siglée El Almirâte.
2- Davenport Frances Gardiner : European Treaties on the History of the US and its Depe,de,cies 1648. vol.1, P. 12. Voir aussi la Diplomatie au temps de Machiavel, 1892, tome 1,chap 2 sur le pouvoir international des papes.


Extraits de : A propos de l'Identité des Citoyens
, Arnold C. Talleyrand,Pour Cahier d'Histoire N°1,
pages 1,2,3

Par Elsie HAAS
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Vendredi 14 août 2009 5 14 08 2009 10:09
Avec la défaite des Maures au sud de l'Espagne et leur retrait au-delà du détroit de Gibraltar, les Espagnols avaient l'expérience de la guerre. Avec l'Inquisition, ils avaient l'expérience de la persécution, de la répression et de l'élimination physique de tout  être humain non chrétien. Sur les îles Canaries, acquises lors du traité du 4 septembre 1479 avec le Portugal, ils avaient l'expérience de la sur-explotation d'êtres humains non chrétiens et non européens : les Guanches -population qu'ils avaient exterminée en très peu de temps. Et avec la présence de canne à sucre sur ces îles, ils avaient l'expérience de la traite d'êtres humains achetés ou capturés pour les utiliser comme esclaves mais surtout comme main d'oeuvre à bon marché.

Ils avaient donc la force militaire et des navires de guerre bien équipés. Ils avaient leur foi inébranlable qu'ils prétendaient supérieure. Il fallait maintenant des lois et une langue afin de justifier et d'imposer l'entreprise coloniale. Elio Antonio de Nebrija avait compris, en publiant la première grammaire espagnole en août 1492, l'importance de la langue pour cette nouvelle Espagne, l'espagnol comme langue qui s'est dévloppée par corruption du latin,se présentait comme un véhicule de pensée pour l'unité politique des Espagnols.

La langue espagnole était aussi conçue comme un instrument d'oppression contre ces barbares qui parlent une langue étrange : instrument qui fut définit lors de présentation du manuscrit à la reine en 1485. Cette indépendance vis à vis du latin (qui restait utile à l'espagnol concernant l'orthographe, la création de mots nouveaux, la grammaire, la syntaxe,etc..) était indispensable à la conquête del'Amérique. Pour le confirmer, Nebrija avait traduit plusieurs oeuvres écrites en latin parce que la langue espagnole circulait sans règles (andaba suelta) (3)

D'ailleurs, l'accord entre les souverains et Colomb fut écrit en espagnol et signé à Santa Fe le 17 avril 1492 (une langue parlée sans grammaire et sans orthographe uniforme) dans lequel fut publiée la première législation que l'Espagne devait imposer dans ses futures colonies. La langue déjà contribuait à anéantir des populations non encore subjuguées. La langue préparait déjà la population espagnole à la conquête de nouvelles terres au sud de la péninsule ibérique. La lettre de Colomb, pour confirmer l'existence de terres fertiles et d'une abondante main d'oeuvre facile à subjuguer en Amérique fut écrite aussi en espagnol et traduite en latin pour le pape. (4)

Les chrétiens espagnols avaient pris possession de l'île, de ses ressources physiques et humaines au nom de leur Dieu et de leur roi. Pour justifier les causes économiques de la conquête et le droit de possession d'un être humain, les Européens avaient inventé aussi le concept de l'infériorité de toute ethnie non européenne et non chrétienne, en faisant de la couleur de la peau le facteur essentiel pour définir les classes sociales. Pour produire d'énormes richesses, une force de travail subjuguée et terrorisée fut soumise au caprice du capital européen. Très tôt, les oppresseurs exigeaient de le population asservie, l'usage obligatoire de la langue espagnole; même les rebelles comme le Cacique Henri pouvaient parler la langue de l'envahisseur aussi bien que lui. (5)

Il fallait donc enlever à cet être humain son droit à son identité et le transformer en ordure grâce aux chaînes, au fouet, et à la torture. Les envahisseurs européens n'avaient pas envisagé d'autres moyens pour convaincre les indigènes et les esclaves de la supériorité de leur religion et de leur civilisation. L'objectif des hordes européennes était de détruire la civilisation, la langue dite primitive, vernaculaire et le sanctuaire spirituel des habitants de l'île. Après les avoir massacrés, leur cupidité validait l'importance d'une autre force de travail.

Avaient-ils eu l'idée de donner du travail à des individus déjà scolarisés avec la connaissance de l'écriture de la civilisation de l'Ouest ? Au contraire, ils avaient introduit sur l'île une main d'oeuvre servile, ignorant le dessin et la forme du langage des Européens, connue uniquement pour sa robustesse (naturellement grâce à l'expérience horrible sur les îles Canaries). Avaient-ils eu l'idée d'introduire une main d'oeuvre déjà christianisée ? Au contraire, ils avaient préféré introduire sur l'île une main d'oeuvre enchaînée, ignorant le Dieu des chrétiens, pour utiliser la terreur afin de justifier leur soif de pouvoir et leur théorie de supériorité raciale.

Les esclaves étaient privés d'évoluer avec leurs contes, leurs poésies, leurs chants et leurs danses dans un environnement propre à leur culture. Avilir cette force de travail, l'inférioriser, la bestialiser jusqu'à la satanisation de ses activités avaient été planifiés pour garder perpétuellement ces êtres humains au niveau de main d'oeuvre à bon marché. Il fallait prouver à cette force de travail qu'elle n'avait pas d'autres buts dans la vie et que sa vocation était de vivre subordonnée au maître parce que c'est du Seigneur Christ que le maître tient son pouvoir.

Notes :
3-Nebrija Elio Antonio de- Grammatica Castellana, Edicion de la Junta del Centenario Madrid 1946...Sur l'emploi de la langue comme instrument d'oppression, lire la préface de José Ibanez Martin.
4- Morison Samuel Eliot- Columbus the Mariner, The New York American Library, 1955. P66 "L'objet de cette traduction en latin avait permis à Colomb de prouver que ses découvertes étaient en dehors de la juridiction du Portugal."
5- Bell Ian- The Dominican Republic. Westview Press, Colorado; P.73. Le Cacique Henri avait été éduqué par les moines franciscains.

pages 4,5,6,7 de  A propos de l'Identité des Citoyens, Arnold C. Talleyrand,Pour Cahier d'Histoire N°1,
Par Elsie HAAS
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Mercredi 2 septembre 2009 3 02 09 2009 10:44

    L’administration coloniale ne voulait pas entendre ni croire que le système économique imposé ainsi que cette absence de liberté individuelle ou collective étaient amplement suffisants pour provoquer le refus de collaboration. L’asservi n’avait pas abandonné les mines et les plantations de canne à sucre à cause des mauvais traitements. Cette malicieuse théorie sous-entendait que l’Africain enchaîné bien traité (par les agents du colonialisme) n’aurait jamais abandonné l’esclavage. De toute façon, il s’évadait pour sa liberté, pour son identité et aussi pour sa dignité: des termes interprétés différemment par l’Occident. 
   
        Pour les adeptes européens du christianisme, l’expression être chrétien était (est encore) synonyme d’être humain (probablement d’être occidental). Cependant, la force productive asservie n’avait pas besoin d’être chrétienne ni d’origine européenne pour jouir du statut d’être humain. À sa naissance, en Afrique, en Amérique ou en Asie, son humanité était évidente. Elle n’avait pas renoncé à sa liberté et à son identité. Le drame pour le chrétien européen fut que cet être humain enchaîné contre sa volonté n’avait jamais demandé verbalement ou par écrit à devenir esclave. Face à ce drame troublant, l’Européen devait imaginer des pretextes pour justifier ces ignobles carnages.
L’administration coloniale, les colons et les admirateurs de l’institution esclavagiste n’avaient fait la difference entre l’esclave (domestique ou travailleur des champs) torturé sur la plantation, l’individu libre qui vaquait à ses occupations et le rebelled avisé qui menaçait le système. Ils avaient préféré analyser les événements qui bouleversaient la réalité coloniale à partir de phénomènes épidermiques qu’ils avaient inventés.

        Malheureusement, l’île avait perdu sa chance pour l’identification et l’unification des citoyens au lendemain de cette insurrection vitale pour leur indépendance. Les nouveaux barons de la politique de cette partie de l’île avaient, face à l’économie de dépendance basée sur l’esclavage, opposé une économie de dépendance basée sur une liberté réglementée (le caporalisme agraire) de cultivateurs salariés au lieu d’analyser les revendications essentielles de la masse des cultivateurs et des rebelles en particulier. Pour ces nouveaux chefs, leur présence au pouvoir validait une sorte de révolution basée non pas sur des changements d’ordre économique, politique et social mais d’ordre épidermique (union des noirs et des mulâtres). Ils avaient fêté leur avènement au pouvoir comme une activité révolutionnaire sans se soucier des besoins naturels et immédiats de la majorité comme l’instruction, un habitat adéquat, la santé, la sécurité, les routes, l’organisation de la production agricole. Ils n’avaient pas changé la structure de l’État colonial.

            L’économie de dépendance était remise en vigueur avec tous ses corollaries: la terreur, le fouet, les brimades, le mépris, la discrimination, l’exploitation. L’économie de l’île fut basée sur les mêmes denrées d’exportation pour satisfaire les marchés métropolitains alors que le marché local (plus tard rural) base sur le matériel végétal à partir des départements militaires (plus tard communes) restait englouti et même ridiculisé. La production agricole des denrées de consummation locale fut livrée à la rapacité du représentant armé de la loi. La langue de l’oppression fut officilisée sans l’enseigner à toute la population. La langue de la majorité fut méprisée. La religion du colon était restée oppressive contre la religion de la majorité. Le droit du citoyen de pratiquer sa propre croyance fut ignoré. La majorité des citoyens circulait sans identification. Malgré leur enthousiasme et leur dévouement durant les différentes confrontations militaires contre l’occupant, le droit à la propriété leur fut refusé. Ces êtres humains étaient restés encore une fois à la merci d’une élite aussi oppressive que l’administration coloniale.


            Pourtant ces cultivateurs n’avaient qu’un désir: faire admettre leur humanité. Ils n’étaient pas des marrons, ni des brigands. Ils n’étaient pas des vagabonds, ni des bossales. Ils n’étaient pas des bandits, ni des voleurs.. Ils avaient fui la plantation pour combattre l’esclavage, le despotisme, le mépris, l’humiliation et l’exploitation. En tant qu’êtres humains, ils avaient le droit de reconquérir leur liberté et leur espace agricole.

Arnold C. Talleyrand
Extrait: Marrons ou Rebelles; Banditisme ou Lutte contre l’Esclavage

 
Par Elsie HAAS
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Dimanche 8 novembre 2009 7 08 11 2009 10:15
    La croyance des indigènes et des esclaves d'origine africaine fut rabaissée à de primitives superstitions parfois à de l'idolâtrie et le plus souvent de la sorcellerie. Toutes les superstitions de l'Europe médiévale leur furent attribuées, même la poupée de sorcières accompagnée de son aiguille connue  depuis l'antiquité  pour jeter un mauvais sort  sur un ennemi ou un adversaire  ( et même le désir de le tuer ) passait comme une intervention (la poupée de Vodou et l'aiguille ) de cette force productive enchaînée. (6)
    Ces êtres humains, malgré les malheurs de leur captivité et l'horreur de la traversée de l'Atlantique, avaient apporté avec eux toutes leurs coordonnées métaphysiques, leur système de communication et d'information que la sauvagerie des Européens n'avait pas effacé de leur mémoire. Malgré l'interdiction de pratiquer les éléments liés à leur nature,  ces individus enchaînés contre leur volonté avaient gardé en essence l'âme  et le rythme de leur culture en accord avec leurs traditions ancestrales. Malgré l'interdiction de la parole et de l'écriture du maître d'origine française, ils avaient pu communiquer leur sentiment en créant leur propre langage. l'information en général, contrôlée par l'administration coloniale n'était pas à leur portée. Toute communication du savoir écrit de la France leur était interdite. Les Européens avaient empêché à cette main d'oeuvre soumise de penser à sa liberté afin d'éviter d'incontournables représailles.
    L'originalité du système colonial, depuis 1492, résidait dans l'emploi de la terreur tant physique que spirituelle. Les conquérants avaient misé, en brisant leurs échines par des actes aussi barbares que cruels, sur la docilité et la loyauté de ces êtres humains pour être en paix avec leur conscience. Ils les avaient marginalisés et infériorisés pour les rendre dépendants du maître et du système esclavagiste afin de justifier l'ordre nouveau (à l'époque) qu'ils avaient établi. Plus ils côtoyaient le maître, plus ils avaient la chance d'une meilleure émancipation.
    Malgré l'abominable Code de Colbert qui avait transformé ces êtres humains en choses à produire, ils avaient chanté, dans leur langue, leur peine et leur résistance et ils s'étaient rebellés contre le système, contre l'oppression et contre l'esclavage. Malgré le souci constant du pouvoir colonial pour intimider et asphyxier la main d'oeuvre servile, ces êtres  humains enchaînés  n'avaient pas hésité à se révolter afin de revendiquer un droit naturel : celui d'être libre.
    La langue devait-elle être écrite pour que la tradition fût transmise aux nouvelles générations ? L'art devait-il se soumettre aux exigences de la conservation écrite pour véhicuelr les traditions culturelles ?
Malgré leurs déboires continuels et leurs rudes épreuves pendant plus de trois cent ans, ils avaient gardé dans leur mémoire l'organisation social de leur lieu d'origine, les valeurs religieuses apprises de leurs ancêtres et leurs connaisances techniques pour les combiner avec la mémoire des populations conquises puis soumises en Amérique. Une véritable armoire de connaissances qu'ils devaient réserver et transmettre, malgré la répression  et la cruauté de l'administration coloniale, des planteurs et des propriétaires de moulin.Toute cette connaissance cachée et codée restait, le plus souvent incomprise du maître et des fouetteurs.
    De l'Espagne à la France, les concepts de déshumanisation de la force de travail n'avaient pas changé. L'institution esclavagiste en Amérique avait été inventée pour satisfaire les intérêts économiques de la classe dirigeante et du pouvoir colonial et non pour évangéliser ce sauvages. Cette institution manipulait moralement et aussi culturellement la conscience des esclaves dans le but de surexploiter  avec sauvagerie plus d'un million d'êtres humains humiliés et avilis. Toutes ces horreurs avaient été planifiées et exécutées selon les besoins du capital et du marché du sucre.
    En 1528, les Espagnols avaient entrepris la construction de l'Université de Santo Domingo où tout individu libre pouvait jouir du savoir académique. Toutes less couches sociales avaient été forcées d'apprendre et de s'exprimer dans la langue de l'oppression. même leur nom d'origine avait été hispanisé avec le système de l'encomienda (7) (Unidos en el mismo idioma- unis dans la même langue)
    Sur la partie ouest de l'île, ceux qui vaquaient librement à leurs activités n'avaient pratiquement aucun centre universitaire pour s'instruire et s'informer. A part quelques clubs et surtout des associations de Francs-maçons,(8) Les colons français n'ont pas laissé de traces importantes sur le plan éducatif. l'accumulation des richesses était le bien-fondé de leur entreprise coloniale. Ils n'étaient pas préoccupés par la vulgarisation du pain de l'instruction. Cette initiative était, aux yeux des maîtres des esclaves, une entrave à l'accomplissement de l'objectif colonial. (9) la langue française était utilisée comme un véhicule de communication parmi les planteurs et les marchands, dans l'administration et pour certains services religieux. Il était même interdit aux colons de permettre aux esclaves d'acquérir des connaissances, sauf l'enseignement religieux, sous peine d'être privé de leurs esclaves. La langue française n'était pas mise à la portée des esclaves dont la sous-humanité était déjà remarquablement acceptée par les oppresseurs. Ils étaient trop bêtes et trop idiots pour comprendre les nuances d'une langue aussi supérieure et raffinée.
Or, une expérience déplorable a prouvé que l'abus des lumières est souvent le principe des révolutions, et que l'ignorance est un lien nécessaire pour les hommes enchaînés par la violence ou flétris par les préjugés. Ce serait donc une imprudence bien dangereuse de tolérer plus longtemps, dans la colonie, des écoles pour les nègres et les gens de couleur. Qu'iraient-ils apprendre dans ces établissements ? Ils n'y puiseront pas les connaissances supérieures qui feront de l'homme éclairé le premier esclave de la loi; et leur intelligence enorgueillie d'une instruction imparfaite et grossière, leur représentera sans cesse le régime colonial comme le code de la tyrannie et de l'oppression.(10)
p.7,8,9,10,11,12 du livre.
A SUIVRE

Notes
(6) Leaming Huhgo Prosper-Hidden Americans: Maroons of Virginia and the Carolinas- Garland Publishing Inc. 1995, p.347 "La poupée de sorcière n'est pas une particularité haïtienne ou africaine." Voir aussi : Batchelor Forsyth Julie et De Lys Claudia- Superstitious ?, Scholastic Book Services. 1954. p.127.
(7) Cambeira Alan- Quisqueya la Bella. p.17. "Vers 1537, les rebelles du Bahoruco avaient formé une société libre, structurée et bien organisée. Leur chef, Juan Vaquero, un africain d'origine, avait eu son nom "hispanisé" par les Espagnols."
(8) Saint Mery Moreau de- Description de la Partie Française de St. Domingue, p.344-347. Voir aussi Fouchard Jean- Plaisir de St.Domingue, Ed. Deschamps, 1988. p.98-99
(9) Article de Dore Guichard : Survol Historique de l'Ecole en Haïti 1492-1999. Le Nouvelliste le jeudi 22 avril 1999.
(10) Instruction de Villaret, cité par A. Cochin dans : l'Abolition de l'Esclavage. Tome 1, p.12-13
Par Elsie HAAS
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