À son Excellence
Monsieur le Docteur François Duvalier
Président de la République
Palais National
Monsieur le Président,
Dans quelque pays civilisé qu’il me plairait de vivre, je crois pouvoir dire que je serais accueilli à bras ouverts : ce n’est un secret pour personne. Mais mes morts dorment dans cette terre ; ce sol est rouge du sang de générations d’hommes qui portent mon nom ; je descends par deux fois, en lignée directe, de l’homme qui fonda cette patrie, aussi j’ai décidé de vivre ici et peut-être d’y mourir. Sur ma promotion de vingt-deux médecins, dix-neuf vivent en terre étrangère. Moi, je reste, en dépit des offres qui m’ont été et me sont faites. Dans bien des pays bien plus agréables que celui-ci, dans bien des pays où je serais plus estimé et honoré que je ne le suis en Haïti, il me serait fait un pont d’or, si je consentais à y résider. Je reste néanmoins.
Ce n’est certainement pas par vaine forfanterie que je commence ma
lettre ainsi, Monsieur le Président, mais je tiens à savoir si je suis ou non indésirable dans mon pays. Je n’ai jamais, Dieu merci, prêté attention aux petits inconvénients de la vie en Haïti,
certaines filatures trop ostensibles, maintes tracasseries, si ce n’est les dérisoires avanies qui sont le fait des nouveaux messieurs de tous les pays sous-développé
Bref, Monsieur le Président, je viens au fait. Le 31 mai, soit avant-hier soir, au vu et au su de tout le monde, je déménageais de mon domicile de la ruelle Rivière, à Bourdon, pour aller m’installer à Pétion Ville. Quelle ne fut pas ma stupéfaction d’apprendre que le lendemain de mon départ, soit hier soir, mon ex-domicile avait été cerné par des policiers qui me réclamaient, à l’émoi du quartier. Je ne sache pas avoir des démêlés avec votre Police et de toutes façons, j’en ai tranquillement attendu les mandataires à mon nouveau domicile. Je les attends encore après avoir d’ailleurs vaqué en ville à mes occupations ordinaires, toute la matinée de ce jourd’hui 2 juin.
Si les faits se révélaient exacts, je suis assez au courant des
classiques méthodes policières pour savoir que cela s’appelle une manœuvre d’intimidation. En effet, j’habite à Pétion Ville, à proximité du domicile de Monsieur le Préfet Chauvet. On sait donc
vraisemblablement où me trouver, si besoin réel en était. Aussi si cette manœuvre d’intimidation, j’ai coutume d’appeler un chat un chat, n’était que le fait de la Police subalterne, il n’est pas
inutile que vous soyez informé de certains de ces procédés. Il est enseigné à l’Université Svorolovak dans les cours de technique anti-policière, que quand les Polices des pays bourgeois sont
surchargées ou inquiètes, elles frappent au hasard, alors qu’en période ordinaire, elles choisissent les objectifs de leurs coups. Peut-être dans cette affaire ce principe classique
s’applique-t-
Je me suis d’abord demandé si l’on ne visait pas à me faire quitter le pays en créant autour de moi une atmosphère d’insécurité. Je ne me suis pas arrêté à cette interprétation, car peut-être sait-on que je ne suis pas jusqu’ici accessible à ce sentiment qui s’appelle la peur, ayant sans sourciller plusieurs fois regardé la mort en face. Je n’ai pas non plus retenu l’hypothèse que le mobile de la manœuvre policière en question est de me porter à me mettre à couvert. J’ai en effet également appris dans quelles conditions prendre le maquis est une entreprise rentable pour celui qui le décide ou pour ceux qui le portent à le faire. Il ne restait plus à retenir comme explication que l’intimidation projetée visant à m’amener moi-même à restreindre ma liberté de mouvement. Dans ce cas encore, ce serait mal me connaître.
Tout le monde sait que pour qu’une plante produise à plein rendement, il lui faut les sèves de son terroir natif. Un romancier qui respecte son art ne peut être un homme de nulle part, une véritable création ne peut non plus se concevoir en cabinet, mais en plongeant dans les tréfonds de la vie de son peuple. L’écrivain authentique ne peut se passer du contact journalier des gens aux mains dures – les seuls qui valent d’ailleurs la peine qu’on se donne – c’est de cet univers que procède le grand œuvre, univers sordide peut-être mais tant lumineux et tellement humain que lui seul permet de transcender les humanités ordinaires. Cette connaissance intime des pulasations de la vie quotidienne de notre peuple ne peut s’acquérir sans la plongée directe dans les couches profondes des masses. C’est là la leçon première de la vie et de l’œuvre de Frédéric Marcelin, de Hibbert, de Lhérisson ou de Roumain. Chez eux, les gens simples avaient accès à toute heure comme des amis, de même que ces vrais mainteneurs de l’haïtianité étaient chez eux dans les moindres locatis des quartiers de la plèbe. Mes nombreux amis de par le vaste monde ont beau s’inquiéter des conditions de travail qui me sont faites en Haïti, je ne peux renoncer à ce terroir.
Egalement, en tant que médecin de la douleur, je ne peux pas renoncer à la clientèle populaire, celle des faubourgs et des campagnes, la seule payante au fait, dans ce pays qu’abandonnent presque tous nos bons spécialistes. Enfin, en tant qu’homme et en tant que citoyen, il m’est indispensable de sentir la marche inexorable de la terrible maladie, cette mort lente, qui chaque jour conduit notre peuple au cimetière des nations comme les pachydermes blessés à la nécropole des éléphants. Je connais mon devoir envers la jeunesse de mon pays et envers notre peuple travailleur. Là non plus, je n’abdiquerai pas. Goering disait une fois quand on cite devant lui le mot culture, il tire son révolver ; nous savons où cela a conduit l’Allemagne et l’exode mémorable de la masse des hommes de culture du pays des Niebelungen. Mais nous sommes dans la deuxième moitié du XXème siècle qui sera quoiqu’on fasse le siècle du peuple roi. Je ne peux m’empêcher de rappeler cette parole fameuse du grand patriote qui s’appelle le Sultan Sidi Mohamer Ben Youssef, parole qui illumine les combats libérateurs de ce siècle des nationalités malheureuses. " Nous sommes les enfants de l’avenir !", disait-il de retour de son exil en relevant son pitoyable ennemi, le Pacha de Marrakech effondré à ses pieds. Je crois avoir prouvé que je suis un enfant de l’avenir.
La limitation de mes mouvements, de mes travaux, de mes occupations, de mes démarches ou de mes relations en ville ou à la campagne n’est pas pour moi une perspective acceptable. Je tenais à le dire. C’est ce qui vaut encore cette lettre. J’en ai pris mon parti, car la Police, si elle veut, peut très bien se rendre compte que la politique des candidats ne m’intéresse pas. La désolente et pitoyable vie politicienne qui maintient ce pays dans l’arriération et le conduit à la faillite depuis cent cinquante ans, n’est pas mon fait. J’en ai le plus profond dégoût, ainsi que je l’écrivais, il y a déjà près de trois ans.
D’aventure, si, comme en décembre dernier, la douane refuse de me livrer un colis – un appareil de projection d’art que m’envoyait l’Union des Ecrivais Chinois et qu’un des nouveaux messieurs a probablement accaparé pour son usage personnel -, j’en sourirai. Si je remarque le visage trop reconnaissable d’un ange gardien veillant à ma porte, j’en sourirai encore. Si un de ces nouveaux messieurs heurte ma voiture et que je doive l’en remercier, j’en sourirai derechef. Toutefois, Monsieur le Président, que je tiens à savoir si oui ou non on me refuse le droit de vivre dans mon pays, comme je l’entends. Je suis sûr qu’après cette lettre, j’aurai le moyen de m’en faire une idée. Dans ce cas, je prendrai beaucoup mieux les décisions qui s’imposent à moi à la fois en tant que créateur, que médecin, qu’homme et que citoyen.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes salutations patriotiques et de mes sentiments distingués.
Jacques Stephen ALEXIS
Back on Jan. 1, 1804, European/ U.S. barbarity and savagery received its greatest blow in the Western Hemisphere. We continue to face the guns, greed and odious cruelties of the white man, but we
also continue to celebrate our victories against him. Haitians have been stigmatized and forced to pay with their lives and freedom for that achievement ever since.
Le 1er janvier 1804 la barbarie et la sauvagerie de l'Europe et des USA connurent leur plus grand choc dans l'hémisphère ouest. Nous continuons à confronter les armes, la voracité et la cruauté horrible des Blancs, mais nous continuons également à célébrer nos victoires. Les Haïtiens ont été stygmatisés et contraints par la force à payer avec leurs vies et leur liberté cet accomplissement depuis cette date.
Jan. 1, 2006, marked Haiti’s freedom day.
Le 1er janvier 2006 , jour de l'indépendance d'Haïti
Oceans of our blood have poured and watered the soil to nourish civilized co-existence on this planet Earth and continue, this very minute, to soak the earth needlessly, simply because Haitians
were the first to counter, in combat, European/ U.S. biological fatalism, destroy its myth of white superiority and to do what even Spartacus could not.
Une mer de sang a coulé sur le sol haïtien pour nourrir la co-existence civilisée sur la planète terre, et
continue encore à cette minute même à saccager le pays pour rien, pour la seule raison que les Haïtiens furent les premiers à s'opposer à l'Europe et aux USA dans un combat contre le
fatalisme biologique, à se battre pour détruire le mythe de la supériorité blanche, et réaliser ce que Spartacus lui-même n'arriva pas à faire.
How should Haitians mark this anniversary? Who should we confer with about our awesome burden, our plight, our long struggle to be treated as human beings by the European settlers?
Comment les Haïtiens devraient-ils célébrer cet anniversaire ? Avec qui pouvons nous dialoguer de cette terrible souffrance, de notre longue lutte pour conquérir le droit d'être traités comme des êtres humains par les colons européens ?
Who should we approach about Father Jean Juste’s incarceration? About the U.N. soldiers’ massacres, rapes of our women and repression of Haiti’s
defenseless poor?
A qui pouvons-nous parler de l'emprisonnement du PèreJean Juste ? Des massacres des soldats de l'ONU, des viols de nos
femmes et de la répression contre les Haïtiens pauvres et sans défense ?
About the lies of the mainstream media and awful propaganda by the likes of Roger F. Noreiga?
A propos des mensonges écrits dans les media dominants de de l'affreuse propagande des gens du style de
Robert Noriega voir :
(See: http://www.miami.com/mld/miamiherald/news/opinion/13504681.htm.
Petite fille en convalescencedans un centre de soin
Petite file en pleine forme en train de goûter.
Qui succèdera à René Préval? Guerre |
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| Média Mosaïque, 12/30/2008 | ||||||
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Montréal |
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Deklarasyon Endepandans Ayiti Premye Janvye 1804 Gonayiv, Ayiti (Traduction par
Lakou New York, Jan, 2008, http://www.lakounewyork.com/)
