Dimanche 24 décembre 2006
Il est mort parce qu’il devait mourir, parce qu’à chacun vient son heure. Le tyran qui se
croyait invincible, lui qui disait que dans ce pays, pas une feuille ne bougeait sans qu’il ne le sache, lui aux lunettes obscures et aux lugubres chaînes nationales, a reçu le coup de grâce de
la Faucheuse. Et des sentiments contradictoires nous prennent d’assaut : d’une part la joie de savoir que nous n’avons plus à partager la planète avec une si misérable teigne. Ni respirer le même
air. Mais avec le goût amer qu’il soit parti sans être jugé, protégé par ses lois d’amnistie et par le gouvernement de la Concertation, qui s’est toujours maintenu fidèle au pacte, grâce auquel
ils ont négocié le poids de son pouvoir. Parce que, souvenons nous que personne ne
les a obligés à courir à Londres en 1998 sauver leur « Generalisimo », quand ce dernier s’est retrouvé en mauvaise posture ; sans aucune honte, ceux-ci ont été les véritables protecteurs de
l’assassin du peuple. Que Pinochet n’oublie pas qu’il est complice de la Concertation, avec le poids de milliers de morts sur sa conscience.
General Pinochet’s brutally oppressive CIA-inspired dictatorship was sustained for more than a quarter of a century by successive USA and UK governments.(Sources
: World Crisis Web, 15 nov 2004)
Ce sont eux qui ont administré les institutions de Pinochet, son État, sa Constitution, et son modèle économique. Ce sont eux qui ont utilisé l’héritage du « Tata »
pour réprimer le peuple en lutte et les Mapuches. Ce sont eux qui se sont enrichis en implantant le néolibéralisme par le feu et le sang. Ce sont eux. Et c’est peut être pour cela que ce sont eux
qui ont le plus de raisons d’être satisfaits en ce moment. Parce que le « vieux de merde » est mort, qu’il ne vient plus les emmerder, parce qu’il n’est plus leur mauvaise conscience, parce que
s’est éteinte la cause pour laquelle tous ces avocats gênants des droits humains se cassaient les couilles.
Parce que s’est éliminée la personnification vivante du crime sur laquelle sont fondées les institutions de notre pays que, heureusement, ils administrent.
Avec le cadavre de ce chien de Pinochet, ils pensent qu’ils pourront enterrer les milliers de morts sur le chemin. Mais il faudrait qu’ils fassent, pour laver le Chili de l’empreinte de Pinochet,
comme on le faisait avec les rois d’autrefois: enterrer la charogne avec le trousseau - l’Armée, son État,
ses liasses de lois et sa Constitution. Sa mort nous fait exploser au visage les contradictions du Chili d’aujourd’hui.
Bachelet exprimait qu’il lui serait très difficile de rendre des
hommages officiels d’État au tyran. Mais si madame Bachelet était conséquente, elle devrait le faire: mauvais pour mauvais, c’est elle-même qui administre l’État de Pinochet. C’est elle, que ça
lui plaise ou non, qui le suit. Elle devrait, au moins, lui payer cette « faveur accordée ». Ou sinon, si réellement elle est conséquente, si réellement elle ne voulait pas être celle qui suit le
criminel, qu ‘elle envisage de mettre fin aux institutions léguées par le dictateur ou, du moins, de les réformer démocratiquement. Cette ambivalence entre démocratie surveillée et autoritarisme
a donné son identité particulière à la classe capitaliste chilienne pendant ces trois dernières décennies.
Bien que Pinochet soit mort, l’ombre de son régime, au grand damne des traîtres et des crapules de la Concertation, continuera de nous punir, parce que son
héritage continue pour nous, incarné dans l’État et l’Armée de contre insurrection. Et surtout dans le double pouvoir de fait que possède l’Armée. Ce n’est pas par hasard que, alors que les
édifices publics n’ont pas les drapeaux en berne, les casernes l’ont. Parce qu’elles se dirigent elles mêmes,
parce qu’elles ne sont pas subordonnées au pouvoir civil. Parce que, quand elles le souhaitent, elles peuvent botter le cul à n’importe quel gouvernement qui arrive au pouvoir. Ces drapeaux en
berne représentent la suprématie que les militaires possèdent encore sur le pouvoir civil ( quelque chose de propre aux contrées barbares dépendantes où la faiblesse de la bourgeoisie fait contre
poids à la main militaire).
Le monde l’a condamné il y a longtemps mais au Chili, ils n’en ont pas été capables. Même la Maison Blanche, dans sa déclaration sur la mort de ce chien de
Pinochet, a pris de la distance hypocritement avec le psychopathe qu’ils avaient eux-mêmes mis au pouvoir, en déclarant que leurs sentiments allaient vers les victimes de son règne. Ils ont même
eu à demander, pour ce chien de Pinochet, avant sa mort, que son cadavre immonde soit incinéré pour éviter que sa
tombe soit profanée. La seule amie sincère, qui apparemment a eu, jusqu’à la fin ce mafieux, fut Margaret Thatcher, la dame de fer, hypocrite et assassine comme lui. Elle a été la seule personne
qui se soit montrée peinée par son décès.
Bon, à part les hommes en kakis, une paire de vieilles pathétiques qui agitaient leurs fanions aux abords de l’hôpital militaire, dans les villages, on a
ressenti un peu de joie, un peu de frustration, un peu de conflits: les éléments qui constituent l’âme de notre génération, la génération qui a grandit sous la botte militaire, nous qui avons
tété les discours de Pinochet, nous qui avons appris à lire et à écrire sous ce ciel gris. Nous qui, comme le disait le journal anarchiste des années 80, avons fait notre première communion et
nous sommes masturbés la première fois sous Pinochet. Cette génération qui a adapté ses sens à la vision odieuse des militaires comme des tâches dans les rues, au son des balles et des casseroles, au goût amer dans la bouche, qui a senti sur sa peau la chaleur des barricades, dont
l’odorat a été saturé par la fumée et les bombes lacrymogènes. Une génération qui a appris que son espace politique naturel, c’est la rue, qui a appris à lutter dès son
enfance.
Et j’insiste, ça nous a donné un mélange de joie et de conflit. Joie, parce qu’il meurt alors que nous vivrons toujours. Joie parce que sans une teigne comme
lui, un monde nouveau est possible. Joie, pour elle-même, parce qu’il nous semble que cette canaille allait rester punir notre pays pour l’éternité; et conflit, parce qu’il est parti sans voir ni
son jugement, ni notre victoire.
Qui nous enlève l’amertume de la bouche, quand derrière, les victimes réclament justice et quand il reste un peuple blessé, aliéné, réprimé et paupérisé,
étranglé entre dettes et carences au milieu du « miracle économique » chilien ? Qui, camarades ? Le peuple, personne d’autre que le peuple. Et comment, camarades ? Par la lutte, en créant,
pouvoir populaire. La lutte continue et la victoire sera nôtre.
José Antonio Gutierrez D.
11 décembre 2006
(traduit de l'espagnol)
Par Elsie HAAS
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Dimanche 24 décembre 2006
Huellas africanas en América del Sur: los últimos negros de Chile*
Portrait d'une Afro-chilienne
Supuestamente en Chile no hay negros. A lo más, es un pueblocon sangre indígena y europea. Sin embargo, en la
frontera norte delpaís existe un importante número de afrochilenos. Arica es el último
enclave negroide de la nación y su legado lentamente va desapareciendo. En este artículo, los protagonistas reconstruyen el
pasado y bosquejan su futuro.*
Por Gustavo del Canto*
Es cosa de sentarse un rato en algún banco del paseo 21 de Mayo, en el centro de Arica y ver pasar a la gente.Rápidamente comenzamos a distinguir
a los afrodescendientes. Los más viejos son negros de piel, nariz achatada, pelo ensortijado, imponente estatura y pausado andar. Los más jóvenes salpican rasgos al azar: altasmujeres de tez
blanca y cabellera afro, morenos de nariz protuberante ypelo liso. A simple vista y motivados por nuestros prejuicios sureños,diríamos que esta gente es peruana, brasileña o cubana. Sin
embargo, escosa de entablar una conversación para darnos cuenta de nuestro error.
La gente morena de Arica es descendiente de esclavos y negros libres del Perú y también de gente traída directamente del África. Llevan siglos en la
zona y hasta hace poco tiempo eran mayoría absoluta.Las historia nos cuenta que en tiempos de la colonia, Arica tuvo dos alcaldes negros, un barrio llamado Lumbanga (caserío, en idioma
congolés) e innumerables tradiciones culturales. ¿Cómo llegaron? ¿Cómo ha sido su vida? ¿Cuál es su futuro? Todas estas preguntas recién comienzan a ser respondidas.
Primer antecedente imborrable: hasta fines del siglo XIX, Arica y la provincia de Tarapacá eran territorios
peruanos.
Durante años, la esclavitud africana tuvo una gran importancia para la actividad económica de esta nación. Los negros eran un preciado bien, tanto por su trabajo en plantaciones de caña y algodón, como por la jerarquía social
que significaba tener servidumbre africana en las haciendas de los terratenientes blancos. Un sistema
totalmente despreciable moralmente, pero que fue una realidad no sólo del Perú,
sino a lo largo de todo nuestro continente (incluyendo a Chile).
Le port de Arica au Chili était un lieu de traite
d'esclaves au XVIIIème siècle
Bajo este contexto, Arica tenía bastantes
condiciones para trasformarse en un interesante foco esclavista. Primero que nada era el principal puerto por donde zarpaban hacia Europa las mercancías de plata extraídas de Potosí
(Bolivia), tenía un valle agrícola (Azapa) ideal para plantaciones de algodón y caña de azúcar, la ciudad estaba aislada en medio del desierto y, por último, la zona sufría de malaria,
enfermedad a la cual muchos negros se mostraban inmunes.
Todos estos factores potenciaron la esclavitud africana en la zona. Es más, en el siglo XVIII, don Francisco Yánez, don Luis
Carrasco y don Ambrosio Sánchez, distinguidos criollos de Arica, instalaron tres "criaderos de negros" en el
valle de Lluta.
Estos eran establos donde unos cuantos machos
y un montón de mujeres se "reproducían" para luegovender la "mercancía" (niños) al mejor postor.* Sin embargo,
no todos los negros de Arica eran esclavos. A fines del siglo XIX, muchos afrodescendientes libres del norte
del Perú llegaron hasta esta zona y compraron tierras, principalmente en el valle de Azapa. También se cuenta que en una fecha incierta, un barco esclavista naufragó cerca de Pisagua y muchos africanos escaparon haciael desierto para después instalarse en Azapa.* Esclavos o negros libres, lo cierto es que hasta
comienzos del siglo XX, Arica era negra en su mayoría. Después, cuando la ciudad pasa definitivamente a formar
parte de Chile (1929), la mayoría de ellos tuvieron que escapar a Tacna. Alberto Quintana, afrodescendiente de
la ciudad, aún recuerda lo que su padre le contaba al respecto: "A los peruanos, sobre todo si eras negro, los perseguían. Los chilenos te marcaban la puerta de tu casa con una X, te tiraban animales muertos y si te pillaban
caminando por la calle simplemente te mataban a sangre fría."*La llamada "chilenización" de Arica no fue tan
pacífica ni inocente como cuentan la mayoría de los libros de historia elaborados enel país. Quintana cuenta
que desde Santiago llegaban barcos con cientos de presidiarios de la capital (Santiago), liberados de sus penas a cambio de que se "encargaran" de espantar a los peruanos de Arica: "Fueron años
de gran tensión. Los negros que tenían tierra en Azapa se iban al Perú, pero después retornaban de forma ilegal
por el altiplano y vivían escondidos en sus casas, casi no salían. Otros se nacionalizaron
chilenos y comenzaron a denunciar a sus familiares para congraciarse conlas autoridades. Sin embargo, con el tiempo la cosa
se fue tranquilizando y negros, blancos, chilenos y peruanos vivieron en perfecta
armonía".
*Morenos de Azapa*
Conocido por sus famosas aceitunas, el valle de Azapa es un verde y frondoso oasis en medio del desierto ariqueño. Aquí encontramosplantaciones de mangos, plátanos, guayabas y maracuyás, frutas tropicales que nos hablan de las
bondades de estas tierras. Además esta zona concentra el mayor número de negros de la provincia de Tarapacá. Incluso en Arica cuando te encuentras con un negro no le preguntas si es brasileño
o cubano, sino simplemente ¿eres azapeño? Los Corvacho, losRíos, los Baluarte y los Cadenas son algunas de las familias de sangre africana que habitan desde hace siglos este hermoso lugar.
Gente que ha sabido adaptarse a las costumbres chilenas, pero que no reniegan de su pasado ni del color de su piel.
La vallée de Azapa dans la région d'Arica où vivent des descendants d'Africains est une zone de plantations de mangues,papayes, bananes plantaisn, goyaves et
d'autres fruits tropicaux
Francisca Ríos vive cerca del kilómetro 4 del valle. Asegura que la vida era indudablemente mejor y más
llevadera en el Azapa de antaño: "Cuando estaban los negros, aquí era todo más hermoso y
tranquilo. Habían mucha fruta, grandes cantidades de mangos, guayabas,papayas, plátanos y caña de azúcar. La gente era muy
sana y respetuosa. No se necesitaba dinero, todo te lo daba el valle. Una vez a la semana
bajábamos a Arica en burro para vender fruta, aceitunas y comprar algunas cosas. Ahora, todo es distinto. Si no tienes dinero no haces nada. Ya no hay ni
fruta y los pozos de agua se están secando. Los valores han cambiado y cada día se ven menos negros."
Sobre las tradiciones negroides del valle, Francisca Ríos asegura que se han ido perdiendo con el tiempo: "Lamentablemente no queda nada. Ni las fiestas familiares ni los carnavales. Antes todos éramos mucho más
unidos, si había un cumpleaños llegaba toda la familia y celebraban hasta el otro día. Mis tíos tocaban la guitarra, otro golpeaba una mesa o un cajón y bailaban sin parar."
Sobre qué cosas danzaba los negros en Azapa, doña Francisca recuerda el vals, la cueca y otro baile que no quiere mencionar, pero finalmente
termina entregando algunos datos entre risas y ademanes de vergüenza: "Existía el baile de la Lumbanga. Yo nunca lo bailé porque era muy niña, pero me acuerdo que los mayores se ponían en
círculo y comenzaban a golpearse cadera con cadera. Era pura percusión. Tocaban sobre una mesa, un barril de aceituna o cualquier cosa."
Otra de las tradiciones que los negros tenían en el valle eran las "peleas de gallos". Ángel Báez recuerda que éstas eran verdaderas batallas
entre las familias de la zona, donde más allá del dinero estaba el honor por saber quién era el mejor criador.
Hasta hace poco tiempo, el propio Ángel tenía sus gallos, pero ya olvidó esta actividad por problemas económicos: "Criar un gallo de pelea cuesta mucho dinero y tiempo. Ahora la vida en el valle está mucho más difícil, por lo tanto, ya casi nadie va a las galleras. Hoy todo se compra, hastala fruta, y debo
procurar más dinero que antes."
Sin embargo, las tradiciones más recordadas en el valle eran la "Cruz de Mayo" y el Carnaval. En el mes de mayo, cada familia de Azapa subía a un
cerro una cruz, en el trayecto se rezaba y entonaban cantos corales. Una vez que la cruz era clavada en la
cima, todos retornaban a sus hogares para celebrar una fiesta hasta el otro día.
Los carnavales se celebraban antes de la Cuaresma cristiana y se realizaban tanto en el valle como en Arica. A diferencia de los actuales, los
carnavales de esos tiempos no eran celebrados bajo la música andina, sino por comparsas negroides, formadas por
cientos de guitarristas, bombos y quijadas de burro.
Todas estas tradiciones se han extinguido con el tiempo. Los pueblos indígenas de la zona -principalmente aymarás- muchos más organizados y
homogéneos culturalmente, se han apropiado de los espacios públicos y culturales. Los negros ya no son mayoría, el tiempo los ha mezclado y dividido socialmente.
Sin embargo, recientemente se formó "Oro Negro", la primera fundación de afrodescendientes chilenos. Liderados por Sonia Salgado, alcaldesa de la
comuna de Camarones, esta organización busca recuperar el legado negro de Arica y sus alrededores. Para ello realizarán un censo para determinar cuantos afrodescendientes son en la actualidad
se realizarán talleres para recrear la música y las tradiciones de este pueblo. Según su presidenta, "Oro Negro" busca "poder agrupar estas ceitunas negras, este racimo de uvas que está
disperso, discriminado y olvidado en un rincón de la diversidad cultural de este país".
Sources : La fuente: Primera Línea, revista digital chilena
(www.primeralinea.cl).
Par Elsie HAAS
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« En tant que gouvernement du mouvement indigène paysan, notre premier opposant et ennemi est la grande majorité des médias. Chaque jour ils nous combattent, nous
dénigrent, nous offensent avec des mensonges. Ils veulent nous détruire politiquement, ils veulent détruire le gouvernement et l'Assemblée constituante » [1], proteste le président.
par César Fuentes
La campagne « anti-Evo » développée par une partie des médias privés nationaux s'est durcie après l'annonce de deux mesures essentielles du programme gouvernemental : la nationalisation des
hydrocarbures et la redistribution de la terre.
Pour le moment, la campagne soutenue sur les radios, les télévisions, dans la presse, par des graffitis, des pancartes et jusqu'aux refrains des supporters de foot, se fait sur deux axes :
déprécier l'ennemi Evo Morales en le présentant comme un incapable, et ensuite organiser un climat d'instabilité politique et sociale dans le pays.
La presse exagère les problèmes de gestion du gouvernement novice ainsi que les fréquents blocages et mobilisations de l'ouest du pays. Certaines chaînes de radios et télévisions notamment
amplifient les annonces de guerre civile lancées par la presse internationale [2].
Jusqu'ici les médias dans leur ensemble avaient gardé un certain respect pour la fonction présidentielle, mais aujourd'hui certaines déclarations filtrent, comme celle d'un député de Poder
democrático y social (Podemos) qui a demandé de faire vacciner Evo contre la rage. Ils frappent durement Morales, le « colla [3] aigri » qui « dit des stupidités »... On a vu à la télévision des
petits jeunes insultant la mère du président. Le terme « président » disparaît peu à peu des titres.
Qui sont les plus hostiles ?
Les entreprises médiatiques les plus hostiles sont aux mains des grands propriétaires terriens touchés par la politique agraire du gouvernement. « J'ai vérifié
que les propriétaires de certaines chaînes de télévision qui nous attaquent jour et nuit avaient été des grands latifundiaires », a déclaré le chef de l'Etat bolivien. L'analyste politique
Róger Cortez a déclaré sur radio Fides que « la véritable direction de l'opposition » était exercée par « un chef de rédaction d'une chaîne de télévision ».
Le propriétaire de Unitel, Osvaldo « Pato [4] » Monasterios, est l'un des principaux actionnaires de Banco Ganadero (la « banque des éleveurs »).
Eleveur de bétail de race, il détient plus de dix mille hectares de terre et est par ailleurs ex-sénateur du Mouvement Nationaliste Révolutionnaire (MNR). Ivo Mateo Kuljis, propriétaire d'une
autre chaîne de télévision moins critique, la Red Uno, s'est porté trois fois candidat pour des partis de droite ; il est l'un des plus gros
actionnaires de Banco Economico et éleveur lui aussi.
Morales n'a jamais été en odeur de sainteté sur les chaînes de Santa Cruz. Lors des dernières élections, elles l?ont attaqué sans relâche. Une enquête réalisée entre le 12 et le 18 décembre 2005
a conclu que la Red de Télévision Unitel a été la plus représentative du déséquilibre de l'information les jours précédant les élections. 144 heures de journaux télévisés des chaînes Canal 7,
ATB, Red UNO, Bolivisión, Unitel, PAT et Cadena A ont été visionnées. La ligne éditoriale de presque tous ces journaux a été délibérément opposée à la candidature de Morales, y compris au moyen
de jugements de dévalorisation intellectuelle, politique et ethnique. Unitel a interviewé en direct durant 17 minutes le candidat de Podemos à la préfecture de La Paz, contre une minute accordée
au candidat du Mouvement vers le socialisme (MAS).
Selon la même étude, la presse écrite fut plus équilibrée, sauf dans les pages d'opinion, qui ont distillé haine et racisme contre Evo. 224 articles informatifs et 65 pages d'opinion ont été
analysées dans La Prensa, La Razón, El Diario, Los Tiempos et El Mundo. Dans 100% des cas, ces médias ont insisté sur le danger post électoral d'une prétendue
impossibilité de gouverner, et dans certains cas ont décrit des scénarios catastrophe ou angoissants. Il a été observé deux types d'arguments réitérés contre le candidat du MAS dans les
pages éditoriales : son incapacité à gérer les grandes affaires de l'Etat, et sa propension à la fabrication de scénarios catastrophe [5].
Objectivement partiaux
La presse impartiale, indépendante du pouvoir économique et des intérêts financiers n'existe quasiment pas. En réalité, les médias sont des instruments de pouvoir, une arme de déstabilisation et
de combat aux mains des classes dominantes. Le rôle de la presse au Venezuela et en Bolivie le démontre bien.
Il y a peu, le vice-président Alvaro García Linera a appelé à Warisata à la défense de la nationalisation des hydrocarbures avec des frondes et des vieux fusils mauser, et les médias ont poussé
les hauts cris. Unitel a titré : « Alvaro García Linera promet une balle à ceux qui résisteraient aux désirs du MAS. Le président en exercice
parle en langage guérillero ».
Bien avant cela, les milieux d'affaires de l'Est ont organisé des troupes irrégulières pour se défendre du « gouvernement communiste » et ont fait des collectes parmi leurs adhérents pour
financer des groupes d?autodéfense de la terre ; et le pouvoir médiatique, semble-t-il, ne l'a pas su.
La perception sélective des médias et leurs curieux critères pour mesurer les faits et la réalité sont généralement le fait des propriétaires, mais aussi des employés de premier rang : les
conjoncturels « faiseurs d'opinion ».
Quasiment tous les leaders d'opinion influents - hommes et femmes issus de la classe moyenne, intelligents, qui ont fait des études supérieures et sont souvent renouvelés, dans le style de Andrés
Oppenhaimer ou Carlos Alberto Montaner - sont eurocentristes à outrance et « libéraux » de souche ; ils définissent le développement d'une société en fonction de sa proximité avec la culture «
occidentale ». Pour eux, le « moderne » est le libre marché capitaliste, tandis que les mouvements contestataires qui s'opposent au capitalisme, à la grande propriété privée et au consumérisme
sont « primitifs, sauvages, anormaux et malsains ». Dans leur logique cartésienne, la « civilisation occidentale » s'oppose à la « barbarie indienne ».
On distingue sur la scène nationale des personnalités diverses, dont certaines plus bouffonnes que d'autres : Cayetano Llobet (Cadena A), Roberto Barbery (PAT), Manfredo Kempf (La Razón) Carlos
Valverde (PAT), éventuellement Mario Espinoza, directeur de la chaîne de télé PAT, et Eduardo Pérez, directeur de Fides. Tous critiquent les « tendances totalitaires » des gouvernements
populaires qui s'affrontent à l'Empire [6].
Selon des lecteurs d'Indymedia, dans une enquête d'opinion sur le présentateur du journal le plus « fasciste, raciste, néolibéral et absurde » de la télévision bolivienne, c'est certainement
Barbery Anaya, ex-fonctionnaire du gouvernement de Gonzalo Sánchez de Lozada et de Carlos Mesa, qui a reçu l'oscar du meilleur artiste du « gonisme [7] ». Le 15 décembre 2005, le journal télévisé
nocturne de PAT a diffusé en direct et sans interruption un meeting électoral de Evo Morales pendant 17 minutes. A la fin de la diffusion, Barbery a conclu : « On ne gouverne pas avec des lieux
communs », sans aucun autre commentaire [8].
Il existe d'autres faiseurs d'opinion de second rang comme Juan Cariaga, coauteur du décret 21060 [9] et qui continue à donner des leçons d'« économie facile ». Cariaga a gagné 350 000 dollars en
cherchant des « capitalisateurs » [10] pour la Lloyd Aereo Boliviano SA (LAB) en Asie, aux Etats-Unis et en Europe, et en créant un impôt additionnel pour les compagnies pétrolières (le « surtax
») qui n?a jamais fonctionné.
Attiser le feu
Un média privé pluraliste est une fiction ; presque toutes les chaînes de télévision, les émissions de radio et les journaux confortent quotidiennement le système capitaliste et travaillent à le
perpétuer. Leur grande réussite est d'avoir construit une « opinion publique » artificielle entretenue par des enquêtes à la fiabilité douteuse, capable
d'avaler les analyses sociales les plus délirantes. La revue Datos de Carlos Rodríguez San Martín a réussi à implanter dans les esprits que l'insurrection d'octobre 2003 [11] a été partiellement
financée par le méga spéculateur Georges Soros.
Carlos Alberto Montaner, le même qui reçoit de l'argent de Washington pour attaquer Cuba, se promène en présageant une guerre latino-américaine sanglante pour les prochaines années, pour des
raisons idéologiques et à cause de l'irresponsabilité du président Hugo Chávez, « un caudillo illuminé qui s'obstine à reconstruire le continent selon ses fantaisies révolutionnaires ». Selon
Montaner, le Venezuela a remplacé Cuba en tant que quartier général de la « gauche violente ». Le Venezuela protège des guérilleros des Force Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC), il a des
disciples comme Antauro Humala, qui a entrepris sans succès de lancer une révolution nationale au Pérou et aurait « apparemment » financé la révolte contre Sánchez de Lozada en Bolivie...
Montaner affirme que le Venezuela s'arme pour « liquider » le gouvernement de Álvaro Uribe et envahir le Chili. « La gauche enragée ne lui pardonne pas sa défense du marché, de la démocratie et
du libre-échange international (...) Sa stratégie consiste à rouvrir les vieilles blessures de la guerre du Pacifique (1879-1883) pour créer une alliance qui restaure la vieille cartographie du
19e siècle de la zone ».
Sur cette ligne « anticommuniste », il y a quelques jours, le journaliste John Arandia a interviewé pendant une demi-heure sur Red Uno Alejandro
Peña Eclusa, un homme politique vénézuelien connu, lié à la CIA et à l'extrême droite nord-américaine, qui prophétise une guerre civile au Venezuela depuis 1998. Peña appartient au Bloc
Démocratique (BD), l'une des trois groupes d'opposition à Chávez, et est venu au pays pour « recommander » aux Boliviens d'empêcher la Constituante d'adopter le caractère d' « originaire » [12],
parce que ce terme aurait permis à Chávez de dissoudre les pouvoirs publics et de les mettre au service de l'exécutif « afin de se maintenir au pouvoir ».
« Evo Morales compte sur les conseils des régimes de Cuba et du Venezuela pour suivre la même voie. Si vous le laissez faire, vous perdrez la démocratie et
la liberté. La Bolivie cessera d'être un pays souverain et sera soumise aux intérêts cubains, comme cela s'est passé pour le Venezuela », a déclaré Peña dans l'émission de Arandia.
Il est temps de s'armer... de médias
Morales fait confiance à la maturité du peuple pour reconnaître les manipulations médiatiques : « Nous allons leur apprendre comment on
gouverne sans ressentiment. Nous continuons à être agressés et provoqués, mais nous n'avons pas peur (...) quoi qu'ils disent, quoi qu'ils fassent, ce mouvement politique est imparable, avec ou
sans Evo Morales, la Bolivie sera libérée ».
Evo ne craint pas le patronat médiatique, mais il reconnaît son pouvoir. Monasterios (Unitel) et Kuljis (Red Uno) ont été capables de former le gouvernement municipal de Santa Cruz pour tenir
tête au patronat colla représenté par les Fernández. Kuljis a assuré la promotion d'Oscar Vargas du Mouvement d'unité et de progrès (MUP, Movimiento de Unidad y Progreso) et Monasterios le maire
actuel, Percy Fernández. Le journaliste Carlos Mesa a été piétiné par ce même média qui avait fait sa gloire, la télévision, et principalement celle de Santa Cruz.
C'est pour cela que le président « s'arme » de radios et de chaînes de télévision pour défendre ses « changements » et contrecarrer la désinformation et la manipulation des grands médias. «
Petit à petit nous allons nous armer. Cette année nous installerons 30 radios communautaires dans toute la Bolivie et ensuite nous passerons à
la télévision (...). Les chefs d'entreprise ne sont pas les seuls à avoir le droit d'installer une radio ou une chaîne de télévision, les peuples indigènes et les secteurs les plus pauvres aussi,
pour dire notre vérité, pour nous éduquer, pour nous informer. »
La grande question est de savoir si la campagne officielle et le pool médiatique en construction (qui renforcera l'appareil gouvernemental d'information formé de l'agence de presse ABI, le réseau
de radio Patria Nueva et Canal 7) pourront effectivement tempérer les espiègleries de l'« autoritaire Valverde, du gros Méndez le cafteur, des ridicules tinellis [13] matinaux, du chat rusé
Rueda, du racoleur Cayetano, des « collas come collas » comme Yoyo Pando ou Mendívil et des plus bas que terre : les « chomparojas », c'est-à-dire ceux qui
autrefois étaient « de gauche » et qui aujourd'hui sont les plus furieux détracteurs du changement en Bolivie, comme l'explique le journaliste Marcelo Patzi [14].
Pour le moment, la Direction nationale de la Communication (Dinacom) a lancé une campagne pour stimuler le débat sur le rôle des médias en démocratie. La récente production de Sergio Calero,"El
Clan ", est un premier pas dans ce sens.
Simultanément, au sein de l'exécutif se profile une politique de communication qui utilise elle aussi la peur comme axe central. Le ministre des Relations extérieures, David Choquehuanca,
rappelle aux Blancs installés dans la zone sud de La Paz que ce sont les Aymaras qui construisent leurs jolies maisons et travaillent pour eux comme domestiques. Il les prévient que ces indiens
qui leur provoquent tant de dégoût pourraient les empoisonner.
Il ne reste qu'à éteindre la télé et allumer le cerveau.
NOTES:
[1] [NDLR] Consultez le dossier Assemblée constituante en Bolivie sur le RISAL.
[2] El País.es d'Espagne : « Un rapport argentin alerte du risque de guerre civile en Bolivie ». El NuevoHerald.com : « Un ex-comandant bolivien insiste sur le
malaise des Forces armées ». El Cronista Comercial d'Argentine : « Le risque est très grand, de 56%. Nous avons dépassé la limite du risque, quand la probabilité est de 42% c'est que le conflit
se présentera tôt ou tard. L'Argentine s'attend à un exode de 600 000 à un million de réfugiés.
[3] [NDLR] Terme péjoratif qui désigne les gens (indigènes) vivant dans le nord-ouest du pays.
[4] [NDLR] « Canard ».
[5] Les médias radiophoniques s'en sont bien sortis dans l'évaluation réalisée par les universitaires et dirigeants de collèges de journalistes
hispano-américains intègres de l'Association latino-américaine pour la communication sociale (COMUNICAN), qui a pris comme échantillonnage 39 unités d'information et d?opinion (45 heures
d?audition la semaine précédant les élections) de la Red Erbol, Panamericana, Fides et Radio Illimani.
[6] Certains de ces analystes ont engraissé leurs comptes bancaires avec des contrats de consultation pour le ministre de Capitalisation lors des élections de
1997. Llovet a reçu 14 000 dollars pour un rapport avec lequel il tente de se faire passer pour un analyste indépendant et objectif. L'ex-superintendant des hydrocarbures, Mario Miranda Pacheco,
a touché 70 000 dollars pour apporter ses idées pour asphyxier l?entreprise publique d'hydrocarbures Yacimientos Petrolíferos Fiscales Bolivianos (YPFB). Parallèlement, il a écrit des articles
dans la presse dans lesquels il faisait mine de défendre l?intérêt national.
[7] [NDLR] Mot construit à partir de « Goni », surnom de l'ancien président Gonzalo Sánchez de Lozada.
[8] Il a été critiqué pour ses commentaires frivoles, partiaux en faveur des oligarchies et toujours critiques envers les revendications des groupes sociaux qui
réclament un changement.
[9] [NDLR] Le décret n° 21060, adopté en 1985, symbolise l'entrée de la Bolivie dans l'ère néolibérale : libéralisation des marchés, économie régie par le
dollar, licenciements massifs de mineurs, etc.
[10] [NDLR] Pour parler de la privatisation des services publics en Bolivie, on utilise le terme de « capitalisation ». De quoi s'agit-il ? Selon le FMI, « la
capitalisation était un modèle de privatisation conçu pour garantir un niveau minimal d'investissement étranger plutôt que pour maximiser des revenus de privatisation ». Ce processus consistait à
transformer l'entreprise publique en sociétés par actions, dont au moins la moitié étaient acquises par le capital international et le reste étant attribués aux « citoyens boliviens », notamment
à travers des fonds de pension. Une fois capitalisées, les anciennes entreprises publiques établissaient des joint ventures avec des transnationales qui devaient s'engager à y investir
l'équivalent de la valeur des actions. Donc, la capitalisation a consisté non pas à vendre mais à donner le contrôle d'entreprises publiques au capital international en échange de rien, à
l'exception d'argent frais.
[11] [NDLR] Le conflit social et politique, connu comme la guerre du gaz, qui a vu le président Sanchez de Lozada prendre la fuite vers les
Etats-Unis.
[12] [NDLR] Le caractère « originaire » ou « dérivé » de l'assemblée constituante ; autrement dit, si celle-ci se situe juridiquement au-dessus de pouvoirs
constitués ou non.
[13] D'après le nom de Tinelli, présentateur de talk-show argentin.
[14] « El asalto a Evo, Marcelo Patzi, Bolpress : http://www.bolpress.com/isaacbigio.....
Par Elsie HAAS
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