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NUESTRA AMERICA 2007

Mercredi 3 janvier 2007 3 03 01 2007 17:47


Casimira Rodriguez, ancienne dirigeante du Syndicat national des travailleuses du foyer, a été chargée par Evo Morales de réformer un système judiciaire gangrené par la corruption et le népotisme. Les affaires Mendoza et Asbún illustrent cette justice à deux vitesses.
 Bolivie: opérations toges propres
par Benito Pérez
19 octobre 2006



Odón Mendoza
La vie d'Odón Mendoza bascule le 9 septembre 1999. Cet instituteur de 41 ans est arrêté pour le viol et l'assassinat, deux semaines plus tôt, d'une fillette de son établissement et expédié à la prison de haute sécurité de Chonchocoro. Pour la police de La Paz comme pour la presse de boulevard, Mendoza, un immigré de Potosi vivant seul dans la capitale et un peu trop porté sur la bouteille, fait figure de coupable idéal.

Dès la fin septembre, pourtant, le doute affleure. L'enquête est erratique ; le directeur de la police scientifique est suspendu pour avoir « oublié » d'envoyer les prélèvements de sperme et de poils pubiens au laboratoire. Appelés à la rescousse, les analystes du FBI étasunien sont, eux, formels : l'ADN retrouvé sur la victime ne correspond pas à celui d'Odón Mendoza, mais à celui d'un violeur en série bien connu. Nous sommes en août 2000. Affaire conclue ?

Sept juges d'instruction

De loin pas ! Six ans plus tard, l'ex-professeur n'en finit pas de courir derrière son honneur perdu. Par trois fois, des tribunaux l'ont condamné à la même peine incompressible de 30 ans de prison, refusant de considérer le rapport du FBI et se basant sur un dossier tellement lacunaire que même la date du crime demeure incertaine. Un fiasco prévisible quand on sait que pas moins de sept juges ont instruit le dossier !
Placé en liberté conditionnelle depuis cinq ans, Odón n'a jamais lâché prise. Vivant de petits boulots et soutenu par sa compagne, il est bien décidé à épuiser toutes les voies de recours. « Certains aimeraient se débarrasser de mon cas grâce à la prescription. Mais moi je veux la ustice  », déclare M. Mendoza.

Milliardaire en fuite

Pour nombre d'observateurs, le cas Mendoza est symptomatique. « Que serait-il advenu si le FBI n'avait pas été sollicité... comme c'est le cas dans des centaines d'affaires similaires ?  » s'interroge le journaliste Victor Orduna. Son hebdomadaire Pulso a grandement contribué à sortir l'affaire Mendoza de l'oubli dans lequel elle était tombée, après la première flambée médiatique. « En haut comme en bas de l'échelle judiciaire, la présomption d'innocence n'existe pas en Bolivie, affirme-t-il. Qui se souvient que, dès l'arrestation d'Odón Mendoza, les policiers et même le ministre de l'Intérieur de l'époque défilaient dans les médias pour le condamner publiquement ? »

L'arrivée en janvier dernier d'un nouveau gouvernement et la nomination d'une ministre de la Justice non issue du sérail a marqué un premier tournant. Evo Morales a chargé Casimira Rodriguez, ancienne domestique reconvertie en syndicaliste, de mettre au pas une classe judiciaire gangrenée par le népotisme et la corruption.
Mais c'est certainement l'éclatement de l'affaire Asbún, en juin dernier, qui a fini par révolter l'opinion publique. Ernesto Asbún, responsable présumé de la faillite de la compagnie aérienne LAB, disparaît alors sans laisser de trace. Le milliardaire avait été libéré peu avant contre une caution de 40 000 bolivianos [1]. Le temps pour le financier de vider tranquillement ses comptes bancaires et de filer aux Etats-Unis. Laissant aux centaines d'employés et à l'Etat une compagnie criblée de dettes.
« Rendez-vous compte : lorsque Evo Morales, encore député, avait été inculpé pour des blocages de route, le juge lui avait réclamé une caution de 60 000 bolivianos !  » rappelle Casimira Rodriguez.

Justice de classe

Le juge un peu trop compréhensif avec Asbún vient d'être déferré devant ses pairs. Mais la ministre refuse d'en faire un bouc émissaire : « Il faut être réaliste, il n'est pas rare qu'un juge tranche de façon 'incompréhensible' en faveur de la partie la plus fortunée... »
Une simple visite à Chonchocoro permet d'illustrer ce déséquilibre. En une matinée, nous y avons rencontré plusieurs personnes incarcérées en préventive depuis plus de dix-huit mois, la limite fixée par la loi. Tous provenaient des plus basses classes sociales. « Dans les tribunaux, on ne sent encore rien du vent nouveau qui souffle sur le pays  », regrette Brigitte Brodmann, une volontaire suisse qui parcourt régulièrement les prisons de La Paz.

Consciente de cette inertie, la Ministre mise sur le décloisonnement du monde judiciaire grâce à l'élection des juges par le peuple. « De cette façon, les juges prendrons conscience qu'ils sont au service de la population », prédit-elle.


                                Casimira Rodriguez : « Je veux faire entrer le cri des exclus »


Il est passé 23 heures lorsque Casimira Rodriguez nous reçoit dans son bureau du ministère de la Justice. La fenêtre donne sur le Prado, la célèbre avenue paceña [de La Paz, ndlr], mais le bâtiment est sans âge, les sofas usés et « l'ascenseur vient de tomber dans la matinée faisant trois blessés légers  », nous glisse la cheffe du cabinet. Une précarité qui témoigne de l'état d'une administration livrée à vingt ans de politiques néolibérales, mais contraste, en ce vendredi soir, avec l'activisme de la jeune ministre (40 ans) et de son staff. Derrière son apparente timidité, son espagnol mâtiné de sonorités quechuas, le langage est ferme. Casimira Rodriguez sait d'où elle vient. Son châle tombant jusque sur sa pollera - la traditionnelle jupe indigène - ne laisse planer aucun doute ; six mois de gouvernement n'ont pas transformé l'ancienne bonne - fondatrice du Syndicat national des travailleuses du foyer - en apparatchik policée.

Pas étonnant que la très conservatrice corporation judiciaire tire à boulet rouge sur sa nouvelle ministre de tutelle. « Elle n'a aucune compétence en matière de droit », arguait en février le Collège des avocats boliviens, en réclamant son départ. A peine deux semaines après sa nomination !

« La justice, elle l'a connaît mieux que quiconque, car elle l'a subie l'intérieur », leur a répliqué Evo Morales. Casimira avait alors 13 ans et travaillait seize heures par jour contre le gît et le couvert. « Quand j'ai revendiqué un salaire, la patronne m'a accusée de vol. Le juge lui a donné raison.» Un sentiment d'injustice qui n'a plus quitté la nouvelle ministre de la Justice.

ENTRETIEN

Que pensez-vous pouvoir apporter de neuf à la Justice bolivienne ?

Je veux faire entrer le cri des exclus au sein de l'institution. Le sentiment d'injustice est très répandu dans la population ; je l'ai vécu moi-même. Les gens ont conscience que la justice favorise les puissants et n'est pas à l'écoute de leur souffrance.

Quelles sont les priorités de votre ministère ?

Notre objectif est d'instituer un nouveau système judiciaire dans une perspective de respect des droits humains. Des propositions globales seront soumises à l'Assemblée constituante. D'ici là, nous entendons tout faire pour mettre fin à l'impunité. Nous avons trop de cas hérités de la dictature ou des gouvernements élitistes qui l'ont suivie. Des personnes accusées de crimes contre les mouvements sociaux ont pu se soustraire à la justice, par exemple en quittant le pays. Le ministère a lancé une campagne internationale pour réclamer l'extradition de l'ex-président Gonzalo Sanchez de Lozada (réfugié aux Etats-Unis, ndlr). Son jugement n'est pas une affaire politique, comme il l'affirme, mais de justice pour les 300 blessés et plus de 60 morts de la répression d'octobre 2003 (lors des manifestations contre l'exportation de gaz, ndlr). Une autre priorité de ces premiers mois a été de créer un vice-ministère de la Justice communautaire chargé d'étudier les systèmes traditionnels en vigueur parmi les 36 peuples originaires de Bolivie. La justice communautaire ne se base pas sur des lois écrites mais sur des traditions orales que des assemblées traduisent en décisions. La sanction peut être de plusieurs types, la plus connue étant l'expulsion de la communauté, mais cela peut être du travail d'intérêt général ou même le chicote (fouet). Le plus intéressant dans cette justice est l'inexistence de la prison ! En général, les conflits donnent lieu à une conciliation, au pardon et au repentir. Nous préparons une loi qui mettrait à égalité cette justice et le système ordinaire.

Comment comptez-vous les articuler ? Comment trancher les conflits de légitimité ?

C'est une question intéressante... Jusqu'à aujourd'hui, la justice ordinaire a toujours méprisé voire combattu les systèmes communautaires. Il faut aller vers une complémentarité, chacun ayant son domaine de compétence : ce n'est pas à la justice communautaire d'investiguer un crime... Par ailleurs, il est évident que celle-ci devra respecter les droits humains élémentaires ! J'aimerais aussi que la justice ordinaire s'inspire des pratiques transparentes et égalitaires de la justice communautaire.

Comment ferez-vous ?

[Elle sourit.] Ça sera un long processus ! L'une des premières choses consiste à revoir le mode d'élection des juges. Aujourd'hui, la cooptation par le Tribunal constitutionnel se fait selon des critères obscurs. Les gens modestes n'ont aucune chance, c'est toujours la même élite qui accède à ces places ! Notre proposition - qui sera débattue à la Constituante - est d'organiser des élections populaires pour tous les postes. Cela obligera les juges à être à l'écoute des souffrances des gens.

Vous avez créé un vice-ministère de la Transparence et de la Lutte contre la corruption. Comment agit-il ?

Il veut apprendre aux jeunes à rejeter la corruption et pousser les gens à dénoncer les extorsions dont ils sont victimes.

La lenteur de la justice vous inquiète-t-elle ?

Bien sûr ! Pour moi, une justice lente, ce n'est pas la justice. Lorsqu'une affaire n'est pas résolue après quatre ou cinq ans, les gens se lassent et abandonnent. Parfois le délit est prescrit avant le terme de la procédure. C'est un problème particulièrement aigu dans les conflits de travail, financiers ou lors d'un divorce. Nous avons créé un service destiné à recevoir des plaintes et à sortir des procédures de l'oubli... L'un des avantages de la justice communautaire est justement sa célérité. Pas besoin de solliciter des juges ou des avocats.

La lenteur judiciaire engorge aussi les prisons. Les 3/4 des détenus sont en préventive...

Oui. Beaucoup trop de gens attendent leur jugement durant un, deux, voire trois ans en prison. Mais plus largement, il est scandaleux que pour une broutille, des personnes passent des mois dans un milieu aussi néfaste. Les jeunes, en particulier, en ressortent bien pire. Nous devons inventer d'autres sanctions.
Cela pose la question de la politique de réinsertion qui est inexistante en Bolivie...

l n'existe en effet aucune structure de ce type pour les adultes. Mais il y a un projet pour les jeunes à El Alto (lire ci-dessous). Un centre de détention est en construction, en collaboration avec une organisation catholique italienne, afin de séparer les mineurs des délinquants endurcis et de les aider à se réinsérer.

Réinsérer les jeunes

De ferme en ferme, l'Altiplano s'étale jusqu'à l'horizon. L'après-midi est limpide, laissant émerger les neiges éternelles de la cordillère Royale. « Le centre a été conçu de façon à ce que les jeunes puissent s'évader par le paysage », image Ferran. Nous sommes au centre de détention pour jeunes de Viacha, capitale du ciment ( !) bolivien, à 30 kilomètres de La Paz. Ou plutôt sur le chantier de ce que le coopérant catalan présente comme une prison modèle. Vastes ateliers, bibliothèque, classes, espace, luminosité, le Mouvement laïc pour l'Amérique latine (MLAL) - une ONG italienne - met tout en oeuvre pour que le séjour de ses 130 futurs pensionnaires s'inscrive sous le sceau de la réinsertion. Un concept novateur dans un pays habitué à mélanger allègrement mineurs, prisonniers politiques, droits commun et cas psychiatriques dans des pénitenciers bondés. La seule séparation connue est sociale, les délinquants les plus riches pouvant se payer de confortables cellules, les autres dormant par terre, ou se livrant à divers trafics pour faire leur place. Au point que la prison est devenue la principale université du crime. Bien que soutenu au sommet de l'Etat, le projet de Viacha demeure fragile. La fin du chantier n'est pas financée, tout comme son futur fonctionnement. « Le gouvernement devra bien prendre ses responsabilités  », se rassure Ferran, qui rappelle que « la loi oblige à séparer les mineurs des adultes et à les former  ». Le coopérant relève que la convention passée entre le MLAL et l'Etat prouve l'intérêt du nouveau pouvoir pour ce concept socio-éducatif. La Paz a notamment accepté qu'aucun policier ne stationne dans l'enceinte carcérale. Autre acquis : le principe d'une certaine mixité a été admis. Un second bâtiment devant héberger des jeunes femmes est à l'étude. « Nous avons déposé une demande de financement à Pro Victimis », relève la Suissesse Brigitte Brodmann, à l'origine du projet d'extension. A terme, trente jeunes femmes devraient être intégrées au centre. Pour autant que l'argent suive...


Notes:

[1] NDLR] Environ 4 000 eurso.
Source : Le Courrier (www.lecourrier.ch), 3 octobre 2006.

Devinette : Imaginez une seconde que soit nommée, en Haîti ,à la tête du ministère de la Justice, une femme, une ancienne bonne et syndicaliste... Combien de temps donneriez-vous au gouvernement  de Préval avant qu'il ne subisse un Coup d'Etat ? Pour que les "freedom fighters" de 2004 réapparaissent ?
Par Elsie HAAS
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Samedi 6 janvier 2007 6 06 01 2007 19:40

• C’est le taux le plus bas enregistré de l’histoire de Cuba. Seul le Canada, en Amérique, montre un indicateur inférieur au nôtre • Neuf provinces sont au dessous de la moyenne nationale

PAR ORFILIO PELAEZ

CUBA a atteint en 2006 le taux de mortalité infantile le plus bas de son histoire avec 5,3 pour chaque mille naissance! Un nombre qui nous confirme comme pays leader en Amérique latine avec un tel indicateur, internationalement considéré comme le reflet de l’état de santé de la population et du développement socioculturel atteint.

Ce nombre place la plus grande des Antilles parmi les trente pays du monde ayant le moins de probabilité de décès pour ses enfants de la naissance à la conclusion de leur première année de vie. En Amérique, seul le Canada a un taux inférieur à celui de Cuba.

 Selon les données communiquées à ce quotidien par la Direction nationale de la statistique du Ministère de la santé publique, les provinces ayant la plus basse mortalité infantile en 2006 sont Holguín (3.8), Camagüey (4.3), Granma et Matanzas (4.4).  Mention spéciale à la ville de La Havane qui, avec un taux de 6.7 en 2005, en enregistre maintenant un de 4.9.

  Démonstration palpable de l’équité du système de santé cubain, caractérisé par son universalité, gratuité et pleine accessibilité dans n’importe quel coin de l’archipel, neuf provinces ont des taux inférieurs à la moyenne nationale.

Si nous analysons le comportement de cet indicateur depuis 1995, nous voyons que durant cette période la mortalité infantile chez les moins d’un an s’est réduite de 43,6%.

 Ces succès indiscutables se produisent au milieu de l’intensification de l’impitoyable blocus économique, commercial et financier, imposé il y a 45 ans par le gouvernement des Etats-Unis, et sont le fruit d’une décision politique de l’État cubain de prioriser la santé maternelle et infantile et de l’abnégation des médecins et infirmières de la famille, des obstétriciens, des pédiatres, des généticiens et de nombreux autres travailleurs  du secteur, sans oublier l’appui de la communauté et de la famille elle-même.

 Il vaut la peine de souligner qu’aux soins habituels et services spécialisés offerts à Cuba à toute femme enceinte et au nouveau-né (au cours de leur première année, ils sont immunisés de façon progressive contre 13 maladies), on a ajouté en 2006 trois nouveaux tests pour le dépistage prénatal du déficit de biotinidase, de l’hyperplasie rénale congénitale et de la galactosémie, maladies génétiques capables de mettre en danger la santé de l’enfant.

 L’introduction de technologies modernes dans les services de thérapie pédiatrique et néo-natale, et le perfectionnement du travail intégré du cardiocentre William Soler et du Centre national de génétique pour le diagnostic prénatal des cardiopathies congénitales.

 Cela  a favorisé l’accompagnement génétique et la correction chirurgicale précoce dans les cas indiqués, des opérations qui, en raison de leur complexité et leur coût élevé sont prohibitives pour des millions de familles de la planète.

La Direction nationale de la statistique du MINSAP a annoncé qu’au cours de l’année terminée, les causes principales de décès des enfants cubains de moins d’un an sont les affections périnatales (elle surviennent au cours des premiers jours de vie) telles que l’hypoxie, la maladie de la membrane hyaline, et la broncho aspiration du liquide amniotique, modèle similaire aux pays les plus développés.

 Le taux de mortalité infantile de 5,3 pour chaque mille nouveau-né est le meilleur cadeau de nos médecins et infirmières pour le 48e anniversaire de la Révolution.

 Sources: Granma
Par Elsie HAAS
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Lundi 8 janvier 2007 1 08 01 2007 12:56

                                  tatouages d'un "maras"  au Honduras (photo courtoisie)

 Les Maras,  ces gangs de jeunes qu'on retrouve dans l'Amérique centrale ont défrayé, comme on dit, la chronique ce week-end. Il ya là un article de novembre 2004, publié dans
La Jornada, un journal mexicain et paru sur Risal, qui nous donne quelques informations pour mieux comprendre ces Maras. Le parcours est tracé: émigration aux Etats-Unis, enfants nés ou ayant grandi aux USA, formation de bandes criminelles aux USA,  retours de  délinquants déportés, formation de nuvelles bandes criminelles "pays" en contact avec celles qui sont aux USA. Ce schéma là on le voit s'installer partout dans l' Amérique du Sud et  dans les Caraïbes.

  A un moment où ces pays essaient de décoller, investissent un maximum dans l'éducation de leur jeunesse, essaient de sortir de l'engrenage de la dette,  les USA leur renvoient leurs rebuts, comme  d'autres  le font avec leurs déchets toxiques. Sans tomber dans la paranoïa, on ne peut pas ne pas s'inquiéter d'un certain nombre de phénomènes concordants qui pourraient faire croire à un complot- une  de sorte nouveau plan Condor- pour  garder ces pays  dans une violence permanente et donc dans la dépendance et donc sous le contrôle permanent des troupes d'occupation l'ONU  ( voir ce qui se passe en Afrique).

 Ces éléments vont de l'abandon des  luttes populaires de la classe moyenne de gauche  en faveur de
l 'ONGisme entrainant l'isolement plus grand des pauvres,  la place du trafic de la drogue dans l'ensemble de ces pays, la vague de kidnappings  qui secoue l'ensemble de cette région, les déportés criminels ( que les Etatsuniens avaient arrêté de renvoyer pendant la période du gouvernement intérimaire de M.  Latortue/Lexus) renvoyés systématiquement dans leur pays d'origine, la place exponentielle prise par les églises chrétiennes, etc. Il n'y a pas de différence fondamentale (même si Haïti est la première république Noire, et patati et patata..) dans la politique du gouvernement étatsunien envers les pays de cette région considérés, tous, comme étant leur arrière cour (même si dans la cour il y en a qui ont des maisons à étage et d'autres des ajoupas).
L'auteur, Luis Hernandes Navarro, termine son article par ce qui sonne comme un avertissement "
Mais les maras sont aussi l’expression et le symptôme des faiblesses de la gauche. Elles pourraient, en outre, devenir la préfiguration de modèles de comportement pour des secteurs de la jeunesse latino-américaine toujours plus larges."

  Au regard du désordre systématique et  organisé en Haïti depuis 1986, on peut penser que l' objectif  était d'empêcher l'installation  d'un gouvernement progressiste par tous les moyens dont l'usage de la  criminalité et  de  son corollaire la peur. Il semble que le gouvernement haïtien (quel qu'il soit) ne pourra résoudre seul cette situation. L'offre de la Premiere ministre  de la Jamaïque, faite à M. Préval  au cours de son voyage officiel, de trouver ensemble les moyens pour résoudre des problèmes qui concernent toute la région est un premeir pas. il faudrait que d'autres pays aussi marqués que la Jamaïque et Haïti par la violence (Brésil, Mexique, Salvador, Honduras, Guyana) se joignent à eux dans cette tentative de "communaliser" les solutions à des problèmes similaires.


Gangs de la mondialisation


par Luis Hernández Navarro

A Tapachula [1], la ville la plus peuplée de l’autre frontière, on vit des jours d’hystérie collective. Une fausse annonce radiophonique mettant en garde sur l’attaque de maras salvatruchas [Gangs, bandes de jeunes, (N.d.T.)] contre des centres éducatifs a provoqué la panique. Le 22 novembre passé, les écoles ont été fermées, les parents ont enfermé leurs enfants à la maison et les professeurs sont descendus dans la rue pour protester. L’attaque n’a jamais eu lieu.

(JPEG) Ville de transit pour des milliers de migrants centraméricains sans papiers, centre de trafics de drogues, porte d’entrée pour les prostituées qui se louent dans les bordels du sud du Mexique, Tapachula est aussi devenue le territoire des bandes de jeunes. Au cours du défilé de commémoration de l’anniversaire de la Révolution mexicaine, des heurts ont eu lieu dans le centre de la ville. Les maras avaient attaqué un groupe d’élèves. La police a arrêté 34 personnes. La peur s’est emparée des habitants de la municipalité. Pendant les jours suivants, lors de différentes opérations policières, 200 membres supposés de la bande ont été arrêtés ainsi que 47 polleros [Les « passeurs » à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis (N.d.T.)]. Les Guatémaltèques ont été déportés.

Cependant les maras ne sont pas coupables, loin de là, de tous les maux dont on les accable. Selon les informations de Laura Castellanos dans Masiosare, plus de la moitié des agressions contre les migrants sont le fait d’agents mexicains. Les bandes sont seulement responsables de deux cas sur neuf dans les agressions relevant de la délinquance commune.

                              
                                                    tatouages de "maras " au Salvador (photo courtoisie)
Les maras sont des bandes transfrontalières, filles de la mondialisation. L’une d’elles, la MS13, est apparue dans les années quatre-vingt à Los Angeles, en Californie, tout comme sa rivale, la M18, fondée par de jeunes Salvadoriens qui fuyaient la guerre dans leur pays. Son prénom : la marabunta [2] ; leur nom : 13, numéro de la rue où est née la bande, la salva-trucha, synonyme sur mesure de «  identité nationale et fierté d’être rusés  ».

A la suite de la signature des accords de paix au Salvador entre la guérilla et le gouvernement, les autorités nord-américaines ont rapatrié 5.300 Salvadoriens, dont des inculpés. La graine a trouvé un terrain fertile. On pense qu’au moins 16 % d’entre eux avaient des antécédents violents. Et le phénomène s’est rapidement étendu aux autres nations de la région. Ses membres ont entre 12 et un peu plus de 30 ans. Ils sont, les chiffres varient selon les sources, quelques 234.000 Salvadoriens, Guatémaltèques, Honduriens, Nord-américains et Mexicains. La plupart de leurs signes distinctifs, les tatouages ainsi que les codes linguistiques, sont nés dans les quartiers aux Etats-Unis. Les limites de leurs territoires sont signalées par des graffitis.

Cependant, indubitablement et chaque jour davantage, leur carte de visite dans la société est la violence. La brutalité sans utopie, sans projet, s’est transformée pour eux en une façon de vivre, en un semblant d’identité, en un mécanisme de reconnaissance.

Les histoires circulent. Le jour suivant la mort violente d’un jeune appartenant à la M18 dans les mains d’un groupe rival, la mère et les amis du pandillero [membre de la bande (ndlr)] ont veillé et enterré son corps. Vingt-quatre heures après l’enterrement, ses ennemis de la Mara 13 ont déterré le cadavre, l’ont aspergé d’essence et y ont bouté le feu.

Maras, galladas, pandillas, clicas, chapulines, cholos, bandas sont quelques-uns des noms connus pour désigner ces groupes de jeunes des quartiers marginaux des grandes villes. Le groupe procure à ses membres des revenus, de l’auto estime et de la solidarité.

Leur puissance a atteint des proportions notables. Il y a quelques jours le gouvernement salvadorien a proposé une trêve aux maras pour les fêtes de fin d’année. Selon Oscar Bonilla, directeur du Conseil de sécurité publique de ce pays : «  Il s’agit que les bandes suspendent leurs actions et se rendent compte des bienfaits de la paix, qu’elles réalisent qu’une réhabilitation est possible. C’est pour cela que nous demandons aux leaders des maras qui sont prisonniers qu’ils fassent pression pour que cessent les actions délinquantes de leurs camarades ».

(JPEG) La proposition gouvernementale est en cours de négociation avec les meneurs des bandes dans les pénitenciers où ils sont détenus. Dans les points de la discussion, on trouve la question de savoir comment nommer l’impasse négociée de la violence de rue. Selon le fonctionnaire Bonilla « Nous parlons d’ouvrir un espace de tranquillité pour les personnes dans la rue ; eux, les pandilleros, préfèrent le concept de trêve de noël  ».

Le sujet est grave. Le 24 septembre passé, un groupe d’inculpés appartenant à la Mara 18 a pris plus de 40 personnes en otage dans une maison d’arrêt du département de Chalatengo et 60 autres dans la prison de Cojutepeque, dans la banlieue de la capitale salvadorienne.

L’histoire des maras est aussi marquée par la terreur déployée contre elles. Entre 1998 et 2000, on a enregistré, seulement au Honduras, mille mineurs d’âge qui auraient été exécutés de manière extrajudiciaire. Au Salvador, les escadrons de la mort sont réapparus. Appelés l’Ombre Noire, ils sont responsables de séquestrations et d’homicides de jeunes. Au Guatemala, une moyenne de 30 jeunes sont assassinés chaque mois, plus que probablement dans le cadre de cette guerre contre les bandes.

Les maras sont une variante à la culture de survie des pauvres et des exclus, de ceux qui habitent dans les caves des pays de la région. Les études les plus sérieuses rejètent l’idée que leurs membres proviennent de foyers désintégrés. Elles montrent, en revanche, que les bandes sont les produits de société fracturées par la destruction des formes de vie et de cohabitation traditionnelles. Mais les maras sont aussi l’expression et le symptôme des faiblesses de la gauche. Elles pourraient, en outre, devenir la préfiguration de modèles de comportement pour des secteurs de la jeunesse latino-américaine toujours plus larges.



RISAL - Réseau d'information et de solidarité avec l'Amérique latine
URL: http://risal.collectifs.net/

Source : La Jornada (http://www.jornada.unam.mx), México, 30 novembre 2004.

Traduction : Anne Vereecken, pour RISAL (http://risal.collectifs.net).
Par Elsie HAAS
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Mercredi 10 janvier 2007 3 10 01 2007 13:56

Quand je lis cet article qui mentionne l'importance  marchande des terrains libres dans les villes, je ne  peux m'empêcher de mettre cette information en relation avec une hypothèse qui avait été émise mais rapidement évacuée et ignorée. Certains résidents de Cité Soleil affirmaient qu'une des raisons de la « guerre » menée contre eux était la détermination des « big bosses » de récupérer ces terrains qui  vaudraient  beaucoup de billets verts, vu l'endroit où ils se situent. Peut-être que la récupération de ces terrains fait réellement partie des projets des « big bosses » ?   Est-ce qu'il ne s'agirait pas uniquement de nettoyer les poches de gangstérisme mais  aussi de nettoyer le terrain pour l'ouvrir aux spéculations ?  Est-ce qu'on se dirigerait vers une privatisation de ces terrains ? Qui en seraient les acheteurs ? C'est une histoire à suivre de près.

Comme le Brésil joue un rôle important dans l?Haïti actuel, Il faut lire aussi avec une extrême attention ce que M. Davis  pense de l?intervention de l?armée au Brésil dans les bidonvilles « Des opérations militaires et des prisons en masse ne font qu?aggraver l?insécurité urbaine à long terme. À moins qu?on ne soit disposé à exterminer des contingents entiers de personnes, la criminalisation de l?inégalité ne fait que stocker le problème dans des prisons inhumaines, d?où il sera finalement exporté de retour vers la rue à un degré plus violent. En outre, le crime de rue est toujours pire là où la police est plus corrompue et sans règles. Les mauvais policiers sont le plus grand problème criminel du monde. »
 
Favelisation mondiale (1)



Dans un livre, Planet of Slums sur la "favelisation" mondiale, un Etatsunien, Mike Davis dit que l'expansion des villes a atteint sa limite et critique les politiques brésiliennes : la "frontière urbaine" est arrivée à son extrême, nous dit Mike Davis.

A New Dehli, en Inde, les bidonvilles grossissent de 400 mille habitants par an. Loin au-dessous, à Mumbai, les favelados représentent déjà 12 millions de personnes. En proportion, la première place revient à l'Ethiopie, où 99,4% de la population urbaine vit dans des habitations précaires. Et dans les taudis de Lima, au Pérou, la moyenne est de 93 personnes pour chaque latrine. Avec beaucoup d'autres exemples, ces chiffres dressent le tableau apocalyptique du livre Planet of Slums [planète des bidonvilles], publié ce mois-ci aux USA. Mike Davis y analyse le phénomène de la migration vers le secteur urbain qui se transforme en un chaos d'environ 200 mille bidonvilles et un milliard de personnes entassées dans les pays du Tiers Monde. Le Brésil et l'Afrique du Sud, pas très loin devant les USA, conduisent dans le monde une tentative de remplacer la justice sociale pour les pauvres par la sécurité physico-architecturale pour la classe moyenne.

 Le problème-clef, selon Davis, est que la croissance des grandes villes du Tiers Monde n'est pas engendrée par la demande de main d'oeuvre, mais plutôt par la reproduction de la misère, sans réponse appropriée des pouvoirs publics. Le résultat est que le processus de favelisation est devenu synonyme d'urbanisation. Un des exemples du livre est São Paulo : en 1973, les bidonvilles paulistains abritaient seulement 1,2% de la population. Au cours des années 1990, ils  concernent 16.4% des habitants.

Ancien chauffeur de camion de formation marxiste, Davis, 60 ans, a gagné une certaine notoriété après la publication de City of Quartz [ville du quartz], une étude déjà considérée comme classique sur l'histoire de Los Angeles.

ENTRETIEN

FSP - Votre dernier livre décrit un processus apparemment irréversible de favélisation des pays les plus pauvres. Est-ce à dire que nous atteignons un point de non-retour pour résoudre la question du logement ?

Mike Davis - Il est clair  que, pour  les spécialistes de l'habitat dans presque tous les pays pauvres, nous arrivons à la fin de la frontière des espaces libres, ou presque, dont les terrains peuvent être occupés. C?est une réalité de notre temps, d'autant  que les gouvernements et  les institutions internationales continuent à penser que le pauvre a accès à la terre et peut résoudre la crise du logement par sa propre détermination et selon son propre génie.
 Mais le temps de l'invasion héroïque est passé. L'occupation traditionnelle stricto sensu est maintenant seulement possible dans des lieux résiduels et dangereux, où inondations, imperfections du terrain ou proximité de dépôts toxiques font que le terrain est presque sans valeur, et que la vie est une lutte constante contre le désastre.
 Dans les tous les autres espaces, la terre périphérique est une marchandise - de propriété légale ou illégale des spéculateurs, des hommes politiques ou d'entités tribales qui vendent la terre aux résidents pauvres. Les recherches montrent une convergence dangereuse de coûts de logement croissants (la fin de la frontière et de la terre occupable) avec la sursaturation des secteurs économiques informels.  Cette "urbanisation pirate", selon l'expression consacrée, résulte effectivement de la privatisation des occupations. Des personnes très pauvres, qu'elles soient des filles de la ville ou des migrants de l'intérieur, louent actuellement leur petite baraque (généralement auprès d'habitants de bidonvilles plus anciens et légèrement plus riches) ou sont forcés de construire dans des lieux précaires ou dans les régions limitrophes, où les coûts de transport annulent l'avantage de la terre d'accès libre ou bon marché. Dans l'habitat, ainsi que dans l'économie informelle, on observe ce qui peut être appelé  une "marginalisation à l'intérieur de la marginalité".

FSP - Vous affirmez que, dans quelques villes, l'utilisation du terme périphérie est devenue inexacte, puisque les bidonvilles sont devenus le centre de la vie urbaine. Qu'est-ce qui arrive quand une ville atteint ce point ?

Davis - Personne ne sait. La périphérie, évidemment, prend différentes formes. Dans quelques cas, les pauvres suivent les emplois, ce qui est la meilleure option, je suppose. Dans d'autres cas, ils sont simplement exilés par le coût élevé des terrains ou expulsés par la rénovation des bidonvilles. Le déplacement d'un extrême vers le centre absorbe une quantité croissante de temps et d'argent, à un niveau presque insoutenable. A Nairobi et dans d'autres villes africaines et asiatiques, les pauvres dépensent plus dans le transport que dans le logement, les médicaments ou dans l'éducation des enfants. C'est le grand problème de la forme urbaine : il s'agit d'une urbanisation qui ne réussit pas à créer un urbanisme, qui pousse simplement les personnes vers un dehors toujours plus éloigné (en consommant de précieuses terres cultivables et des réserves environnementales) et ne fournit aucun appareil d'intégration à la ville traditionnelle. Toutes les contradictions de la suburbanisation des pays riches deviennent exponentiellement plus fortes dans les villes pauvres.

FSP - Récemment, l'Armée est intervenue dans des bidonvilles de Rio, avec l'appui d'une partie de la classe moyenne. La sécurité publique devrait être la grande priorité ?

Davis - En premier lieu, "sécurité publique" est une expression trompeuse. Des opérations militaires et des prisons en masse ne font qu'aggraver l'insécurité urbaine à long terme. À moins qu'on ne soit disposé à exterminer des contingents entiers de personnes, la criminalisation de l'inégalité ne fait que stocker le problème dans des prisons inhumaines, d'où il sera finalement exporté de retour vers la rue à un degré plus violent. En outre, le crime de rue est toujours pire là où la police est plus corrompue et sans règles. Les mauvais policiers sont le plus grand problème criminel du monde. Selon ce que je comprends du Brésil, la racine la plus profonde de l'"insécurité" - outre les niveaux fantastiques d'inégalité socioéconomique -, c'est que les pauvres voient toujours la police comme incorrigiblement corrompue, prédatrice au lieu d'être protectrice. La dictature avait déclaré la guerre aux favelas qu'on voyait comme des serres de la subversion ; la dictature a été remplacée par la démocratie bourgeoise, mais la guerre dans les bidonvilles a continué de façon incessante, et les militaires ont gardé beaucoup de liberté pour opérer sans considération des droits de l'Homme. Il est clair que le Brésil et l'Afrique du Sud, suivis par les USA, conduisent la tentative mondiale de substituer la sécurité physico-architecturale pour la classe moyenne à la justice sociale pour les pauvres. Évidemment, c'est un cercle vicieux : plus les classes moyennes se retirent de l'espace urbain public et citoyen - ou plus elles permettent que la police et les gardes privés agissent à l'écart de la loi - plus les pauvres croient que la ville est en état de guerre, où les bandes sont aussi légitimes que le gouvernement ou l'État.



Source : Folha de Sao Paulo

Traduction : Etienne Henry

Par Elsie HAAS
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Jeudi 11 janvier 2007 4 11 01 2007 00:50

                                                       Evo Morales


Réserves indiennes
Il manifesto, mercredi 3 janvier 2007.


A-t-on jamais vu un indien imposer un visa d’entrée dans les réserves à un blanc ? A partir du 1er janvier 2007, les citoyens des Etats-Unis devront demander un visa pour entrer en Bolivie, qui, jusqu’à il y a peu de temps, a été une des plus classiques (et riches) réserves indiennes. C’est le président Evo Morales, indien aymara, qui l’a décidé à la réunion du gouvernement convoquée à minuit entre le 31 décembre et le 1er janvier au Palacio Quemado de La Paz. Jour étrange et heure étrange pour un conseil des ministres. Symboliques. Pour dire qu’à partir de 2007, une époque s’est terminée et une autre vient de commencer.

Le décret de Evo pourrait apparaître comme un prêté pour un rendu de la part de quelqu’un qui passe pour être trop ami avec Fidel Castro et Hugo Chavez, et donc ennemi de Georges Bush. Ce n’est pourtant que l’application de la règle d’or de la diplomatie de n’importe quel pays souverain. « Le principe de réciprocité », comme a déclaré hier le ministre des affaires étrangères bolivien David Choquehuanca, nom et tête d’aymara. Les Etats-Unis exigent un visa d’entrée pour les citoyens boliviens, la Bolivie exige un visa d’entrée pour les citoyens étasuniens. Ni plus ni moins. Mais cela fait quand même un drôle d’effet de savoir que dans une Bolivie qui est pour la première fois indépendante après 200 ans d’ « indépendance », les Etats-Unis sont passé du premier au troisième rang. Du premier rang, les pays dont les citoyens n’ont pas besoin de visa d’entrée, au troisième rang. Avec l’Angola, le Bhoutan, le Tchad, le Congo, la Somalie, le Rwanda, le Yémen, l’Indonésie, et Taiwan (et la Chine).

Ces derniers temps, la vieille « arrière-cour » donne des signes d’impatience. Il y a deux ou trois ans, le Brésil de Lula a imposé aux citoyens étasuniens qui allaient passer l’hiver sur les plages de Rio, l’obligation humiliante de laisser leurs empreintes digitales (là aussi, réciprocité). Aujourd’hui la Bolivie de Evo. Mais aussi du gaz et du pétrole, et de la coca. Toutes denrées qui font un tabac sur le marché Us.

Alors en avant pour le visa. Dans l’attente de savoir si la prochaine étape sera d’obliger les boliviens qui veulent débarquer aux Etats-Unis à révéler - comme l’Europe a accepté de le faire, vient-on d’apprendre - le numéro de leur carte de crédit et leur email, ce qu’ils mangent et avec qui ils couchent, et pour quelle équipe de foot ils sont. Qui sait si, à cette occasion, les aymara Evo et Choquehuanca ne feront pas preuve de plus de dignité et de décence que nous autres européens.

Maurizio Matteuzzi


-  Source : il manifesto www.ilmanifesto.it

-  Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

- http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=4559
Par Elsie HAAS
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Jeudi 11 janvier 2007 4 11 01 2007 15:37
Voici la suite de l'entretien avec Mike Davis concernant  ce qu'il appelle la "favélisation mondiale" sujet de son livre: PLANET OF SLUMS ( Une planète de bidon villes)
Cette favélisation est ce qui attend toutes les villes des pays du Sud si ces pays continuent à  foncer tête baissée dans une politique de logement qui méprise les besoins des habitants défavorisés.
 Ce que dit Davis: "Rio pourrait congeler les loyers et les valeurs de la propriété dans la favela, enlever la police et inviter les citoyens à poursuivre leurs rêves. Un bidonville converti en étude de cas, où les architectes et les urbanistes entrent et sortent, mais laissent le pouvoir de décision entre les mains des habitants. " pourrait parfaitement s'appliquer à Cité Soleil où il  existe une énergie créatrice extraordinaire. Les habitants de ces quartiers péfèreraient  assurément exprimer cette créativité et collaborer avec architectes et urbanistes pour améliorer leurs conditions de vie plutôt que  d'abriter des gangsters et des policiers.



Favelisation mondiale (2)


FSP - Comment expliquez-vous le paradoxe, présenté dans votre livre, de la croissance des villes du Tiers Monde malgré leur déclin économique ?

Davis - Personne ne peut expliquer totalement ce paradoxe, mais la réponse simple est la subdivision de la pauvreté - ce que j’appelle "involution urbaine". Au fur et à mesure que les personnes s’entassent dans des niches de survie informelle - travailleurs ambulants, journaliers, de la prostitution, des services domestiques, petits criminels, etc. - plus la masse devient pauvre. Je sais que [l’économiste péruvien Hernando] de Soto et autres populistes néo-libéraux croient que la micro-entreprise peut faire des miracles, mais cela n’est vrai que dans des cas isolés. Il sera toujours possible de trouver des mendiants devenus millionnaires, mais il ne faut pas négliger le nombre infiniment supérieur de personnes qui, hier, étaient ouvriers et employés publics et qui, aujourd’hui, sont des mendiants. A l’échelle macro, on ne saurait établir que l’économie informelle est un moteur de croissance ou un avenir viable pour les pauvres de la ville. Mon livre fait valoir, par contre, que les recherches montrent une convergence dangereuse des coûts croissants du logement (la fin de la frontière et de la terre occupable) avec la sursaturation de secteurs économiques informels (le problème de l’"involution"). Qu’arrive-t-il alors ? Le pire exemple est celui de Kinshasa (Congo, ex-Zaire), une ville de grand esprit, mais dans des conditions indescriptibles de négligence, où les enfants sont laissés dans la rue parce que les familles ne peuvent plus avoir un niveau minimal de survie.

FSP - Vous citez un programme de l’administration du PT à São Paulo pour montrer l’échec de la politique soutenue par la Banque mondiale (Bird) en vue d’améliorer les favelas. Pourquoi ce chemin n’est-il pas viable ?

Davis - Les recommandations contemporaines en matière d’habitat et de développement économique adorent une stratégie "de parfumerie". En laissant de côté les nombreux exemples où des "favelas-modèle" financées par la Bird sont devenues tout sauf un modèle, les succès de cette stratégie sont presque insignifiants à l’échelle macro : à ce rythme, cela prendrait des siècles pour atteindre la justice face au logement et au pouvoir. Dans le meilleur des cas, la Bird et les gouvernements réformistes fournissent seulement les ressources suffisantes pour promouvoir la mobilité économique d’une petite fraction de la classe travailleuse : récompenser des membres du parti, coopter de possibles activistes et gagner la prochaine élection (ou donner à des ONG collaboratrices des lettres de créance à restituer à leurs donneurs). C’est un monde de petites usines à philanthropie et d’aide mutuelle, qui font difficilement progresser la société.

FSP -. Malgré le vaste spectre idéologique des gouvernements du Tiers Monde, il semble que vous n’ayez pas trouvé de politique de logement efficace. C’est un signe de faillite partagée entre la gauche et la droite, ou la faute revient surtout au capitalisme globalisé ?

Davis - Je suis bien embarrassé pour répondre. La solution - dans l’abstrait tout au moins - doit être un système qui préserve tous les éléments créatifs de l’autoconstrution avec une augmentation radicale de l’investissement social (sous forme d’achat de matériaux, de services d’ingénierie et de développement d’infrastructures). Il n’y a nulle part aucune manière pratique de résoudre la crise urbaine sans une véritable imposition progressive, sans contrôle de l’inégalité et de la consommation ostentatoire et sans maîtrise draconienne de la spéculation immobilière. Cela s’est produit à Cuba au début (ensuite dévié par la croissante dépendance des modèles soviétiques et par l’embargo américain) et se produit aujourd’hui à Caracas, d’une certaine manière. Je peux me tromper, mais je ne crois pas que le PT (parti des travailleurs de Lula) se soit jamais prononcé en faveur de la volonté de faire une réforme fiscale radicale ou de limiter les privilèges des riches.

FSP - Vous montrez que la "manhattanisation" (verticalisation) des premières favelas de Rio de Janeiro procède d’une tendance mondiale au manque d’espaces dans les métropoles. Quels problèmes - sociaux et écologiques - cela cause-t-il ?

Davis - La densification est positive parce qu’environnementalement efficace. Elle est mauvaise quand elle s’accompagne de l’éparpillement et de la destruction de l’espace vert et des poumons de la ville. Rio et Istanbul sont des exemples fascinants où des favelas d’en bas et la "gecekondus" sont devenus des archipels de mini-Manhattans. C’est un défi pour le planificateur et l’architecte : la favela qu’on voudrait faire monter vers le ciel. Les problèmes sont immenses, mais les opportunités aussi. Toutes les villes ont besoin d’un laboratoire de l’avenir - un quartier où des enfants, des poètes et des utopistes puissent jouer avec l’avenir. Rio pourrait congeler les loyers et les valeurs de la propriété dans la favela, enlever la police et inviter les citoyens à poursuivre leurs rêves. Un bidonville converti en étude de cas, où les architectes et les urbanistes entrent et sortent, mais laissent le pouvoir de décision entre les mains des habitants. Avec le temps, les personnes vont développer des solutions et des projets fantastiques, que les autres pourront répéter ou améliorer. Peut-être même les riches seraient alors tentés de sortir de leurs complexes résidentiels fortifiés.

FSP - Selon vous, le racisme a eu un rôle important pour définir qui habite où. Quelle est l’importance de la discrimination raciale dans la "favelisation" ?

Davis - La race, toujours. Mais les bidonvilles, précisément à cause de leur énergie inter-raciale et interculturelle, sont les dynamos de notre culture planétaire. À Los Angeles, les industries de la musique et de la mode maintiennent des espions dans les ghettos et les "quartiers" pour identifier les tendances qui vont éventuellement s’éparpiller parmi les faubourgs et les classes moyennes. En outre, la sensibilité de la diaspora noire structure le sentiment envers la jeunesse pauvre urbaine (et de nombreux riches) dans des villes de presque partout. Les favelas et les taudis sont incroyablement locaux et paroissiaux, mais ils sont aussi universels.

Source : Folha de Sao Paulo

Traduction : Etienne Henry


Par Elsie HAAS
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Vendredi 12 janvier 2007 5 12 01 2007 14:43



photos collection Gérald Bloncourt/ texte légende G. Bloncourt

En Haïti, aucun des chefs macoutes , les « makout lou » n’ont jamais été arrêtés. Le « déjoukaj »  tout aussi spectaculaire qu’il ait été, n’était qu’une  mise en scène permettant au  peuple de se défouler après vingt-neuf ans d’oppression, un exutoire  dont ont fait les frais les petits macoutes de quartier.  Un spectacle orchestré qui a offert encore une fois, une image lamentable du peuple haïtien, toujours manipulé par ses oppresseurs. Les « makout lou « se sont mis au vert avant de revenir au pays  où ils vaguent tranquillement à leurs affaires. On m’a désigné à Pétion Ville tel vieillard la mine souriante : « tiens, c’est untel, il avait l’habitude de mettre les gens dans le coffre de sa voiture et de les  y laisser crever".


 Le macoute untel mourra, sans doute, dans son  lit et aura, peut-être, droit à des funérailles nationales (comme on l’a vu avec une ancienne ambassadrice de Duvalier père ,dont le fils avait été ministre des Affaires étrangères de Duvalier fils -une affaire de famille, en somme) Et puis ce sont les anciens complices et acteurs de crime les Trouillot, les Namphy, les Avril qui se sont partagés le pouvoir jusqu’à la parenthèse lavalas.

 Aristide qui avait promis en 1991 de transformer en monument historique la prison de Fort Dimanche où sont mortes un grand nombre de victimes des Duvalier,  ne l’a pas fait. Les batiments sont maintenant squattés par des malheureux qui vivent à l'intérieur de ces cellules dans des conditions infrahumaines.

En Haïti, il n’y a pas eu comme dans l’ensemble de l’Amérique latine, d’associations des  familles des victimes.  Les associations des droits de l’Homme s’en foutent comme de leur première chemise. Seul et courageusement, Patrick Lemoine a écrit un témoignage de ses années d’emprisonnement «  Fort-Dimanche, Fort la Mort » dans lequel on peut trouver une liste des victimes répertoriées par ses soins. Aujourd’hui les duvaliéristes ont créé une fondation en Haïti. Cette famille et sa clique ont confisqué 30 ans sur les 200 d’histoire du pays. Trente ans, c’est énorme. Ils avaient les pleins pouvoirs, ils avaient droit de vie et de mort sur chacun des habitants du pays et qu’ont-ils fait d’autres en dehors de s’enrichir ? L'aéroport Françpois Duvalier,  le Blvd Jean-Jacques Dessalines (Grand-rue),  la route de Jacmel ? Les usines de sous traitance ? Quid de l’éducation, de la santé, du logement,  des infrastructures ? En trente années avec la bénédiction des Américains et des Français ,  sans embargo et sans freins aucuns,  ces fascistes avaient l’opportunité de créer un soupçon de développement en Haïti. Mais Rien. A leur départ le pays à hériter de caisses vides et de dettes qu’il paie encore. La révolution politique du père a enrichi les copains du père, la révolution économique du fils a enrichi les copains du fils.

Mais voici que récemment dans le journal de Boulos « Le Matin », un des maîtres à penser local, cite un certain sondage qui aurait donné Jean Claude Duvalier favori de la population laissant entendre que au cas où…Préval n’aurait pas été  élu. Mensonges, manipulations et cynisme. Nous en sommes là dans cette Haïti sinistre, celle du déni de justice, de l’exploitation et de la violence, celle privée de repères  et  de modèles où une certaine gauche  arbore désormais fièrement le nom de  « grenn nan bounda ». 


Enfin voici la bonne nouvelle qui nous vient d'Argentine


Argentine: la justice ordonne l'arrestation de l'ancienne présidente Maria Martinez de Peron

BUENOS AIRES (AP) - Un juge argentin a ordonné l'arrestation de l'ancienne présidente argentine "Isabel" Maria Martinez de Peron dans le cadre d'une affaire visant des violations des droits de l'homme en 1976.

L'affaire porte sur la disparition du militant de gauche Hector Aldo Fagetti Gallego en février 1976, un mois avant le renversement de Maria Martinez de Peron par un coup d'Etat.

Le juge Raul Costa a ordonné son arrestation en Argentine ou à l'étranger, selon son porte-parole. La troisième femme du président Peron, connue sous le prénom d'Isabel, a présidé le pays de 1974, à la mort de son mari, jusqu'au coup d'Etat de mars 1976.

La justice recherche l'ancienne présidente pour l'interroger sur trois décrets qu'elle a signés ordonnant aux forces armées de réprimer les "éléments subversifs" durant cette période turbulente qui précéda la dictature militaire de 1976 à 1983.

Mme Peron, qui vit en exil en Espagne depuis 1981, n'a pas réagi à ce mandat d'arrêt dans l'immédiat. Son avocat Atilio Neira a cependant déclaré à la radio argentine tard jeudi qu'il attendait de voir la version finale du mandat. Il a précisé ne pas avoir contacté sa cliente.

De leur côté, les militants des droits de l'Homme se sont félicité de ce développement.

Hebe de Bonafini, membre de l'association des Mères de la Plaza de Mayo, a qualifié l'annonce de "spectaculaire", et dit espérer que la lumière sera ainsi faite sur une "partie de notre histoire qui fut sombre, obscure".

Elue présidente en 1974 après la mort de son mari Juan Domingo Peron, fondateur du parti politique au pouvoir en Argentine et trois fois président, Isabel Peron a peiné à établir son autorité face à la violence opposant les guérillas gauchistes et les escadrons de la mort.

Dans une perspective historique, les enlèvements et les meurtres de militants de gauche présumés avant 1976 sont considérés comme annonciateurs de la "guerre sale" sous la dictature, qui a fait 30.000 morts selon des groupes de défense des droits de l'Homme.

Sources: AP


Par Elsie HAAS
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Samedi 13 janvier 2007 6 13 01 2007 22:05



                                                        Monseigneur Lugo a abandonné la prêtrise

Monseigneur  Fernando Lugo a décidé de se porter candidat aux prochaines élections présidentielles et pour ce faire a abandonné la prêtrise. Concernant ses relations avec le Vatican, M Lugo a déclaré  : (le pape) «  peut soit  accepter ma décision ou me punir, quoiqu’il en soit , je me suis déjà engagé dans la bataille politique ».
Connu pour son travail en faveur des pauvres, Mgr Lugo  se trouve actuellement en tête des sondages. On pense qu’il est le seul candidat capable de remporter la victoire sur le Parti Colorado, un parti conservateur, au pouvoir depuis soixante ans au Paraguay.



Drapeau du Paraguay :3 bandes horizontales rouge, blanche et bleue. Médaillon au centre, recto : Etoile de mai, symbolisant la libération du joug espagnol, et verso : sceau du Trésor (1842) Les Paraguayens déclarèrent l'indépendance vis-à-vis de l'Espagne en mai 1811.


   
Le Vatican s’oppose à la candidature de Mgr Lugo aux présidentielles
   
Le Saint-Siège a demandé à Mgr Fernando Lugo, évêque émérite de San Pedro, au Paraguay, de renoncer à se présenter aux élections présidentielles en 2008. Le cardinal Re, préfet de la Congrégation pour les évêques, a expliqué que si Mgr Lugo ne renonçait pas à ses activités politiques, il serait suspendu de ses fonctions, comme le prévoit le Droit canon.

Le cardinal Giovanni Battista Re a envoyé une lettre "d’avertissement" à l’attention de Mgr Lugo, à la nonciature apostolique d’Asuncion, au Paraguay, ont confirmé des sources vaticanes à I.MEDIA, le 27 décembre. Le préfet de la Congrégation pour les évêques a ainsi suivi la procédure normale lorsqu’un évêque se présente à des élections politiques. Celle-ci consiste à lui demander de retirer sa candidature. Dans le cas contraire, le Code de droit canon prévoit une suspension a divinis de ses fonctions. L’évêque ne peut plus alors exercer son pouvoir d'ordre, c'est-à-dire administrer les sacrements.

Dans sa lettre, communiquée le 26 décembre par la nonciature apostolique d’Asuncion, le cardinal Re s’est dit "surpris" que certains partis politiques aient déjà proposé d’appuyer l’évêque dans sa course à la présidence. Il a aussi estimé que ses déclarations "avaient déjà créé un grave trouble chez les pasteurs et les fidèles au Paraguay". C’est pour cette raison, qu’il s’est vu contraint à "rendre public cet avertissement canonique".

Mgr Fernando Lugo a annoncé le 25 décembre sa décision de présenter sa candidature aux élections présidentielles de 2008 au Paraguay, assurant que "sa renonciation" à son ministère de prêtre était "douloureuse mais, en même temps, le rendait heureux car à partir d’aujourd’hui, sa cathédrale était le pays". Il a aussi expliqué vouloir "mettre fin à une longue histoire d’exclusion sociale, dans laquelle les responsables ont un nom". Il faisait référence aux soixante ans de pouvoir du parti Colorado.

"Je suis à disposition du peuple"

"Je ne me sens ni de gauche, ni de droite, ni de dessus, ni de dessous", a encore déclaré l’évêque défiant l’actuel président Nicanor Duarte, du parti Colorado. "A partir d’aujourd’hui, avec mon entrée dans l’arène politique, je suis à disposition du peuple", a-t-il expliqué.

Agé de 55 ans, Mgr Fernando Lugo a été nommé évêque du diocèse de San Pedro par Jean Paul II en 1994. Mais en 2004, on lui a demandé de présenter sa démission, acceptée en conformité au canon 401 paragraphe 2 du Code de droit canon. Ce paragraphe affirme que "l'évêque diocésain qui, pour raison de santé ou pour toute autre cause grave ne pourrait plus remplir convenablement son officie, est instamment prié de présenter la renonciation à cet office".

Rome, 27 décembre 2006 (Apic)

 Sources : http://www.theologia.fr/article/index.jsp?docId=2290503
En savoir plus sur le Paraguay :http://www.franceevasion.com/toutsavoir/pays-paraguay.htm


Par Elsie HAAS
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Mercredi 17 janvier 2007 3 17 01 2007 11:47

                         Le nouveau président de l'Equateur,  Rafael Correa, béni par les religieux indiens

Rafael Correa est devenu, lundi  15 décembre,  président de l'Equateur,  il a prété serment à la fois devant les organisations indiennes et devant les parlementaires. 


    Rafael Correa avec Hugo Chavez (portant le tableau) et Evo Morales lors de la cérémonie indienne d'intronisation

M. Correa,  est jeune  , 43 ans (et rieur comme lon le voit sur la photo) . Il  fait partie de cette nouvelle génération de leaders d'Amérique Latine qui veulent  transformer leur pays et mettre le développement économique au service de la population. Dans l'ensemble des pays d'Amérique Latine une minorité, en générale Blanche, s'est accaparée depuis l'indépendance  les pouvoirs économique et politique; Indiens, Noirs et métis  ne participent  aucunement  à la gestion du pays On ne leur demandait rien, on ne leur donnait rien. Mettre fin à cet apartheid vieux de 500 ans, c'est l'objectif de Evo Morales, un indien et celui de Rafael  Correa, un métis. D'ailleurs pour symboliser leur volonté de changement, ces deux présidents se sont faits introniser par des religieux indiens .

Souligner les appartenances indiennes de Evo Morales, métisses  de Rafael Correa ou  Afrique/ Indienne de Hugo Chavez n'est pas faire du "colorisme" mais   l'objecif est de  montrer que les sociétés d'Amérique  Latine sont entrées dans un processus de rupture avec 500 ans de "pigmentocratie" (c'est-à-dire,  d'affirmation de la supériotrité du Blanc) et d'exploitation.

                                    Le président de l'Equateur, Rafael Correa,  reçoit les bénédictions de religieux indiens

Ce processus pourra-t-il suivre son cours  ? En Afrique dans les années 60, on avait assisté à une semblable volonté de sortir de l'esclavage et de la colonisation. Des présidents, comme celui du  Ghana, Kwame Nkruma, ont défendu l'idée du panafricanisme. Leur projet de développement de liens inter-régionaux s 'est heurté aux peaux de banane mises sur leur chemin par les ex-puissances coloniales, refusant de perdre leurs privilèges. C'est pourquoi il faudra regarder de près la manière dont les élites médiatiques occidentales- les supplétifs des politiques- vont aborder ces pays dans les prochains temps. Par exemple, de quelle manière les informations sur ces pays-là-Bolivie, Equateur, Venezuela, seront  relayées et traitées- par RFI, la voix officielle de la France . J'avais noté que Le Monde  avait attaqué , bille en tête, dès le 2 janvier,  le gouvernement de Chavez; que sur France Culture M. Alexandre Adler,  avait appelé Chavez le "primate". L'opposition vénézuelienne, les G, je ne sais combien (ils portent le même nom qu'en Haïti mais  sont plus que 184) appellent  Chavez " le moco" qui en espagnol du Venezuela signifie singe, une sorte de jeu de mots qu'ils ont fait à partir de mo comandante (mon commandant). Les cérémonies indiennes offriront sans doute,  l'occasion  d'une émission spéciale pour qu'anthroplogues, philosophes et autres viennent discourir sur les religions "primitives" et au passage, mine de rien,  les dénigrer. On connait la méthode.

   Rafael Correa, montrant l'épée symbole du pouvoir offerte par un  membre de la communauté indienne

Rafael Correa a  déclaré  qu'il va organiser un référendum pour  que les citoyens se prononcent pour ou contre la création d' une assemblée  constituante  chargée de réviser la Constitution. Pour lui cette révision   est nécessaire pour renouveller  un Parlement corrompu et réduire l'influence des partis  politiques sur les institutions indépendantes telles que  la justice, la police, etc.

Le nouveau président  équatorien a également promis  d'aider les agriculteurs, les entreprises privées et les hommes  d'affaires à  bénéficier du développement économique.

 M. Correa a  également  déclaré qu'il révisera les contrats  entre la société  énergétique publique PetroEcuador et les sociétés pétrolières étrangères afin d'augmenter la participation de l'Etat et réduire les bénéfices du secteur privé.

   
 
 
Par Elsie HAAS
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Jeudi 18 janvier 2007 4 18 01 2007 21:02
 Ce texte qui  m' a été envoyé par  Thierry Deronne  en réponse à  un article du journal français Le Monde sur la corruption  au Venezuela est très important pour tous les lecteurs de Le Monde du Sud. Il montre, entre autres, comment les "médias dominants" occidentaux sont solidaires des médias nationaux dans les pays d'Amérique Latine (et en Haïti où nous avons droit aux articles d'un certain M. Caroit du même journal Le Monde). Ces médias nationaux qui sont la propriété d'une minorité réactionnaire néo libérale. Les caractères en gras, en italique et en couleur  sont de ma propre initiative.

Les pieds de Greta Garbo

par Thierry Deronne *


C´est sous ce titre que l´écrivain Julio Cortazar écrivait au Monde dans les années 80 pour lui reprocher son refus de voir les avancées de la révolution sandiniste au Nicaragua. Dès que la liberté y avait abandonné le champ philosophique et s´était transformée en réalité pour des milliers de paysans sans terre, de coupeurs de bananes, d´enfants promis à la tuberculose, la machine médiatique s´était mise à fabriquer le "totalitarisme sandiniste". Jouant du piano à quatre mains avec ceux qui finançaient les attaques meurtrières de la "contra", Le Figaro Magazine puis Le Monde (sous la plume d´un certain de la Grange) ne s´étaient rien refusé, inventant de soi-disants "charniers sandinistes", démentis par la suite par Amnesty. La guerre médiatique ne cessa que le jour oú, vaincus électoralement,  les sandinistes remirent le pouvoir à l´opposition. Les éditoriaux applaudirent alors les "grands démocrates" dont ils juraient la veille qu´ils s´éterniseraient au pouvoir en bons "marxistes totalitaires". Les correspondants firent leur valise. Le Nicaragua disparut du champ médiatique tandis qu´on reprivatisait la santé, reprenait les terres aux paysans et que revenait au galop le cortège de mortalité infantile, de prostitution, d´analphabétisme. Le tiers de la population émigra du pays redevenu "ibre".
Comment ne pas se souvenir des protestations sans réponse de Cortázar au Monde, en voyant ce soir de janvier 2007, le peuple sacrifié revenir sur cette place de Managua oú Daniel Ortega assume la présidence ? A ses côtés, Hugo Chávez interroge la foule :  "Imaginez un instant ce que serait ce pays aujourd´hui, sa santé, son éducation, si on n´avait détruit sa révolution ?". Les 32 centrales électriques que le Vénézuéla envoie immédiatement au Nicaragua produiront 60 megawatts, mettant fin au cauchemar quotidien des coupures de courant. Des tracteurs suivent déjà, comme ceux envoyés en Bolivie. Le correspondant du Monde, un certain Nicolas Bourcier, est soulagé : "Un feu d´artifices conclut la cérémonie. Ortega s´en va. Pas une fois, il n´a prononcé le mot "révolution". (12.01.2007). Ortega a bien prononcé le mot, évoquant le boom de l´analphabétisme sous l´ère néo-libérale.
Depuis huit ans, Garbo est vénézuélienne mais Le Monde refuse toujours de lever les yeux. La technique est immuable. Minimiser les réformes sociales, les politiques Sud-Sud et la démocratie participative pourtant sans précédent. Occulter les idées et l´engagement des millions de citoyen(ne)s qui en bénéficient. Marteler que Chávez surfe sur le pétrole, qu´il n´a donc aucun mérite. Et que si ce "national-populiste" n´est pas encore dictateur, c´est qu´il le deviendra.
Décembre 2006. En pleine liesse populaire, Hugo Chávez repart pour un nouveau mandat, réélu avec 62,8 % des votes et un taux record de participation. Avec une dizaine d´élections en huit ans validées par les observateurs, Chávez "injecte une forte dose de vitamines démocratiques á l´Amérique Latine? dit l´écrivain Eduardo Galeano. Au moment oú le gouvernement français veut privatiser le gaz et l´électricité, exposant sa population à payer plus, Hugo Chávez, plus démocrate et visionnaire, respecte ses promesses. Il ordonne la nationalisation de la compagnie d´électricité et de celle du téléphone, la récupération de toutes les industries-clefs privatisées par les gouvernements précédents, le renforcement du contrôle de l´État sur l´industrie pétrolière et sur la Banque Centrale en vue d´accélérer le développement du pays, la démocratisation accélérée de l´État par l´octroi de nouveaux pouvoirs aux Conseils communaux et la convocation d´une assemblée constituante.
"Vous avez aimé Castro ? vous aimerez Chávez" répond Le Monde (19.12.2006), qui traite le  président vénézuélien de "n´importe-quoi-iste" et de "caricature du populisme". Aux envoyés spéciaux de donner un semblant de "couleur locale" à cette ligne. La liste de leurs mensonges est longue. La palme revient à un certain Paulo A. Paranagua, ex-membre d´un groupe armé argentin qui admirait Cuba dans les années 70, et qui a retourné sa veste depuis. En l´embauchant, Edwy Plenel s´est sans doute rappelé qu´un nouveau converti est toujours plus fanatique qu´un original de droite. Mais sa rage ne s´explique pas seulement par l´expiation d´un passé gauchiste. L´image des avant-gardes armées prend un coup de vieux à l´heure oú les peuples construisent eux-mêmes, à travers des assemblées constituantes, le socialisme du XXIème siècle. Paranagua punit ces peuples trop intelligents à coup d´épithètes. Evo Morales et ses Indiens? "Incultes et illettrés". Les vénézuéliens ? "Des buveurs de whisky, fascinés par les États-Unis". En janvier 2005 il annonce l ´annulation d´un sommet entre Evo Morales et Hugo Chávez, à la suite de "tensions" entre les deux gouvernements. C´est faux. Le sommet se tient quelques jours plus tard à Caracas, jetant les bases d´une coopération qui n´a cessé de croître dans tous les secteurs.
Le 09.01.2007, dans "les raisons de la popularité de Chávez" Le Monde attaque la victoire "apparemment" démocratique du président. Un peuple qui vote contre le néolibéralisme, ça n´existe pas, ni en France ni au Vénézuéla. Chávez se maintient au pouvoir par une force magique, au-delà des urnes. En 2004 déjà Sylvie Kauffman découvrait que "Hugo Chávez est doué d´un instinct de survie exceptionnel" et qu´il "est passé maître dans l´art de manoeuvrer". Cette fois, Le Monde reprend les thèses de Alfredo Ramos Jimenez et de Carlos Romero, cautions universitaires et ultra-conservatrices de la droite vénézuélienne :

"Le nombre de spots télévisés et de pages de publicité" en faveur de Chávez. Le Monde ne dit pas qu´au Vénézuéla, 95 % des chaînes de télé, radio et presse écrite, sont aux mains de l´opposition et des transnationales. Beaucoup de ces médias ont été impliqués dans le coup d´État sanglant de 2002. Cette "dictature médiatique" rend d´autant plus remarquable la victoire de Chávez.

 "Revêtir la chemise rouge et participer aux mobilisations"chavistes" est une obligation à laquelle on ne saurait se soustraire, sous peine de perdre l´emploi ou l´aide publique" ; De plus, il y a "1,3 millions de votants dont l´adresse ne figurerait pas sur les listes?". Le Monde ne dit pas qu´au Vénézuéla le vote est secret, ni que cette campagne quotidienne des chaines commerciales de l´opposition sur le thème de la "cubanisation" ou de la "fraude" a fait sourire les observateurs et experts électoraux du monde entier. L´Organisation des États Américains, l´Union Européenne, l´Asociación de Juristas Latinoamericanos et le Centre Carter, ont qualifié le processus électoral de décembre 2006 de "transparent, équitable et démocratique".

 "2 millions d´électeurs naturalisés" "essentiellement des Colombiens". La république bolivariennne a, ces dernières années, réglé une vieille dette democratique en régularisant les étrangers qui prouvent légalement qu´ils vivent et travaillent depuis dix ans au Vénézuéla. Passer de la clandestinité à la citoyenneté, c´est pouvoir ouvrir un compte bancaire, signer un contrat, louer une maison, inscrire ses enfants a l´école, et voter. Le Monde suggère-t-il de rétablir le suffrage censitaire pour sauver la démocratie ?

Le Monde attaque ensuite la politique du gouvernement bolivarien :
"les missions éducatives sont des palliatifs qui ne modifient pas une éducation nationale défaillante". C´est faux. Grâce à la Misión Robinson, le Vénézuéla a été déclaré par l´UNESCO territoire libre de l´analphabétisme en novembre 2005. Le gouvernement a supprimé le paiement de droits d´inscription dans les écoles publiques, construit 650 nouvelles écoles et pris en charge 10.000 de plus. Il a créé l´Université Bolivarienne qui accueille les secteurs populaires exclus jusqu´ici des études supérieures, oú 400.000 jeunes étudient grâce à la Misión Sucre. Record historique, 12 millions de vénézuéliens, près de la moitié de la population totale, étudient.

 "Quant au logement décent auquel aspirent des millions de vénézuéliens, le gouvernement a échoué à lancer un programme de construction digne de ce nom". C´est faux. En 2006 le gouvernement a investi 6,6 milliards de bolivars, construit 13.068 logements nouveaux et veut en construire deux cent mille en 2007. La baisse du taux d´intérêt hypothécaire, passé de 35 % avant 1998 à 5 % actuellement, a permis l´accès au logement à plus de 73.000 familles.

 "l´absence de plan de développement susceptible de créer des emplois en nombre suffisant pour faire baisser le chômage, déguisé par le truquage des statistiques et par l´économie informelle". C´est faux. La première année, Chávez trouve un chômage à 15,3 %. En 2002-2003, le coup d´État et le sabotage économique font exploser ce taux à 19,2 %. En quatre ans, grâce aux mesures gouvernementales, le chômage a perdu 10 points, tombant à  9, 6 %.
 
"Le gouvernement "arrose" tous azimuts, que ce soit par les programmes sociaux, la corruption, le crédit bon marché ou les cadeaux faits aux banques." C´est faux. Loin d´acheter la "paix sociale" comme le faisaient les gouvernements antérieurs, le gouvernement Chávez assortit les crédits, les missions (Vuelvan Caras, Madres del Barrio, etc..) de formations et de mécanismes de soutien par lesquels les bénéficiaires peuvent créer des activités socio-productives.

 Le 11.12.2006 Le Monde affirme que "Chávez n´a pas réussi à faire baisser la pauvreté". C´est faux. En sept ans de révolution, le nombre de foyers pauvres a baissé de 49.000 à 33.900 . A quoi il faut ajouter l´accès gratuit aux soins, à l´éducation, au logement. Le salaire minimum est passé de 36 dollars en 1996 à 238 dollars en 2006, soit une augmentation de 560 %. Sous les gouvernements antérieurs l´augmentation ne dépassait jamais l´inflation, ce qui la rendait fictive.

Dans "Au Vénézuéla, viva la corrupción !" (01.01.2007)Le Monde va plus loin et affirme sans preuve que le président Chávez "a l´habitude de voyager à l´étranger avec des valises de pétrodollars". Puis il part du fait que l´orientation du FONDEN, Fonds de Développement National se trouve constitutionnellement sous l´autorité du chef de l´État pour en faire "une grosse tirelire dont l´usage dépend exclusivement du président de la République et du ministre des finances", "sans règles connues ni obligation de publier ses entrées et ses dépenses.". C´est faux. Les réserves internationales, en augmentation constante grâce aux cours du pétrole, n´appartiennent pas à la Banque Centrale mais à la République, laquelle consacre enfin les excédents (au-delà d´un plafond de 29,9 milliards de dollars) à de multiples programmes sociaux en faveur de millions de vénézuéliens. Ce samedi 13 janvier, comme chaque année, le président Chávez a présenté à l´Assemblée Nationale le bilan de la gestion 2006, rendant compte de la dépense publique. Cet épais document, accessible par tous, détaille les projets financés par le FONDEN.
Evidemment, dans un libre marché en pleine croissance et compte tenu de la culture héritée des régimes antérieurs, la corruption a fait des progrès. Tout le monde, à commencer par le président Chávez, le souligne. Mais Le Monde veut convaincre le lecteur que "la corruption découle de la facon de gouverner de Chávez". En oubliant de dire que contrairement à l´époque de Carlos Andres Perez (social-démocrate populiste), le gouvernement n´est plus nommé par l´entreprise privée. Le 9 janvier 2007 (quelques jours avant que Rafael Correa, nouveau président de l´Equateur, prenne une mesure semblable) le président Chávez annonce la réduction des salaires excessifs des fonctionnaires. Il dénonce devant les députés ceux qui gagnent entre 7 et 30 millons par mois, en plus des frais généraux et autres pensions multimillonnaires, et l´époque oú "les ministres, les gouverneurs qui achevaient leur mandat sans s´être offert une villa, étaient vus comme des idiots alors que les corrompus étaient reconnus comme des êtres intelligents". Tirant les enseignements de nombreux témoignages reccueillis au cours de la campagne électorale, il ordonne aux ministres de passer trois jours par semaine à labourer le pays, pour dresser avec la population des rapports circonstanciés sur tout ce qui ne va pas dans les politiques publiques. A la différence de la France ou du Brésil, le Vénézuéla s´attaque à la corruption à travers une arme redoutable : la démocratie participative. Conscient qu´il ne peut mettre "un policier derrière chaque fonctionnaire", le gouvernement a fait adopter en 2005 la loi des Conseils Communaux qui dote les communautés du pouvoir de contrôler l´usage des fonds publics. 18.238 de ces conseils se sont déjà formés, soit  des centaines de milliers de citoyens exerçant le "contrôle social" sur l´éxécution des politiques publiques (éducation, infrastructures, logement, santé, agriculture, transport). En 2007 cinq milliards de dollars seront transférés et administrés par les conseils communaux dont le pouvoir sera renforcé par de nouvelles lois.

Si Le Monde avait enquêté sur le terrain, il aurait remarqué de nombreux commerces fermés pendant un ou deux jours, et lu sur leur vitrine, les avis du SENIAT (fisc national) informant les badauds des fraudes commises et du manque à gagner pour les politiques d´éducation, de santé, et pour la sécurite sociale. Alors que sous les gouvernements antérieurs, la corruption annulait une grande part de la rentrée d´ impôts, l´opération "evasión cero" (fraude zéro) a permis de récupérer pour le budget de l´État la somme de 52,2 milliards de bolivars.

En recyclant le cliché colonialiste du "viva la corrupción !", Le Monde conduit ses lecteurs à une grave inintelligence de ce qui se passe aujourd´hui au Vénézuéla, en Bolivie ou en Equateur. Simon Bolivar et Simon Rodriguez, dont se réclament aujourd´hui Evo Morales, Rafael Correa et Hugo Chávez, disaient leur refus de copier les "républiquettes" européennes. Sans pelotons d´éxécution mais par la force pacifique du nombre, les assemblées constituantes refondent des républiques plus aptes à résoudre les problèmes de corruption qu´une Europe dominée par les forces du marché.

Le 08.01.2007, Le Monde laisse entendre que le Vénézuéla s´achemine vers la création d´un "parti unique" et que "Chávez impose a ses partisans et au gouvernement une centralisation accrue". C´est faux. Le débat, qui commence à peine, sur le parti "unido" - c´est-à-dire uni et non pas "unique"-  répond au besoin de créer un grand parti de gauche (sur le modèle du PT brésilien original). C´est le même défi qu´affronte Rafael Correa, qui vient d´assumer la présidence de l´Equateur après sa victoire surprise contre les partis traditionnels, celui d´unifier un mouvement politique cohérent, solide, autour de sa révolution citoyenne et de réunifier le mouvement indigène face à des partis qu´il considère comme de "véritables mafias liées à des intérêts privés ou familiaux". Au Vénézuéla, il s´agit de dépasser l´électoralisme qui marquait le MVR, structure hétéroclite créée lors de la première campagne de Chávez face aux machines à frauder du bipartisme rivé au pouvoir " Acción Democràtica" (social-démocrate) et "Copei" (démocrate-chrétien). Chávez propose que ce nouveau parti de gauche, qui s´insèrera parmi une quarantaine de partis de droite et de gauche, élise ses dirigeants démocratiquement, par le vote de la base, et non par cooptation au sommet.
Paranagua cite le sociologue Edgardo Lander de l´Université Centrale du Vénézuéla, pour qui "l´identité entre l´État et un parti ne conduit pas à la démocratie". Contacté par nous, Edgardo Lander s´amuse de cette manipulation : "jamais Paranagua ne m´a contacté. Mon opinion se résume à :  il faut poursuivre le débat."

Le 02.01.2007, Le Monde affirme que "Hugo Chávez veut mettre au pas une télévision "putchiste". C´est faux. Le spectre des ondes hertziennes, qui n´est pas illimité, est un patrimoine public comme l´air, l´eau, la terre. Il n´appartient à nul entrepreneur privé mais à tous les vénézuéliens. La concession octroyée il y a vingt ans par l´État à l´entreprise commerciale RCTV, arrive à son terme en mai 2007. Or RCTV n´a cessé d´attenter contre les institutions démocratiques en incitant à la haine, à la violence, en participant activement à la préparation et à la réalisation du coup d´État sanglant d´extreme-droite du 12 avril 2002 contre le président Chávez (voir le documentaire de Kim Bartley, la Révolution ne sera pas télévisée). Tandis que le dictateur Carmona dissout toutes les institutions démocratiques et fait réprimer les partisans de Chávez, le directeur de RCTV, Marcel Granier, accourt au palais pour le féliciter et, de là, impose le black-out de la chaîne sur la résistance populaire. Certains journalistes démissionnent, comme Andrés Izarra, directeur de l´information. Lorsque la population chasse finalement les putschistes, le 13 avril, elle encercle le siège de RCTV, protestant contre la censure. En 1989 déjà, occultant les 3000 morts que l´armée vient de massacrer sur ordre de Carlos Andrés Pérez, la chaîne appelle les Vénézuéliens à rentrer chez eux puisque "la paix est revenue". En décembre 2002, RCTV appelle de nouveau à renverser le président Chávez, et se fait porte-parole quotidienne des militaires putschistes de la Plaza Francia puis des organisateurs du putsch pétrolier (remake de la grève des camionneurs contre Salvador Allende). De nombreuses voix avaient alors réclamé la fermeture d´un média contre lequel n´importe quel autre gouvernement aurait pris immédiatement des mesures. Celui du Vénézuéla a préféré attendre l´expiration légale de la concession.
Il ne s´agit donc ni de fermer RCTV, ni de l´exproprier : l´entreprise pourra continuer à émettre par cable et par satellite. Il s´agit de démocratiser la fréquence qu´elle a occupée durant le laps de la concession, en l´octroyant à une coopérative mixte de travailleurs dont les droits ont toujours été bafoués par le patron de RCTV, d´enseignants qui ont analysé les effets pervers de la violence transmise par RCTV, de journalistes que la chaîne a forcés à se transformer en vendeurs de portables ou de crêmes faciales, de producteurs indépendants exploités dans sa maquila des telenovelas, et d´organisations citoyennes ou de médias associatifs jusqu´ici exclus par racisme ou par mépris social. Des ambassadeurs africains avait protesté par écrit auprès de RCTV en mars 2004, lorsque la chaîne avait traité plusieurs chefs d´État Noirs, reçus par Chávez, de "singes".
"Atteinte au pluralisme éditorial !" proteste RSF, cité par Marie Delcas. Quel pluralisme ? Celui du quasi monopole privé de la communication ? Dans le cas de RCTV, quoi de plus démocratique que de permettre à un collectif pluraliste de créateurs d´en faire autre chose qu´une machine à organiser des coups d´État ? S´il s´agit vraiment de défendre le "pluralisme éditorial" ou la "liberté d´expression", pourquoi le Monde ou RSF n´ont-ils pas protesté lors de la répression des médias communautaires ou de la fermeture, réelle celle-là, de l´unique chaîne publique par les putschistes de 2002 ? Pourquoi restent-ils muets sur la complicité de médias privés dans les violations des Droits de l´Homme, lorsqu´ils traitent d´"envahisseurs" ou de "guérilleros" les paysans assassinés lorsqu´ils réclament une terre pour la travailler ? Pourquoi n´enquêtent-ils pas sur le mouvement profond de démocratisation de l´information, dont le Vénézuéla est pour l´heure le seul exemple au monde ? Une loi pensée, mûrie avec les médias associatifs permet en effet aux organisations citoyennes d´accéder au spectre radio-électrique, le seul frein à cette démocratisation restant le quasi monopole privé des fréquences. Déjà près de deux cents radios et télés associatives (réprimées sous les gouvernements antérieurs) ont été légalisées, deux cents autres sont en voie de l´être. Sans que leur parole ne soit contrôlée par le gouvernement. Cette explosion de liberté s´accompagne de la reconstruction du service public de la télévision avec TeleSur ou Vive TV. Celle-ci transmet de nombreux programmes participatifs réalisés par les organisations populaires ainsi que des productions indépendantes, des documentaires sociaux d´Amerique Latine et du monde entier. Ce nouveau mode de production d´une information "socialement utile", qui transforme les codes de la communication marchande, amorce la praxis de quarante ans de théorie critique de la communication.
En ce qui concerne RSF, Le Monde ne dit pas que la première correspondante de RSF au Vénézuéla, Maria Sol Pérez Schael, membre de l´opposition, confiait au journal El Universal que son coeur vibrait à la vue des militaires putschistes. Ni que dans sa revue "Médias", le directeur de RSF Robert Ménard, écrivait : Les alters ont toutes les indulgences pour l´ex-putchiste Hugo Chávez, ce caudillo d´opérette qui ruine son pays mais se contente " pour l´instant " - de discours à la Castro sans trop de conséquences réelles pour les libertés de ses concitoyens"... Ni que la journaliste Naomi Klein a reproché à RSF de confondre liberté d´expression et liberté d´entreprise alors que la plus grande menace sur la liberté d´expression ne vient plus des États mais du monopole privé de la communication.
C´est une vielle ruse de l´Histoire que de voir des entreprises privées de communication s´autoproclamer "médias d´information". Cela leur permet d´en appeler à la "liberté d´expression" quand leurs intérêts sont menacés. RSF n´existait pas encore quand Armand Mattelard analysant l´alliance de la SIP (société de propriétaires de médias) et des grands médias chiliens dans le coup d´État contre Allende, écrivait : "L´enquête judiciaire sur l´administration du journal El Mercurio, accusé d´irrégularités fiscales, a servi de prétexte pour dénoncer de soi-disant mesures coercitives contre "la presse libre". Le message émis par la presse de la bourgeoisie chilienne revient à sa source, renforcé par l´autorité que lui confère le fait d´avoir été reproduit à l´étranger. Nous sommes en présence d´une SIP tautologique. Sa campagne n´est qu´un immense serpent qui se mord la queue."

Conclusion à l´heure des chacals

Une des sources écartées par Le Monde, et qui caractérise pourtant le processus vénézuélien, est la critique populaire à tous les échelons. Dans les conseils communaux, dans les médias associatifs, dans les manifestations et les assemblées citoyennes, cette critique sans baillon fait bouger les choses. Lorsqu´on demande aux vénézuéliens ce qu´ils pensent de la révolution, surgit un flot de reproches amers sur la corruption, la bureaucratie, les promesses non tenues. Mais lorsqu´on leur demande pour qui ou pour quoi ils votent, la réponse majoritaire est : pour que continue le processus. C´est que contrairement au système antérieur, l´actuel permet de transformer la critique en changements concrets. Ce qui explique le score croissant d´un président, après huit ans de gouvernement, là oú on attendrait l´usure. Si les peuples font eux-mêmes la critique, s´ils connaissent mieux que quiconque leurs problèmes et les possibles solutions, pourquoi ne pas les écouter ?

La critique du Monde est d´une tout autre nature. C´est du point de vue d´une minorité infime que Le Monde attaque le fait que les réserves d´une banque centrale puissent servir le développement national, ou occulte les progrès de la souveraineté alimentaire à travers la réforme agraire, ou les nombreux bienfaits sociaux de l´intégration du Sud, à travers l´OPEP - que rejoindra sous peu l´Equateur, ou la création d`une Banque du Sud. Mais à mesure que cette politique se propage en Bolivie et en Equateur, Le Monde se retrouve dans une position difficile. Sans doute, à force de mépriser le peuple et de se coupler aux mouvements de la Bourse, est-il tombé dans le même piège que les médias privés vénézuéliens : croire que le peuple n´existe pas et que l´Histoire est finie.
En France la critique des médias sème dans un  terrain encore inégal, les idées qui permettront un jour de démocratiser l´information. Ce n´est pas une "éthique" retrouvée par miracle qui rendrait Le Monde, Libération ou TF1 plus "objectifs". Mais comme le proposait le Conseil National de la Résistance en 1944, l´appropriation citoyenne de l´information.


* Licencié en Communications Sociales, IHECS, Bruxelles. Cofondateur des télévisions associatives Teletambores et Camunare Rojo TV. Actuel vice-président de la télévision publique Vive, Venezuela.
http://www.vive-fr.org/blog




Par Elsie HAAS
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