A la demande des lecteurs qui , aguichés par le titre, veulent absolument en savoir plus sur Altermondes, voici le sommaire fort copieux, de la revue. J'ai mis en gras et en italique, l'entretien avec Rithy Pan, un réalisateur cambodgien qui avait fait un superbe film "L'odeur de la papaye verte", primé à Cannes à l'époque. Rithy Pan met en avant l'importance pour un pays de,"diffuser, stimuler et soumettre aux débats sa culture". A qui le dites-vous, mon cher Rithy!
Sommaire d'Altermondes n°8
Décembre 2006 - Février 2007
Actualité internationale
Pérou : le silence est mort. Dans une société où la santé sexuelle est taboue, les adolescents péruviens sont confrontés à l’impossibilité d’accéder gratuitement et facilement à une prévention et à des soins adaptés. Par Stéphanie Senet – Médecins du Monde
Dignité, mode d’emploi ! Il aura fallu attendre 2006 pour que les 650 millions de personnes handicapées dans le monde bénéficient enfin d’une convention reconnaissant leurs droits. Par Anne Hery – Handicap international
Comment rebâtir la Côte d’Ivoire ? Malgré les résolutions onusiennes, la Côte d’Ivoire continue de s’enliser dans la crise. Aucune solution ne sera possible sans la société civile. C’est le message que cherche à faire entendre la Convention de la société civile ivoirienne
Quoi de neuf à Nairobi ? Du 20 au 25 janvier 2007, la capitale kenyane accueillera le forum social mondial. Quels sont les enjeux de cette première édition entièrement africaine ? Par Chico Whitaker – Commission Justice et Paix Brésil et Cofondateur du FSM
Les pauvres à la périphérie. Delhi, la capitale indienne, a décidé d’entrer dans l’ère de la modernité. Pour ce faire, elle opère la destruction des bidonvilles pour repousser à la périphérie une pauvreté qui dérange. Reportage d’Antonia Achache – Collectif Les Yeux dans le monde
Venezuela : l’espoir d’un peuple. Militant de la première heure, Jo Briant, animateur du Centre d’information inter-peuples (CIIP),a délaissé, cet été, Grenoble pour passer un mois au Venezuela. Parcours d’un voyageur solidaire en république bolivarienne.
Les droits des femmes : Eternelle remise en question ? Le débat sur l’universalité des droits des femmes est un vieux débat, loin d’être clos. Tribune de Françoise Laurant – Présidente du Mouvement français pour le planning familial.
Dossier : Le Sud a-t-il
réellement besoin de l’aide du Nord ? (En partenariat avec CRID et CNCD
Belgique)
Des recettes éprouvées ? Depuis soixante ans, les pays du Nord multiplient les programmes pour financer le développement. Et pour quels résultats ? Régis Mabilais (Coordination SUD) et Tomas Tozicka (Campagne tchèque contre la pauvreté) pointent respectivement les limites de l’aide française et européenne. Jean Merckaert (Plate-forme Dette et Développement) dénonce la spirale de l’endettement et prône l’instauration d’un droit international régissant l’endettement. Enfin, Caroline Dorémus-Mège (Oxfam France – Agir ici) et Arnaud Zacharie (CNCD Belgique) déconstruisent l’idée selon laquelle il suffit de laisser les mains libres aux acteurs économiques pour assurer le bien-être collectif. Seule Alessandra Nilo (Gestos – Brésil) salue, avec prudence, la création d’une taxe internationale sur les billets d’avion pour lutter contre le sida, le paludisme et la tuberculose.
Ouvrir de nouvelles perspectives. Le financement du développement ne relève pas d’aspirations philanthropiques. Comme l’explique Alexandre Seron (CNCD Belgique), il s’inscrit dans une stratégie de défense par chaque pays de ses intérêts. Le concept de bien public global ouvre des perspectives pour une redéfinition de l’aide internationale (François Lille – Biens publics à l’échelle mondiale)
Actualité associative
L’art d’en faire un fromage… Entretien avec Alzakhgui Gantulga (Agronomes et vétérinaires sans frontières) qui œuvre pour que la filière laitière de son pays, la Mongolie, occupe enfin la place qu’elle mérite.
Tchétchénie : une affaire européenne. La guerre en Tchétchénie n’est pas une « affaire intérieure » russe. La mort d’Anna Politkovskaïa rappelle que la mobilisation doit se poursuivre.
Laos, qualité équitable. Entretien avec le Dr Sisaliao Svengsuksa, l’un des fondateurs de l’Association de soutien au développement des sociétés paysannes du Laos.
Lac Nokoué, accès critique. La moitié de la population du Bénin ne dispose toujours pas d’eau potable. Rencontre avec Antonin Hounga de l’association Sonagnon, partenaire d’Emmaüs international sur un projet d’accès à l’eau potable.
Des populations réinventent le droit. Le droit peut aussi être un outil pour l’action. C’est ce qu’ont compris des populations qui, au Maroc comme en Inde, s’organisent pour produire un droit qui réponde véritablement à leurs problèmes. Par Céline Delacour – Juristes Solidarités
Portrait – Lai-Ha Cheung, une ouvrière presque comme les autres
Pages culturelles
Mémoires de porc-épic - Roman
d'Alain Mabanckou (Congo Brazzaville)
Comment réveiller l’identité ? – Entretien avec Aimée Gnali, Ministre de la Culture du Congo Brazzaville de 1997 à 2002
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Coût, abus et danger du dollar

Par Rudo de Ruijter, le 30 mars 2007
Ceux qui utilisent des dollars en dehors des USA payent continuellement une contribution aux Etats-Unis. Elle vient sous forme d'inflation, de 1,25 million de dollars par minute. C'est le résultat de l'augmentation rapide de la dette extérieure des USA. La moitié de toutes les importations des États-Unis sont simplement rajoutées à la dette extérieure et elles sont payées par l'inflation des dollars détenus par les étrangers.
De plus, ces détenteurs de dollars ne semblent pas réaliser, que le cours du dollar qu'ils voient, n'est rien de plus qu'une façade dangereuse. S'ils ne comprennent pas ce qui la maintient toujours debout, la façade peut leur tomber dessus par surprise.
En attendant, bien camouflé, le dollar est au cœur de plusieurs conflits des USA.
La demande mondiale en dollarsEn 1971 la garantie du dollar par l'or a été supprimée. En fait, c'était une manœuvre d'urgence du président Nixon : la guerre du Viêt-nam ayant coûté plus que les USA pouvaient fournir, plus de dollars que ne le permettait la réserve d'or avaient été imprimés. Depuis lors, la valeur du dollar est établie par la loi d'offre et de demande sur les marchés de changes.
Depuis 1971 quiconque voulant importer du pétrole doit d'abord acheter des dollars. C'est là où la plaisanterie commence pour les USA. Quasiment tout le monde a besoin de pétrole, alors tout le monde veut des dollars.
Chaque pays qui achète plus qu'il ne vend verra la valeur de son argent diminuer. Si vous ne pouvez pas faire grand chose d'une devise sa demande diminue et sa valeur d'échange descend. Mais ce qui est vrai pour toutes autres devises, n'est pas vrai pour le dollar US. Tant que le monde entier aura besoin de dollars pour acheter du pétrole, il y aura toujours demande.
Les conflits camouflésPour garder permanente la demande de dollars, les ventes de pétrole doivent rester en dollars. C'est pourquoi les USA essayent de garder autant influence que possible, aussi bien sur les marchés pétroliers mondiaux IPE et NYMEX propriétés US, que sur les gens au pouvoir [dans les autres pays pétroliers]. En faisant cela les USA fixent leur fourniture pétrolière en même temps. Au delà de cela, des contrats lucratifs peuvent être obtenus à partir des pouvoirs locaux, avec lesquels un maximum de bénéfices peut être saisis de la production pétrolière.
Mais quand ces gens au pouvoir ne veulent plus vendre à personne leur pétrole en dollars, les USA ont un problème. Ensuite, le président US n'expliquera pas combien les USA sont dépendants de la demande de dollars. Le conflit est toujours camouflé. Et pour faire ainsi, un thème émotif est toujours choisi. À une époque révolue c'était le danger communiste, aujourd'hui c'est le danger terroriste, des fondamentalistes et autres fantômes populaires, comme « l'ennemi a des armes de destruction massive » ou « l'ennemi tente de fabriquer des armes nucléaires. »
Peu importe le fait qu'il n'y ait, raisonnablement, pas une seule preuve. L'émotions gagne toujours. Même le fait que ces accusations peuvent se retourner et peuvent ensuite être constatées, n'est guère relevé par quelqu'un. Les USA ont des armes de destruction massive et ils les ont employées ; les USA ont des armes nucléaires et ils s'en sont servi, et ils ont même menacé le faire encore en 2000.
Mais une fois encore, à ce moment les accusations sont chargées d'émotions humaines qui éteignent l'intelligence. La raison n'est pas un argument pour la paix. Le théâtre concerne seulement les accusations lancées. Et parce que, à la suite, seuls des spécialistes en armes de destruction massive ou en armes nucléaires sont invités à donner leur avis, presque personne ne se rend compte en quoi consiste exactement le conflit.
Le Venezuela
L'Irak
Jusqu'en 1990 les USA entretenaient des rapports commerciaux lucratifs avec Saddam Hussein. C'était un bon allié. Par exemple, en 1980 il avait essayé de libérer les otages de l'ambassade US à Téhéran.
Il y a une énorme différence entre le négoce du pétrole irakien en euros et le commerce en dollars. Cela sera expliqué ci-dessous.
L'Iran
Dans l'intervalle, les USA tentent de contrecarrer tous les projets concurrents des autres pays.
En 1999, l'Iran a en plus publiquement déclaré vouloir accepter l'euro pour son pétrole. L'Iran vend 30 pour cent de sa production pétrolière à l'Europe, le reste principalement à l'Inde, à la Chine, et pas une goutte aux USA, en raison d'un embargo mis sur pieds par les USA eux-mêmes. Malgré la légende menaçante de Bush, parlant des pays de son fameux « axe du mal », l'Iran a commencé à vendre son pétrole en euros à partir du printemps 2003.
Finalement, l'ouverture de la bourse pétrolière a été remise à plus tard. C'est après que Poutine a établi aussi rapidement que possible une bourse pétrolière en Russie, qui a privé d'intérêt la bourse pétrolière iranienne.
Les USA accusent l'Iran de vouloir faire des armes nucléaires. Puisque les USA n'ont pas assez d'influence pour repasser le commerce pétrolier en dollars, ils espèrent probablement que les sites nucléaires iraniens seront bombardés une fois de plus ainsi l'Iran devrait consommer son pétrole au lieu de le vendre en euros.
Depuis le 8 juin 2006 la Russie est aussi revenu au dollar. En vendant les excédents de dollars aux banques centrales, Poutine a fait attention qu'il n'y ait aucune influence sur le cours du dollar. Cependant, la base pour la demande mondiale du dollar a beaucoup diminué. Les USA ont besoin de la Russie pour que leurs plans de prise de possession du marché mondial du combustible nucléaire, ainsi une vengeance des USA est peu probable.
L'économie du dollar n'est pas limitée aux USA. Les réserves pétrolières échangées en dollars en dépendent aussi. En plus, les entreprises, banques et investissements, partout dans le monde, en dépendent quand ils sont payés en dollars. Ce sont comme de petites îles de l'économie du dollar. Les bénéfices et les dividendes refluent vers les propriétaires. La valeur des investissements est influencée par le taux du dollar. Les vendeurs pétroliers, recevant leur produit en dollars, sont des acteurs de l'économie du dollar et ils se comportent d'habitude en représentants parfaits des intérêts US. Ils considèrent que c'est dans leur propre intérêt.
Euro contre le dollarDepuis janvier 1993 l'euro est coté. En juillet 2005 le taux était identique à ce qu'il valait à son introduction : 1,22 dollar. La nouvelle devise a vraiment éprouvé quelques fluctuations pendant sa courte vie. Depuis fin 1998 l'euro a glissé au loin, jusqu'aux moment où Saddam Hussein a basculé à l'euro en novembre 2000. Bien que les USA aient repassé le commerce pétrolier en dollars en juin 2003, l'euro a continué sa montée. Depuis le printemps 2003, l'Iran a commencé à vendre le pétrole en euros.
L'euro est devenu une petite devise mondiale. Entre juillet 2004 et juillet 2005 la part du dollar dans le commerce mondial est descendu de 70 à 64 pour cent. Un peu moins de la moitié de ces 64 pour cent est lié au commerce extérieur US. Si l'euro veut devenir aussi puissant que le dollar, il a encore beaucoup de chemin à faire.
En principe, l'euro contient les mêmes risques que le dollar. Aussi longtemps qu'il y aura un moteur pour une demande permanente d'euros comme, par exemple, les ventes pétrolières en euros, la zone euro pourra faire des dettes et les laisser filer indéfiniment.La seule solution à ce problème serait que les pays vendeurs de pétrole acceptent toutes les devises sur le marché. Téhéran a déjà pris en compte l'acceptation de plus d'une devise et pas uniquement de l'euro. Pas à pas.
Par Rudo de Ruijter
Chercheur indépendant
Pays Bas, mars 2007 L'auteur peut être contacté sur www.courtfool.info
http://english.pravda.ru/world/americas/30-03-2007/88836-dollar-0
Traduction de Pétrus Lombard pour Alter Info
Le fondateur de Communicorp, Denis O'Brien (Sipa)
par Andreas
Mylaeus, Munich
Dans cette autobiographie captivante (Confessions d’un assassin financier, alTERRE, 2005), John Perkins raconte comment, ancien serviteur empressé de l’«empire global», il est devenu un défenseur des droits de l’homme et des peuples opprimés.
Recruté en tant qu’agent infiltré en 1971, à l’âge de 26 ans, par la National Security Agency (NSA) américaine et salarié par la société-conseil internationale Chas. T. Main, il a voyagé de par le monde: Indonésie, Panama, Equateur, Colombie, Arabie saoudite, Iran et autres pays d’importance stratégique. Sa mission était de mettre en œuvre des mesures politiques à l’aide d’études de faisabilité et de projections de croissance économique en apparence scientifiquement fondées mais manipulées, cela afin de promouvoir les intérêts de ce qu’il appelle la «corporatocratie» (coalition de gouvernements, de banques et d’entreprises) américaine et internationale, sous prétexte de lutte contre la pauvreté. Mesures politiques qui ont monté beaucoup de peuples contre les Etats-Unis et ont, entre autres, finalement abouti aux événements du 11 septembre 2001.
Le récit de Perkins nous montre jusqu’où lui et ses collègues – qui se nomment eux-mêmes des «assassins financiers» (economic hit men) – étaient prêts à aller. Il explique par exemple comment il a contribué à réaliser des plans secrets qui ont amené des pays du tiers-monde fortement endettés à se soumettre aux intérêts militaires, politiques et économiques de «l’empire global» ou fait revenir des milliards de pétrodollars d’Arabie Saoudite dans l’économie des Etats-Unis. Il met au jour les mécanismes du contrôle impérial cachés derrière plusieurs événements dramatiques de l’histoire récente comme la chute du shah d’Iran, la mort du président de l’Equateur Jaime Roldos, le 24 mai 1981, et du président du Panama Omar Torrijos, le 31 juillet 1981, les invasions, par les Etats-Unis, du Panama le 20 décembre 1989 et de l’Irak durant les premiers mois de 1991.
Formation des «assassins financiers»
«Les «assassins financiers» sont des professionnels grassement payés qui escroquent des billions de dollars à divers pays du globe. Ils dirigent l’argent de la Banque mondiale, de l’Agence américaine du développement international et d’autres organisations «humanitaires» vers les coffres de grandes compagnies et vers les poches de quelques familles richissimes qui contrôlent les ressources naturelles de la planète. Leurs armes principales sont les rapports financiers frauduleux, les élections truquées, les pots-de-vin, l’extorsion, le sexe et le meurtre. Ils jouent un jeu vieux comme le monde mais qui a atteint des proportions terrifiantes en cette époque de mondialisation.»
En 1971, alors qu’il avait 26 ans et après son recrutement par la NSA, Perkins est devenu, sous la houlette d’une formatrice, un assassin financier. Ses missions étaient, entre autres, les suivantes:
«Premièrement il devait justifier d’énormes prêts internationaux dont l’argent [provenant des pays en voie de développement qui recevaient des prêts] serait redirigé vers MAIN et d’autres compagnies américaines (comme Bechtel, Halliburton, Stone & Webster et Brown & Root) par le biais de grands projets de construction et d’ingénierie. Deuxièmement, il devait mener à la banqueroute les Etats qui recevaient ces prêts (après qu’ils avaient payé MAIN et les autres entreprises américaines, évidemment) de sorte qu’ils seraient à jamais redevables à leurs créanciers et constitueraient donc des cibles faciles quand on aurait besoin d’obtenir leurs faveurs sous la forme de bases militaires, de votes aux Nations unies ou de l’accès au pétrole et à d’autres ressources naturelles.»
Exemple de l’Equateur
Depuis que les assassins financiers ont introduit en Equateur les «bienfaits» de l’économie moderne, des banques et de l’ingénierie, le pays se porte beaucoup plus mal. Depuis 1970, donc durant la période dite par euphémisme celle du boom pétrolier, le niveau de pauvreté officiel est passé de 50% à 70%, le sous-emploi, c’est-à-dire le chômage, de 15% à 70% et la dette publique de 240 millions à 16 milliards de dollars. En même temps, la part des ressources nationales allouée aux plus pauvres est passée de 20% à 6%. Et l’Equateur n’est pas une exception. Presque tous les pays que les assassins financiers ont placés sous la «protection» de l’empire global ont connu un sort analogue. La dette du tiers-monde est maintenant de deux billions et demi de dollars et sa gestion, en 2004, coûte environ 375 milliards par an, soit plus que les dépenses totales du tiers-monde en matière de santé et d’éducation, et vingt fois plus que ce que les pays en voie de développement reçoivent au titre de l’aide au développement.
La subtilité des moyens utilisés pour créer cet empire moderne aurait fait rougir de honte les centurions romains, les conquistadors espagnols et les puissances coloniales européennes des XVIIIe et XIXe siècles. Les assassins financiers sont rusés, ils ont su tirer les leçons de l’histoire. Aujourd’hui, on ne porte plus ni armure ni costume distinctif. Dans des pays comme l’Equateur, le Nigeria ou l’Indonésie, ils sont vêtus comme les enseignants ou les boutiquiers. A Washington et à Paris, ils se confondent avec les bureaucrates et les banquiers. Ils ont l’air modeste et normaux. Ils visitent les sites des projets et se promènent dans les villages appauvris. Ils professent l’altruisme et parlent aux journaux locaux de leurs merveilleuses réalisations humanitaires. Ils arrosent de leurs bilans et de leurs projections financières les commissions gouvernementales et donnent des cours sur les miracles de la macroéconomie à la Harvard Business School. Ils avancent à découvert et on les accepte tels qu’ils sont. C’est ainsi que le système fonctionne. Ils commettent rarement des actes illégaux, car le système lui-même repose sur le subterfuge et est légal par définition.
Les étapes de l’escalade
Cependant – et c’est là une restriction importante – s’ils échouent, des individus plus sinistres encore entrent en scène, ceux que les assassins financiers appellent les «chacals», qui sont les héritiers directs des empires de jadis. Ils sont toujours présents, tapis dans l’ombre. Quand ils sortent, des chefs d’Etat sont renversés ou meurent dans des «accidents». Et si par hasard les chacals échouent, comme en Afghanistan ou en Irak, les vieux modèles ressurgissent: de jeunes Américains sont envoyés au combat, pour tuer et pour mourir.
Depuis la fin des années 60, l’exploitation pétrolière du bassin équatorien a conduit au bradage des ressources nationales. Le petit cercle de familles qui dirigeaient l’Equateur était tombé dans le piège des banques internationales. Ces familles ont fait contracter à leur pays d’énormes dettes suite aux promesses de futurs revenus pétroliers.
Jaime Roldos, avocat et professeur d’université d’environ 30 ans fut élu président de l’Equateur en 1979 parce qu’il croyait au droit des pauvres et à la responsabilité des politiciens quant à l’exploitation des ressources. Il n’était pas communiste mais défendait le droit de son pays à décider de son destin. Il n’était lié ni à la Russie ni à la Chine et il n’était pas – comme Allende – membre de l’internationale socialiste. Il était nationaliste mais pas anti-américain. Il n’était tout simplement pas corrompu.
Au début de 1981, le gouvernement Roldos présenta au Congrès équatorien sa nouvelle loi sur les hydrocarbures. Si celle-ci était appliquée, elle réformerait les relations de l’Equateur avec les compagnies pétrolières. Selon certains critères, elle était considérée comme révolutionnaire. Son influence s’étendrait bien au-delà de l’Equateur, à une grande partie de l’Amérique latine et ailleurs dans le monde.
Quelques semaines après avoir présenté son projet de loi au Congrès, Roldos mourut dans un accident d’hélicoptère le 24 mai 1981. Pour Perkins, il ne fait aucun doute que la mort de Roldos n’était pas un accident. Elle présentait tous les signes d’un assassinat orchestré par la CIA et il était évident que l’on voulait ainsi transmettre au monde le message selon lequel l’empire global ne tolérait pas des exemples que pourraient suivre d’autres pays aimant la liberté.
L’exemple de Panama
Panama est un autre exemple de cette politique. Bien que l’importance du canal, à cause des dimensions des bateaux modernes, eût diminué et que Panama ne possédât pas de richesses minières, l’empire global ne pouvait pas tolérer que ce pays de deux millions d’habitants prenne en main son propre destin. Le président Omar Torrijos fut assassiné parce qu’il voulait diminuer l’influence de la corporatocratie et devenir ainsi un exemple pour d’autres pays comme l’Equateur et le Venezuela. Le processus démocratique initié par Roldos, Torrijos et d’autres donnait trop de pouvoir aux peuples concernés face à l’empire global. C’est pourquoi deux présidents sont morts et ce qu’ils avaient commencé a été anéanti.
Pendant trois décennies, des milliers d’hommes et de femmes ont contribué à créer la situation précaire dans laquelle se trouve l’Equateur au début du troisième millénaire. Certains avaient, tout comme Perkins, agi sciemment, mais la plupart avaient simplement mis en œuvre ce qu’on leur avait appris dans les écoles de commerce, d’ingénierie et de droit ou avaient suivi l’exemple de gens comme Perkins, qui faisaient la démonstration du système par leur propre cupidité et par les récompenses ou punitions destinées à le perpétuer. Les récompenses consistaient en rémunérations, primes, pensions et polices d’assurance; les menaces résidaient dans la pression exercée par les groupes sociaux sur les individus et dans les inquiétudes quant à l’avenir de leurs enfants, notamment à leur éducation.
Fragilité du système monétaire
soutenu par le dollar
En dernière analyse, selon Perkins, l’empire global dépend largement du fait que le dollar est la principale monnaie internationale. Ainsi les Etats-Unis prêtent de l’argent à des pays comme l’Equateur tout en sachant très bien que ces derniers ne pourront jamais le rembourser. En fait, ils ne veulent pas qu’ils paient leurs dettes, puisque c’est ce non-paiement qui leur procure une influence sur ces pays. Dans des conditions normales, les Etats-Unis risqueraient de finir par épuiser leurs propres fonds, car aucun créancier ne peut se permettre d’avoir trop de débiteurs qui ne le remboursent pas. Mais nous ne sommes pas dans des conditions normales. Les Etats-Unis émettent des billets qui ne sont pas couverts par de l’or. En fait, cette monnaie n’est couverte que par la confiance internationale dans l’économie américaine et dans la capacité des Etats-Unis à gérer les forces et les ressources de l’empire global – si nécessaire, par la force – de façon à ce qu’elles servent leurs intérêts.
Tant que le monde acceptera le dollar comme monnaie internationale, l’énorme dette publique des Etats-Unis ne posera aucun problème sérieux à la corporatocratie. Toutefois si jamais une autre monnaie venait remplacer le dollar et que certains créanciers des Etats-Unis (le Japon ou la Chine, par exemple) décidaient de réclamer leur dû, la situation changerait dramatiquement. Les Etats-Unis se trouveraient soudain dans une situation très précaire.
Perkins pense que la véritable histoire de l’empire global a d’une manière générale quelque chose à voir avec nous-mêmes. Et cela explique évidemment pourquoi nous avons autant de peine à aborder l’histoire véritable. Nous préférons croire au mythe selon lequel la société humaine, après des milliers d’années d’évolution, a finalement créé un système économique idéal plutôt que de reconnaître qu’il s’agit d’une idée fausse érigée en parole d’évangile. Nous nous sommes mis en tête que toute croissance économique bénéficiait à l’humanité et que plus cette croissance était importante, plus les bénéfices en étaient répandus. Et pour finir, nous nous sommes persuadés que le corollaire de cette idée était valable et moralement juste, c’est-à-dire que les gens qui excellent à stimuler la croissance économique doivent être félicités et récompensés, alors que ceux qui sont nés en marge de l’opulence sont disponibles pour être exploités.
Non aux théories du complot
Il serait commode de rejeter la faute sur un complot, mais nous ne le pouvons pas. L’empire global dépend de l’efficacité des grandes banques, des grands groupes et des gouvernements – de la corporatocratie – mais il n’y a pas de conspiration. La corporatocratie, c’est nous-mêmes qui en permettons l’existence et c’est pourquoi la plupart d’entre nous avons du mal à nous y opposer. Nous préférons imaginer des conspirateurs tapis dans l’ombre parce que nous travaillons presque tous pour l’une de ces banques, de ces sociétés ou l’un de ces gouvernements ou en dépendons pour les biens et services qu’ils produisent et commercialisent. Comment mordre la main qui nous nourrit?
Perkins compare la situation actuelle à celle des colons américains qui, contre la théorie du mercantilisme, se sont décidés pour l’indépendance et se sont opposés à l’Empire britannique. On les avait pourtant convaincus qu’il valait mieux pour tout le monde que l’ensemble des ressources soient acheminées vers le roi d’Angleterre. Ils ont finalement compris que ce système ne faisait qu’enrichir les riches au détriment des pauvres. Pour une humanité qui va sur la Lune, qui a démantelé le système soviétique, qui vend des produits tels que Nike, McDonald’s ou Coca-Cola aux pauvres du monde entier comme autant de symboles du progrès et qui est capable de créer dans le monde entier des infrastructures pour ces entreprises, il ne devrait pas être difficile de résoudre les problèmes qui se présentent. Ce ne sont pas les réseaux internationaux de communication et de distribution qui manquent. Ce qu’il nous faut, c’est une révolution de l’éducation qui nous amène, nous et nos enfants, à penser de manière indépendante, à mettre en question les explications toutes faites et à oser sortir des chemins battus de la pensée et de l’action pour nous mettre ensemble et créer des alternatives au système actuel. •
(Horizons et débats, numéro 37, juin 2006)
La plupart des médias ignorent la vraie bagarre sur cette question, en attribuant l’obstruction du Brésil à son désir de faire de la Banque un simple instrument de ses propres projets d’infrastructure, ou encore de gagner des avantages commerciaux. « Ce n’est pas comme cela que je le vois, a dit Lyndon LaRouche le 30 août. Il y a de puissants intérêts financiers internationaux qui influent sur la politique brésilienne (...) Ce sont eux, et ce n’est pas nouveau, qui mettent les bâtons dans les roues. Ce sont des banques britanniques, avec leurs alliés espagnols comme Santander et BBVA, qui agissent pour le compte de l’Empire britannique. »
Certains dans le gouvernement brésilien, a fait remarquer LaRouche, « veulent que la Banque avance », mais ils ont en face d’eux le contrôle politique exercé par les banquiers internationaux. Le problème, dit-il, « ce sont les intérêts des banques proches des Anglais, comme les pirates dans les Iles Caïman ».
Prenons le cas de l’ancien directeur des relations humaines de la Banco de Santander au Brésil, Miguel Jorge, qui a été nommé ministre du Développement, de l’Industrie et du Commerce extérieur en mars dernier. Si Santander et la Royal Bank of Scotland réussissent à acquérir la banque néerlandaise ABN Amro, Santander en profitera largement. En effet, la troisième banque privée du Brésil, Banco Real appartient à ABN Amro.
Pourquoi l’intérêt des transnationales de PGM ? D’abord, parce que ce sont pratiquement les mêmes qui contrôlent la majorité de la vente de toutes les semences commerciales. Actuellement, toutes les semences génétiquement modifiées qui se plantent commercialement dans le monde sont contrôlées par Monsanto (à presque 90%), Syngenta, Dupont, Bayer, Dow et BASF. En même temps, les trois premières, à savoir Monsanto, Syngenta et Dupont, représentent 44% de la vente de semences brevetées dans le monde. Si elles parviennent à consolider de nouvelles niches de vente qui "nécessitent" ses semences brevetées, elles augmenteront leurs profits et leur contrôle sur les semences-clé de toute la chaîne alimentaire humaine et animale – en débarquant dans un autre secteur clef : les combustibles.
Toutes les transnationales qui contrôlent les PGM ont fait des investissements en recherche et développement sur les combustibles agro-industriels. La majorité sur des cultures transgéniques avec un contenu principalement oléagineux, mais aussi sur des enzymes et bactéries transgéniques, qui seraient incorporés aux cultures ou aux arbres, pour accélérer le traitement post-récolte.
Ces transnationales gagnent déjà beaucoup avec l’expansion des agrocombustibles, par exemple avec l’augmentation dévastatrice de la zone de soja génétiquement modifié dans le Cône Sud et dans tout le Brésil, et avec l’augmentation du maïs transgénique aux USA. Sous le couvert des agrocombustibles ou dans certains cas en combinant fourrage et combustibles, elles espèrent introduire sur le marché de nouvelles semences manipulées génétiquement. Des semences qui, bien sûr, ne pourront pas obtenir l’approbation des agences régulatrices si elles sont pour l’alimentation humaine, introduisant ainsi de nouveaux risques avec la contamination de cultures et de grains utilisés pour la consommation humaine.
Mais surtout, cette poignée de transnationales qui dominent le marché global des semences, vise à s’emparer de plus de portions du marché déjà existant, en même temps que s’étendre chez les petits agriculteurs qui actuellement utilisent peu ou pas de semences commerciales, mais qui avec l’appât de contrats pour semer des agrocombustibles, commenceraient à le faire.


Renessen (Monsanto + Cargil) propose une variété de « soja à haute valeur » baptisé Mavera qui, dit la publicité destinée aux agriculteurs argentins, « produit plus
de dollars à l’hectare »…
Tout cela donne lieu à de nouvelles et puissantes alliances d’entreprises. Par exemple, Monsanto et Dow viennent de signer un accord pour créer des semences transgéniques de maïs qui combineraient dans la même plante la résistance à huit herbicides et en plus seraient insecticides. Cela reflète en partie leur reconnaissance que les semences transgéniques génèrent la résistance aux herbicides et que par conséquent il faut en utiliser toujours plus. Et s’ils ne sont pas pour l’alimentation humaine, on pourra faire des herbicides plus toxiques et en plus grande quantité. Monsanto s’est aussi allié avec BASF, avec un investissement de 1.500 millions de dollars, pour créer de nouvelles variétés génétiquement modifiées de maïs, de soja, de coton et de colza. Avec Cargill, il a créé l’entreprise Renessen, destinée au maïs et au soja transgénique pour les agrocombustibles et le fourrage. Pour Monsanto cela signifie en outre, avancer dans son monopole, en cherchant à écarter ses concurrents les plus proches, Syngenta et DuPont, du marché des agrocombustibles.
Troy Hobbs, manager de la Bunge/Dupont Biotech Alliance (à g.) et Jason Klootwyk, Bunge, son adjoint commercial (à dr.) posant devant le logo du produit lancé par les deux entreprises : Treus, une huile combustible de soja auparavant commercialisée sous le nom de Nutrium.
De son côté DuPont a créé avec Bunge (un des plus grands céréaliers du monde) la compagnie Treus destinée à des hybrides de maïs et de soja pour agrocombustibles et a aussi passé une alliance avec British Petroleum (BP) pour produire de l’éthanol de blé et du biobutanol. Syngenta a signé un accord de collaboration de 10 ans avec Diversa Corporation (biopirate de micro-organismes du monde entier) pour développer des enzymes transgéniques pour produire de l’éthanol, ou être incorporées directement dans les semences ou dans le traitement. Syngenta travaille avec des producteurs de canne à sucre au Brésil dans ce sens, et est le premier des géants du transgénique qui a sollicité l’approbation des USA pour un maïs avec une enzyme spécialement conçue pour les agrocombustibles.
Le pas suivant dans cette escalade qui met en danger les biens communs de l’humanité et de la planète, à des fins de gains privés, est la biologie synthétique, qui entend créer des êtres vivants construits à partir de rien. Par exemple, Synthetics Genomics, la compagnie qu’a créé le controversé généticien Craig Venter, travaille à la création d’organismes vivants totalement artificiels pour produire de l’énergie.
À côté des plans de transnationales et de scientifiques au service du gain sans scrupules, croit aussi la conscience et la résistance à l’échelle globale. Pour tout ce qui est en jeu c’est, sans doute, une dure bataille.

L’entreprise suisse Syngenta produit notamment un herbicide non-sélectif hautement toxique, le paraquat, commercialisé dans plus 100 pays sous le nom de
Gramoxone®. Il est employé copieusement non seulement dans les grandes plantations de bananes, de cacao, de café, de coton, d'huile de palme, d'ananas, de caoutchouc et de sucre
de canne, mais aussi dans les champs des petits paysans. Les travailleurs et paysans qui sont en contact régulier avec le paraquat font face à de graves problèmes de santé. La haute
toxicité du paraquat, contre lequel il n’existe aucun antidote, cause régulièrement des décès. La Déclaration de Berne a lancé en octobre 2006 une campagne «Halte au
paraquat!». Lire ici
Source : La
Jornada
Article original publié le 15 septembre 2007
Sur l’auteur:www.tlaxcala.esp.asp
Illustrations et légendes de Tlaxcala
Gérard Jugant et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la
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