Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Traumatisme, par Oscar Germain

Publié par Elsie HAAS sur 13 Février 2010, 10:40am

Catégories : #O.GERMAIN chronique


« Tirons notre courage de notre
désespoir même. »
Sénèque

Chers amis, j’imagine que je ne serai pas le seul à me retrouver dans cette situation, ayant eu la vie sauve grâce à un coup de chance, ou si vous le préférez, grâce à un miracle,car c’en est un, je me rends compte que cela me rend tributairede la société. Ce jour-là, un imprévu, un rendez-vous manqué, une indécision ou une décision, un choix ou un non-choix,une seconde de plus ou de moins, ont pu marquer la différence entre mourir sous les décombres ou se retrouver parmi les survivants. Les coïncidences, la chance ou la bonne chance, selon la façon de voir, le destin, voilà des façons différentes d’exprimer le fait que beaucoup d’entre nous soyons encore vivants, après ce 12 janvier 2010. Nous, les rescapés du 12 janvier, les survivants, nous n’avons aucun mérite personnel.
Nous n’avons rien fait pour le mériter. J’en souffre encore presqu’un mois après. Le poids de la responsabilité d’avoir à participer à la reconstruction de ce « pays déchu » peut rendre fou. Nos dirigeants ! Je les plains les pauvres. Je n’ose même pas les critiquer. Tel pays veut reconstruire le Palais Présidentiel. Tel autre le Palais des Ministères, ou une « Cité Administrative ». Encore un autre l’aéroport. Et ainsi de suite.
Nous, Haïtiens du dedans, Haïtiens du dehors, Haïtiens de toujours, qu’avons-nous dit ? Quels sont nos plans ? Que voulons-nous ? Que voulons-nous éviter ? Avons-nous demandé pardon au monde entier d’avoir abandonné notre pays au point de ne pouvoir avancer qu’avec l’aide de la Communauté Internationale nous servant de béquilles.
Maintenant c’est le brancard qu’il nous faut. Cette Communauté Internationale à laquelle on ne pourra plus rien reprocher, ni même la regarder dans les yeux, voudra-t-elle s’impliquer à nouveau si, dans le futur, nous n’agissons pas de façon honnête, face à nous-mêmes, face à nos compatriotes ? Nos dirigeants, sauront-ils enfin se placer à la hauteur de leur tâche ? Sauront-ils être honnêtes ? Envers euxmêmes?
Envers leur PATRIE ?
Enfin chères amies lectrices, chers amis lecteurs, ne nous éloignons pas trop de l’objet des chroniques de cette
semaine. Je voulais parler de traumatisme, de ces troubles psychiques et physiques qui se produisent dans l’organisme suite à un choc violent. Je voulais en parler car le séisme du 12 janvier a supposé un choc émotionnel énorme et, ses conséquences, sur la vie de ceux qui comme moi avons vécu ce moment, de ceux qui comme moi avons survécu à ce moment terrible, sont encore imprévisibles. Un ami psychologue essayait de me décrire les symptômes que peuvent expérimenter les individus qui avons vécu des moments de choc émotionnel intense. La victime d’un traumatisme, me disait-il, peut éprouver les symptômes suivants par exemple:- Insomnie (Je dirais de préférence soit insomnie soit sommeil agité).
- État d’excitation, d’agressivité, d’impatience,d’angoisse, de méfiance.
- Souvenirs obsédants sous forme de flash-back des événements durant la journée et se produisant des cauchemars durant la nuit (Là, j’ai du lui expliquer que le grondement de la terre accompagnant le tremblement de terre continue à m’obséder jusqu’à présent. Les espaces réduits, trop fermés, me causent une certaine sensation d’angoisse).
- Une sensation de mal-être sans aucune cause déterminée. pour essayer d’oublier les événements).
Il sera encore plus difficile de reconstruire, les vies détruites, les villes détruites. Des centaines de milliers d’Haïtiens ont perdu, tout ce qu’ils avaient. Des centaines de milliers d’Haïtiens ne sont plus ce qu’il étaient. Des centaines de milliers d’Haïtiens ne seront plus jamais ce qu’ils étaient avant.
Enfin, on arrive à trouver parfois des « cerveaux malades », comme on en a toujours eu dans ce pays (et dans tous les autres), qui arrivent à croire que le tremblement de terre a supposé une publicité gratuite pour Haïti et que le grand responsable sont les pratiques cultuelles non chrétiennes qui attirent la malédiction sur le pays (voir déclaration d’un Consul haïtien au Brésil).
Enfin chers amis, le séisme du 12 janvier aura donc donné naissance à une nouvelle génération meurtrie dans le
désespoir. À vie. Et nous, ceux qui comme moi, se situent dans la tranche d’âges allant de 50 à 55 ans, ou même mieux, de 45 à 65 ans, nous constituons cette « Génération Traumatisée » pour ne pas dire « Maudite » qui aura vécu la dictature, qui passera devant l’histoire comme étant coupable d’avoir submergé le pays dans une zone d’ombres la plus effrayante de son histoire de Nation, et qui aura vécu la dégradation la plus complète du pays avec cette tragédie du 12 janvier.
Définitivement, nous n’aurons jamais la chance de voir une Haïti rayonnante. Sauf, peut-être si nous arrivons à tirer suffisamment de courage de notre désespoir et si l’on se met à travailler à la reconstruction du pays, coude à coude (et non à coups de coudes), comme si c’était le seul objectif de notre existence.
Oscar Germain
germanor2005@yahoo.fr
Février 2010
Mercredi 10 Février 2010
Haïti en Marche • Vol XXIV • N° 03

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents