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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Tout Haïti.Michel Soukar: BILAN DE L'ANNÉE 2012, les «E» sont vides

Publié par siel sur 21 Décembre 2012, 12:49pm

Catégories : #AYITI ACTUALITES

L'année 2012 est marquée par une série de scandales, de conflits, de crises, de désastres aussi bien humains que naturels.

I. PLAN POLITIQUE

Conquis au nom du changement et basé sur un programme axe sur 5 «E» : Education, Emploi, Environnement, État de Droit et Énergie, le Pouvoir Exécutif s'est enlisé dans une série d'affaires, de conflits, de scandales et de crises à répétition, entrainant dans son sillage les deux (2) autres Pouvoirs de l'Etat : le Législatif et le Judiciaire .

A. POUVOIR EXECUIF

Depuis l'adoption de la Constitution du 29 mars 1987, le Peuple haïtien soupire après un changement qui tarde à se concrétiser.
Pour la Vérité et pour l'Histoire, c'est l'homme d'affaires Daniel Gérard Rouzier qui, désigné Premier Ministre par le Président Joseph Michel Martelly, avait synthétisé et résumé le programme du Gouvernement en 4 «E», auxquels est venu se greffer un cinquième. Dans ses interventions publiques, il avait clairement indiqué qu'il allait s'inspirer des recommandations du rapport de la Commission sur la Compétitivité, formée sous le Gouvernement de René Préval, pour étoffer son programme de Gouvernement. Mais on connait le sort réservé au choix de Monsieur Rouzier.
Parmi les quatre (4) Premiers Ministres désignés par le Président Joseph Michel Martelly, deux (2) ont bénéficié des faveurs du Parlement. Il s'agit de Garry Conille et de Laurent Salvador Lamothe. Durant les quatre (4) mois passés comme Chef de Gouvernement, Monsieur Conille n'a pas eu le temps de doter les 5 «E» d'un contenu réel.

1. Des «E» Vides.

Contrairement au Président Préval qui avait formé des Commissions pour réfléchir sur des thèmes d'intérêt commun, le Président Martelly change de méthode. Il a opté plutôt pour l'organisation de semaines de réflexions sur ces thèmes. C'est ainsi qu'il y a eu consécutivement des semaines de réflexion sur le Tourisme, la Construction, l'Éducation, le Logement, l'investissement, etc. Mais aucun document n'est sorti de ses réflexions. Sous le Gouvernement dirigé par le Premier Ministre Lamothe, les réunions se sont accélérées. Il ne se passait une semaine sans qu'il ne fût organisé un colloque ou un séminaire dans un des hôtels de la zone métropolitaine de Port-au-Prince.

Pourtant, les «E» sont vides. Les slogans ont pris le pas sur les programmes :

a) Éducation : le problème est mal posé. La question de l'adéquation entre l'offre et la demande scolaire et celle de la qualité de l'enseignement ne sont pas abordées ;
b) Emploi : il n'existe ni politique ni programme tendant à créer des emplois et à réduire le chômage dans le pays ;
c) Environnement : encore absence de politique et de programme destinés à réduire la vulnérabilité du pays dans ce domaine ;
d) État de Droit : la primauté du droit et l'égalité de tous devant la Loi sont des vœux pieux ;
e) Énergie : c'est la confusion. Personne ne sait qui du nouveau Ministre délégué a l'Energie, qui de l'ED'H est chargé de la définition de la politique dans ce domaine crucial.

C'est plutôt la propagande politique qui occupe l'espace médiatique. Cette propagande s'articule autour de slogans creux comme «Ti Manman Chérie, Aba Grangou, Katie Pam Poze, Banm Limie Banm Lavi, Ede pep, etc. » Les Conseils de Gouvernement et des Ministres sont retransmis en direct à la radio et à la télévision. La Télévision Nationale cesse d'être «la Chaine du Service Public». Elle est devenue depuis sa fusion avec la Radio Nationale et le changement à la tête de sa Direction Générale, «tantôt «la vue et l'image du changement», tantôt le son et la vue de la Nation.» D'autres stations de Télévision privées lui ont même emboité le pas. Serait-on revenu au temps des «Affaires publiques» sous Duvalier ?

2. Affaires, Scandales, et Conflits

L'année 2012 débute sur un conflit latent entre les Pouvoirs Législatif et Exécutif. La rentrée Parlementaire du deuxième lundi de janvier 2012 s'annonçait chaude. Avant son ajournement, la Chambre des Députés avait promis de se prononcer sur le cas de l'arrestation du Député Anel Belizaire. Rien n'en fit! Les quatre cent millions de gourdes, débloqués à l'occasion des fêtes de fin d'année, ont eu raison de l'affaire Belizaire.

C'est plutôt le Sénateur du Nord, Moise Jean-Charles, qui passait à l'action en remettant en question la nationalité du Président de la République et de certains Ministres et Secrétaires d'Etat du Gouvernement Martelly-Conille. D'entrée de jeu, le Senat avait décidé de former une commission d'enquête sur la question. Cette commission avait axé son travail sur l'analyse des documents de voyage de tous les membres du Pouvoir Exécutif. Cette question de nationalité a créé beaucoup de tension et de confusion au sein du Pouvoir Exécutif. Le Président de la République et certains Ministres étaient contre la soumission des documents de voyage à la Commission Sénatoriale d'enquête. Mais, le Premier Ministre Conille était pour. Jusqu'à présent, on attend le rapport de la Commission Sénatoriale.

D'autres conflits interpersonnels s'accentuaient au sein du Pouvoir Exécutif. Le Premier Ministre Garry Conille affichait ouvertement des différences de vue très marquées avec le Président de la République sur des points comme l'arrestation du Député Belizaire, la double nationalité et la publication de la Constitution de 1987 amendée.

M. Conille a rendu visite au Député Belizaire au Pénitencier National le soir de son arrestation. Il était pour la communication des passeports des Membres de son Gouvernement à la Commission d'Enquête Sénatoriale et pour la publication de la version amendée de la Constitution de 1987.

Le conflit entre le Président et son Premier Ministre avait laissé le stade de ragots pour se manifester en plein jour. Un incident très grave s'était produit. Le Président de la République débarque en pleine soirée à la Résidence officielle du Premier Ministre à Musseau, au moment ou celui-ci offrait un diner en l'honneur de certains Parlementaires, question peut-être de soigner sa base. La Presse a fait état d'échanges de propos disgracieux entre le Président de la République et certains Parlementaires présents ou absents.

Selon les analystes politiques, le conflit entre le Président de la République et le Premier Ministre Conille avaient atteint un point de non retour. Ce point de vue était corroboré par l'absence remarquée du Premier Ministre aux festivités commémoratives du Carnaval national, organisé aux Cayes. L'annonce de la démission du Premier Ministre Garry Conille et son acceptation par le Président de la République ne s'étaient pas fait attendre.

La Presse locale se faisait déjà l'écho des noms de candidats au poste de Premier Ministre. C'était ceux de Messieurs Laurent Lamothe, Thierry Mayard-Paul et de Madame Anne-Valérie Timothée Milford. Apres les consultations d'usage avec les Présidents des deux branches du Parlement, Monsieur Laurent Salvador Lamothe, Ministre des Affaires Etrangères du Gouvernement Martelly-Conille, était désigné par le Président de la République pour remplacer le Premier Ministre Garry Conille, démissionnaire.

Mais une question fusait de toutes parts : Monsieur Lamothe remplissait-il les conditions requises à l'Article 157 de la Constitution de 1987 pour être nommé Premier Ministre ? De sérieux doutes subsistaient sur sa nationalité haïtienne, sa résidence dans le pays au cours de cinq (5) années consécutives. Seule la condition relative à l'âge était remplie.

Mais, la question était posée différemment au sein du Pouvoir Législatif. L'approbation du choix de M. Lamothe était assujettie à quatre (4) conditions : la soumission des documents de voyage du Président de la République à la Commission Sénatoriale, la publication de la version amendée et corrigée de la Constitution de 1987, la participation directe au Gouvernement et l'octroi de postes aux proches des Sénateurs et des Députés.

La question de la nationalité du Président de la République était réglée. Au cours d'une cérémonie, réunissant au Palais National des Membres du Cabinet Ministériel et des Représentants du Corps Diplomatique et de Religion pour la Paix, le Président Martelly, accompagnée de sa femme, étalait ses passeports haïtiens sur une table devant les cameras de la presse et sous les regards des journalistes présents.

Le clou de la cérémonie était le témoignage de l'Ambassadeur des Etats-Unis d'Amérique du Nord, disant que le Président Michel Martelly n'avait pas la nationalité américaine et qu'il est Haïtien. Puis, les Représentants de Religion pour la Paix, une organisation réunissant un Evêque de l'Eglise Catholique Romaine, un de l'Eglise Apostolique, un Pasteur de cultes réformés et un Prêtre Vodou, étaient chargés de communiquer les documents au Sénat.
La publication de la version amendée et corrigée de la Constitution de 1987 était chose acquise. Elle devait simplement attendre la ratification du choix du Premier Ministre et de sa Déclaration de Politique Générale. Aucun doute ne subsistait non plus sur la question du partage du pouvoir. De nombreux Sénateurs étaient pressentis comme Ministres. Quant à la question d'octroi de postes aux proches de Sénateurs et de Députés, elle était également réglée.

Pratiquant la diplomatie d'affaires, le Ministre des Affaires Etrangères Laurent S. Lamothe a rempli les couloirs des Représentations Diplomatiques et Consulaires à l'étranger de nouveaux fonctionnaires, proches parents et allies Sénateurs et de Députés. Ce n'est pas étonnant d'entendre que des proches parents de députés nommés dans la diplomatie s'adonnent au trafic de visas. C'est la diplomatie d'affaires!

Comme prévu, la ratification du choix du Premier Ministre Laurent Salvador Lamothe et celle de son Énoncé de Politique Générale s'étaient effectuées sans surprise par les deux (2) branches du Parlement. Au Sénat, cette ratification était facilitée par la présence et la collaboration des 10 Sénateurs dont le mandat allait arriver à expiration : Jean Hector Anacasis (ouest), Joseph Lambert (Sud-est), Nenel Cassy (Nippes), Yvon Bissereth (Sud), Michel Clerié (Grande-Anse), Youri Latortue (Artibonite), Kely C. Bastien (Nord), Evallieres Beauplan (Nord-d'Ouest), Rodolphe Joazile (Nord-d'Est) et Edmonde Supplice Beauzile (Centre).

Comme pour créer de l'Emploi, le Président Martelly et le Premier Ministre Lamothe ont formé un Cabinet Ministériel pléthorique, composé d'une trentaine de Ministres et de Secrétaires d'Etat. Par exemples, un Ministère à la Pauvreté est créé à côté du Ministère des Affaires Sociales, un Ministère à la Condition Paysanne est créé à côté du Ministère de l'Agriculture, des ressources Naturelles et du Développement Rural, le Ministère de la Défense est séparé de celui de l'Intérieur et des Collectivités Territoriales.

En plus de la duplication de postes et de fonctions, a-t-on réfléchi au poids du Gouvernement sur le Budget de la République ?

Quelques temps plus tard, un conflit de personnalité entre le Premier Ministre Lamothe et le Ministre de l'Intérieur et des Collectivités Territoriales, M. Thierry Mayard-Paul, a abouti au renvoi de ce dernier et à un replâtrage du Cabinet Ministériel. Le Premier Ministre s'attribue le Portefeuille de la Planification et de la Coopération Externe, le Ministre de la Planification passe aux Affaires Sociales. Le Ministre des Affaires Sociales devenait Ministre de l'Intérieur et des Collectivités Territoriales.

Débouté sur la question de la nationalité, le Sénateur Moise Jean-Charles contre attaquait sur l'ensemble de dossiers : la milice rose, la vie chère et la corruption. Sur la question de l'armée, il était bien servi dans ses dénonciations par la mobilisation des membres des anciennes Forces Armées d'Haïti (FAd'H) et de jeunes postulants dans certaines régions du pays, notamment à Port-au-Prince, à Saint-Marc et au Cap-Haitien.

Ces derniers déambulaient lourdement armés dans des camionnettes dans plusieurs villes du pays sans être inquiétés. Au Cap-Haitien, ils ont occupé les locaux désaffectés de l'Organisme de Développement du Nord (ODN). Ils ont même reçu la visite de l'ex-chef rebelle Guy Philippe le 18 mai. Ceux de Port-au-Prince ont une fois tenté de s'introduire au Parlement. Les réponses du Gouvernement Martelly-Lamothe paraissaient à la fois timides et contradictoires. Cependant, on apprenait un bon matin que les ex-FAd'H ainsi que les jeunes postulants avaient abandonné leurs campements. De gré ou de force ? En fin d'année, des rumeurs circulaient dans la presse sur la formation d'un groupe de pression au Cayes, dénommé « le Police ».

Le Sénateur Moise Jean-Charles abandonnait le Sénat pour prendre la tête de manifestations populaires contre la vie chère et les malversations se donnant libre cours dans l'entourage du Président Martelly. Il était rejoint dans sa croisade non seulement par d'autres Sénateurs mais aussi par deux (2) jeunes avocats du Barreau de Port-au-Prince, Mes Newton St-Juste et André Michel.

Ces derniers avaient décidé d'intenter une action en justice contre la Première Dame de la République et son Fils ainé pour usurpation de titres et détournement de fonds publics. Ils accusaient la Première Dame et son fils de gérer des fonds du Trésor pour financer des programmes sociaux sans titre ni qualité. Le Parquet près le Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince avait décidé de classer l'affaire sans suite, en application du principe de l'opportunité des poursuites.

Cependant, leur action avait porté le Gouvernement à regrouper ses prétendus programmes sociaux sous le vocable «Ede Pep». La gestion et l'exécution de «Ede Pep» sont confiées au Fonds d'Assistance Economique et Sociale (FAES). Cependant, ce n'est pas la Mission du FAES de gérer ni d'exécuter ce genre de programme. Le risque de dévoyer la mission de cette institution, créée conjointement par l'Etat haïtien et les Institutions Financières internationales, est énorme. Il en est de même de l'utilisation abusive des fonds du Programme Petro Caribe à des fins humanitaires. Autant d'éléments qui apportent de l'eau au moulin des organisations internationales reportant sur la perception de la corruption.

Sur la question de la corruption, l'environnement politique haïtien s'envenimait, suite aux révélations d'une journaliste d'investigation de la République Dominicaine du nom de Nuria Piera. Selon elle, un Sénateur-investisseur dominicain, Felix Bautista, aurait financé la campagne électorale de deux candidats finalistes aux élections présidentielles haïtiennes en mars 2011, Mr Martelly et Mme Manigat. Les réactions des prétendus bénéficiaires haïtiens étaient trop molles, pour dissiper les doutes entretenus des deux côtés de la frontière.

A la même époque, le Département d'Etat Américain publiait son Rapport annuel sur la situation des Droits Humains en Haïti. Ce Rapport dénonçait la corruption au sein des instances gouvernementales haïtiennes. D'autres rapports venaient amplifier la situation de la corruption dans le pays. Cependant, celui de Transparency International a fait état de progrès dans le classement du pays (165e sur 176 pays) par rapport a l'année passée.

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