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Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Salut, c'est dimanche

Publié par siel sur 17 Mars 2013, 11:02am

Catégories : #REFLEXIONS perso

De retour après 2 mois de pause pour cause de voyage dans le "peyi an deyo", ce qui veut dire au sein du monde rural haïtien.


De loin j'ai suivi les actualités du monde qui n'ont guère bougé dans un sens positif.


L'évènement majeur a été la mort de Chavez. Un truc dingue. On se dit : pourquoi, comment ?

Et moi, je suis triste jusqu'à aujourd'hui.


Sinon, il y a eu la a démission du pape.

Du lieu où je me trouvais, ça n'a pas fait l'actualité.


L'actualité était la sécheresse. La question de l'eau, des sous pour payer les frais scolaires, pour manger, restait primordiale.


Dans le pays où je me trouvais, on a vaguement entendu parler du carnaval qui s'est déroulé au Cap Haïtien, des histoires du Conseil électoral permanent, des frasques du nouveau régime d'extrême droite, de leurs per diem, de leurs rencontres internationales, de Martelly et de la Caricom, de Clinton et de ses investisseurs, de Sean Penn et des millions qui lui ont été alloués par le FMI, de l'hopital de Mirebalais et de Paul Farmer rallié aux Clinton, d'Arnel Bélizaire et de ses coups de gueule,  des festivals  et expositions organisés par la Fokal de Soros,  de l'école Martelly gratuite pour tous, etc.


Dans le lieu où j'étais, la préoccupation principale, comme dit plus haut, était de trouver l'argent pour acheter les semences de pois (haricots), pour payer les escouades -à savoir les travailleurs qui vont labourer votre champ- pour leur donner à boire du café et du pain à manger, pour donner à manger à la famille.

 

Dans le lieu où j'étais, un environnement de toute beauté, il n'y a ni eau potable, ni sanitaires, ni électricité, ni routes carrossables, ni TV, ni radio. Les écoles font semblant d'être des écoles et les parents dépensent une fortune- relativement à leurs revenus- pour payer uniformes, frais scolaires et matériels.

 

Ils n'ont pas la moindre idée de ce qui se passe chez les Martelly, pas plus que quand il s'agissait des Duvalier. C'est un monde très éloigné qui ne fait pas partie du leur.


Le leur, se résume à une survie au quotidien, à l'espoir de trouver un moyen, une combine quelconque pour fuir leur village, aller à la ville, quitter le pays.


Oui. Ils ne pensent qu'à ça : quitter le pays. Fuir pour échapper à la misère, au pareil au même, aux jours qui passent et se ressemblent,  au désespoir, à l'exploitation et à la mort.


Cependant, ils aiment leurs mornes, leur voisinage, leurs bêtes et leurs jardins.


Ils ne feraient pas de mal à une mouche. Il n'y a pas de grilles aux portes et fenêtres des maisons.


Cependant, ils se querellent, battent parfois leurs femmes et enfants, envoient leurs enfants comme restavek à la ville et dans certains cas abusent sexuellement d'eux.


C'est que du plus loin que le regard se porte, il n'y a rien d'autre pour soulager la misère, que l'attente de la pluie- viendra t-elle ou pas cette nuit ?- ou celle d'une éventuelle ONG avec ses sacs de riz Miyami,  des pasteurs et des curés avec leurs  kits alimentaires.


Pourtant, ils tentent de s'organiser. Ils crèent des associations pour essayer de trouver ensemble le chemin qui les conduira vers un soupçon de mieux être.

 

Ils sont seuls.


Pour la pluspart, ils ne savent ni lire, ni écrire. Ils sont loin, très loin des parlementaires, des ministres et de la bande à Martelly.


Certains portent au bras un bracelet rose, acheté fort cher. Qui sait , pensent-t'ils, peut être que le port de ce bracelet va leur donner la chance- un peu comme à la borlette, la loterie. On ne sait jamais.


Comme du temps des macoutes et de l'uniforme en gros bleu, le port du bracelet rose pourrait  octroyer quelques avantages, pensent-ils.


Dans l'avion qui me ramenait à Paris, j'ai vu une femme qui portait plusieurs de ces bracelets roses au poignet, sur lesquels sont inscrits: Martelly Tèt Kale. Une femme au teint clair,  laide, grosse, avec un derrière surdimensionné, des ongles peints en rouge, un sac à main de couleur verte débordant plein à craquer de n'importe quoi, des bottes noires aux talons de 10cm. Cette femme, qui ressemblait à un caricature du pouvoir Tèt Kale s'est endormie et son ronflement  de repus a résonné dans l'avion.


La rencontre avec cette "grimelle", terme haïtien pour qualifier une femme au teint clair et au phénotype négroïde, sa vulgarité affichée,  après 2 mois passés dans le "peyi en deyo", dans le monde rural,  au moment même où je rentrais à Paris, a mis en évidence, clair comme de l'eau de source, la rupture entre le monde immonde des Tèt Kale, héritiers du duvaliérisme et la culture du monde rural haïtien qui, faute de nourriture, d'eau, s'assèche comme les mornes et ne pense plus qu'à se prostituer, à l'image de la  grosse "grimelle", pour survivre.

 

 

 

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ANJELA 22/03/2013 09:05


mylmyl@voila.fr

ANJELA 21/03/2013 08:17


SIEL comment peux-tu me demander mon Emèl ? Comment fais-tu pour me répondre? puisqu'il est obligatoire pour le commentaire. Tu m'inquiètes ma chérie...


Bien sûr tu as aussi oublié notre première rencontre avec Femmes en Devenir!


Lorsque toi et la guyanaise qui travaille chez les "Pères Dominicains" m'avez raccompagnée au bus 27 qui allait à Saint-Lazare avec notre geste d'adieu de la main droite en restant figée à
regarder le car s'en aller avec moi! (°-°).


La mort et disparition de ma soeur, de tout ce qu'elle était et de tout ce qu'elle avait.


Avec tout ce que tu as fait ça reste du javanais pour toi.


Notre dernière rencontre Place de l'Hôtel de Ville de Paris avec la manif de la Papha à ton retour de tournage avec l'équipe médicale...


Tu vois il faut plus de 2 AVC + les persécutions et mauvais traitements péyi pour venir à bout de ma mémoire qui refait des bourgeons.


Tu es LA SEULE avec qui je suis encore en contact sans télé et sans radio grâce à tes newsletters.


Donne-moi ton mèl pour que je t'envoie l'adresse postale où tu m'enverras le DVD de la "soup jomou du 1er janvier 1804" que tu m'as promis depuis la projection à l'HDV de Paris. Je suis partie en
urgence, mais le drapeau d'AYITI était déjà dans la valise perchée sur l'armoire de ma chambre que l'avocate ayitienne du Comité d'urgence est venue descendre pour moi, à vélo, sous la neige. Ca
en fait des couleurs dans le film!!! Déprimée elle est partie en Côte d'Ivoire...


J'ai écrit hier à Elliott et à Joyshanti..


Je suis restée pétrifiée toute la journée pour les funérailles de Mamie la PREMIERE PERSONNE QUI CROYAIT EN MOI DEPUIS 1993... la deuxième personne qui avait fait de moi son héritier est dcd le
22 septembre 2012 et je suis là...


(Désormais SEULE AU MONDE).


Un commentaire a écrit "envie de pleurer...). Nous nous n'avons plus de larmes... et pourtant... je dépends toujours de mon déambulateur dans un pays de 400.000 habitants et 535.000 voitures EN
CIRCULATION, SANS TROTTOIR POUR CELLES ET CEUX QUI HELAS N'ONT PAS ENCORE COMPRIS QUE TOUT LE MONDE DOIT AVOIR AU MOINS UNE VOITURE.


Tu vois, je suis intarissable car il faut bien parler à un mortel vivant à la fin de la journée, de la semaine, du mois ou de l'année. Vive internet!


Il est 3 heures je dois me reposer. Je t'embrasse fort! Fòs!

siel 21/03/2013 15:19



Mais non, ne t'inquiètes pas pour mon cerveau.


Le mèl perso des commentateurs n' n'apparaît tout bonnement pas sur le blog.


A la suite du commentaire, existe une commande "répondre au commentaire"


Voici ce qu'il en est.


Kenbe fèm.



Marie B 20/03/2013 17:56


envie de pleurer...

ANJELA 19/03/2013 09:04


Bonjour Elsie,


 


Ca y est, la raison de ton absence "inquiétante pour moi" est annoncée, avec brio.


Ton texte est magnifique à pleurer de désolation. Je vais le diffuser. Tu devrais en faire un écrit. Pas besoin d'historien absent ni de sociologue aveugle et en retard. La réalité est crue,
sans fard, hormis celui de la grimelle comme tu dis. Tu n'as même pas parlé de son parfum, ses dents en or et ses lentilles...


Triste monde.


Mais ça se trouve aussi chez moi. Pas plus tard que vendredi 15 on m'a proposé pour m'aider jeune femme de 40 ans, abusée par sa mère et sa famille qui l'assomment de tous les travaux :
lessives, ménage, repas, poissons à nettoyer, faire frire, courses. Elle a un enfant. Elle ne sait ni lire ni écrire ni compter. Elle n'est jamais allée à l'école, jamais. Elle est la Cosette de
la famille Ténardier, elle vit nu pieds,  cela devant le TCSP en plein Fort-de-France. J'en suis encore abasourdie.


Mais la mort du Président Hugo CHAVEZ est encore plus renversante...+ d'autres décès plus proches en brochettes. Man las menm!!!


Bien que n'ayant ni le temps (il est 3h20), ni la force la force de lire les mèls, Ta pensée m'a interrogée jusqu'à hier soir sans pouvoir agir. D'autres soucis me dévorent.


Je suis contente que tu sois de retour (pour retrouver le FROID) et nous parler de la réalité VECUE, CRUE et NUE de la réalité humaine face à la démokrasi occidentale.


Les mots manquent, mais ton texte en dit long et résonne. Merci d'avoir pu restituer cela.


Comme personne n'a de recette, continue de faire ce que tu sais et dois faire, c'est important pour vivre âgé en bon état mental.


J'ai envoyé ce soir un mèl à Elliott à propos d'un spam sur Paul B. C'est la 1ère fois. Et Joyshanti chante à la Mairie du 19è autre info reçue hier après 28 mois de silence.


Ayiti pa mò i ka dòmi toujou. An jou i ké lévé. (péyi an dèwò).


Fòs, kouraj épi lafwa zyé gran rouvè.


Anbelbo, a anlòt soley. Jou ké wouvè


P.S. J'ai appris ce soir le décès de la Fondatrice de l'Association MIMOSA et du Centre MIMOSA AUX COEURS TENDRES à Léògane, Mamie Madame Rolande GROS 92 ans toujours active, une pionnière
guadeloupéenne pour les enfants d'Ayiti.


Funérailles mercredi 20 mars à 15h Temple Adventiste de Capesterre Belle Eau.


Voici son message :


‘‘L’’Amour ne se mesure pas, il se donne et le sourire d’’un enfant en est la récompense……’’


 


 


Courriel : edmond.mimosa@orange.fr


 


 


fòs


 


 


 

siel 19/03/2013 14:27



Bonjour Anjela,


Merci pour t'être inquiétée de mon soudain silence. C'était que j'étais à l'écoute des voix, du soleil, du vent, de la pluie, des rires, silences et chuchotements du " pays en dehors". Dans
l'ensemble peu de cris. Une mémoire vivante et silencieuse. Violence contenue, colère maîtrisée. Non pas forcément comme le veut le stéréotpe grâce ou à cause du travail des églises, mais par
dignité et refus de s'engager sur un terrain qui conduit à la destruction de soi-même, de sa propre idendité.


Les gens de la campagne font un effort désespéré pour ne pas entrer dans le système mortifère des dominants. C'est -à-dire qu'ils s'opposent au mimétisme et à l'aliénation. On appelle ça
marronage. On dit que c'est un phénomène à la base du sous-développement.


Mais, vois-tu, c'est un peu comme le silence des agneaux, c'est l'unique stratégie trouvée par ce monde du dehors pour s'insurger contre le modèle de dévelopement qui leur est proposé. Les
marrons fuyaient le système esclavagiste. Le monde du dehors fuit la République de Port-au-Prince. 
Dans le rapport de force qui n'est pas en sa faveur, il n'a ni les ressources humaines, ni les moyens économiques pour proposer une autre manière de voir le monde plus en harmonie avec leur
environnement, leur espace/temps. 


Si j'avais eu ton email perso, je t'aurais fait suivre les chroniques, façon récit de voyage que j'ai écrites pendant mon temps là-bas.


J'espère que ta santé s'améliore.


Meilleures pensées


Elsie


 



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