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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Restavek.ITW de Jean-Robert Cadet. Illustrée par Haitienhonèt1

Publié par siel sur 8 Juillet 2012, 11:01am

Catégories : #AYITI ACTUALITES

NTERVIEW

 

« Il y aurait entre 300 000 à 400 000 Restavek en Haïti »

 

 

Propos recueillis par Hervé Brivalfranceantilles.fr05.07.2012

 

 

 

Jean-Robert Cadet, est l'auteur du livre « Restavek » publié par les éditions Jasor en Guadeloupe. Avec sa fondation (jeanrcadet.org) il sensibilise le monde entier sur le sort des enfants qui sont encore réduits en esclavage en Haïti. Il a été victime de cette pratique jusqu'à l'âge 17 ans. Aujourd'hui il raconte. 

 

En premier lieu, pouvez-vous nous rappeler en quoi consiste la pratique des « Restavek » qui fait débat en Haïti, mais qui est très méconnue chez nous ?

 

Un enfant Restavek (reste avec), c'est un enfant donné par ses parents biologiques à une famille d'accueil. Cela se passe généralement à Port-au-Prince et surtout dans les grandes villes du pays, dans l'espoir que l'enfant ait une vie meilleure. Mais dès que l'enfant est placé dans la famille, il est traité comme un esclave. Cela veut dire qu'il n'est pas rémunéré, quelques fois il n'est pas scolarisé et surtout ce sont des enfants assez pauvres qui n'ont même pas d'actes de naissance. Les familles d'accueil disent quelques fois qu'elles ne peuvent pas envoyer l'enfant à l'école parce qu'il n'y a pas d'acte de naissance. La plupart des écoles en Haïti n'acceptent pas les enfants qui n'ont pas d'actes de naissance.
L'enfant est battu, violé, maltraité, il devient l'esclave de la maison. Le travail le plus dur pour l'enfant est de récupérer de l'eau, parce qu’en Haïti il n'y a pas l'eau courante dans la plupart des maisons. Toute la famille d'accueil dépend de cet enfant, pour aller chercher de l'eau, pour balayer la cour, pour aller au marché et pour toutes les tâches ménagères...

 


Vous êtes un ancien Restavek. C'est en quelque sorte le combat de toute une vie… combien de jeunes garçons et de jeunes filles sont considérés comme des Restavek en Haïti ?

 

 

 

 

D'après les grandes organisations comme l'UNICEF, il y aurait entre 300 000 à 400 000 Restavek en Haïti.
J'ai passé toute mon enfance dans une famille d'accueil depuis l'âge de 4 ans. De l'âge de 6 ans jusqu’à 16 ans, j'ai passé mes journées à aller chercher de l'eau dans des seaux qui pesaient 20 kilos. On peut faire jusqu'à 15 voyages par jour pour avoir de l'eau.

 

 

 

Comment avez-vous pu échapper à cette situation ?

 



 

Mon père ne voulait pas me reconnaître comme son fils, parce que ma mère était sa bonne. Au décès de ma mère, j'ai été donné à une famille d'accueil en Haïti. C'est donc comme cela que je suis devenu Restavek. Quand j'avais 16 ans la famille d'accueil est partie pour New York. J'ai pu les rejoindre un an plus tard avec de faux papiers. Je lavais la voiture, je balayais la cour, j'effectuais toutes les tâches domestiques comme en Haïti. Et puis un ami de la famille a jugé que ma situation était intolérable et a alerté ces personnes sur les risques qu'ils encouraient à me maintenir dans cette situation. Ils m'ont inscrit à l'école et quelques mois plus tard j'ai été mis à la porte.

 

Une période de votre vie très douloureuse… Quel est le fait marquant que vous gardez en mémoire ?

 

 

 

 

J'ai eu beaucoup de moments difficiles dans mon enfance, par exemple quand la servante de la voisine était absente, ma famille d'accueil me prêtait pour la journée. Je pouvais entendre : « Prête-moi le petit garçon pour accompagner mon fils à l'école ». Quand je terminais les tâches domestiques de la voisine, elle me disait de remercier la « patronne » de sa part. C'était quelque chose de très bouleversant et très humiliant pour moi.
 

 

 

 

 

 

À lumière de votre combat, pouvons-nous dire que c'est une pratique qui perdure ?

 

Oui, c'est un système qui se perpétue en Haïti depuis l'indépendance en 1804. Et cela continue jusqu'à présent. Si vous avez un enfant, c'est un Restavek qui l'emmène à l'école. Et quelques fois le Restavek porte l'enfant sur son dos pour l'amener à l'école. Une fois plus grand, il a besoin de quelqu'un pour amener son enfant à l'école alors c'est comme cela que ce système se perpétue.

 

 

 

Que fait le gouvernement haïtien pour mettre fin à cette situation ?

 

Il y a des lois en Haïti pour que ça s'arrête, mais elles ne sont pas respectées. Si quelqu'un a un Restavek et que la personne n’envoie pas l'enfant à l'école, la police ne dit rien. En fait, rien n'est fait pour mettre un terme à cette situation. Par exemple, il y a une loi qui dit que personne n'a le droit de prendre un enfant de moins de 12 ans comme serviteur. La plupart des enfants Restavek n'ont pas d'acte de naissance alors c'est très difficile à vérifier. Il faut aujourd'hui conscientiser les enfants qui sont amenés à l'école. Par exemple ma fondation vient de créer une chanson qui est très forte. Le clip est distribué dans toutes les écoles de Port-au-Prince. On a déjà les premières retombées car tout le monde en parle maintenant. Je participe à plusieurs émissions à la radio ou encore à la télévision. Et je parle surtout de mon enfance en Haïti et les gens sont très touchés.

Quand la servante de la voisine était absente, ma famille d'accueil me prêtait pour la journée...

 

 

 

Vous participez à des conférences à travers le monde pour dénoncer et faire connaître la souffrance des Restavek, ce soir vous êtes à l'Atrium (à 18 heures) qu'attendez-vous des Martiniquais ?

 

Mon organisation cherche à distribuer ce clip dans toutes les écoles du pays. Et pour faire cette distribution, il faut avoir de l'argent, car chaque vidéo nous coûte 5 dollars. Les médias ne viennent pas à nous pour récupérer les vidéos, je dois les apporter. Cette année j'ai près d'une vingtaine d'enfants à scolariser. Cela coûte entre 300 et 350 dollars par enfant pour l'année. Et il faut embaucher quelqu'un qui va vérifier si les enfants vont bien à l'école. Mon travail est double, je fais la sensibilisation des enfants et je permet aux Restavek d'aller à l'école. J'espère que les Martiniquais vont venir en nombre à l'Atrium pour mieux comprendre cette pratique durant cette conférence où je vais également leur présenter mes deux ouvrages sur cette pratique.

 


Vous avez un film en prévision ?

 

Le premier livre s'intitule « Restavek ». Il a été réédité par les éditions Jasor implantées en Guadeloupe. J'ai vendu les droits d'auteurs à un cinéaste, dans deux ans un film sera tourné sur ce sujet. Je souhaite qu'avec ce film, le monde entier connaisse ce phénomène. Et que l'on puisse faire pression sur le gouvernement haïtien afin de mettre un terme à cette pratique.

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