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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Politiques Publiques.Qui vote FN en Martinique ?

Publié par siel sur 18 Juin 2012, 11:27am

Catégories : #INTERNATIONAL

 

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Publié le 12/06/2012

 

Centre Atlantique : Catherine Griset, 265 voix ; Fort-de-France : Lina Georget 211 voix ; Sud : Catherine Besson 254 voix ; Nord : Stéphanie de Gonneville 182 voix.

Quatre candidats qui ne résident pas, ou plus, en Martinique, et pour la plupart militants ou cadres du Front National en France, ont recueilli ici les suffrages de 912 électeurs à l’occasion du premier tour des législatives 2012 sans faire aucune campagne sur place. 912 voix, soit un score quasi équivalent à celui du Modem (972 voix), ou à celui de Combat Ouvrier (1179, dont 653 pour la seule Ghislaine Joachim-Arnaud), qui disposaient pourtant de candidats aux attaches pour le moins indiscutables.

De quoi susciter un débat houleux sur un territoire où se côtoient les survivances raciales, économiques et sociales d’un passé colonial, mais aussi les peurs de l’autre, européen, ou caribéen.


Tentative d’explication

Chaque rendez-vous électoral voit augmenter les scores du Front national en Martinique. Un paradoxe dans un département qui avait en 1987 rejeté corps et âme Jean-Marie Le Pen, interdit d’atterrissage suite à l’intrusion sur la piste de l’aéroport du Lamentin de centaines de martiniquais.


Les métropolitains représentent-ils la majorité des votes Front National ?

A l’occasion des présidentielles, Marine Le Pen réalisait 4,74% des suffrages en Martinique. Mais certaines communes se distinguaient par des scores bien au-delà de cette moyenne. 7% au Prêcheur, 6,41% au Gros-Morne, 5,97% aux Trois-Ilets, 5,93% à Saint-Joseph, 5,73 à Saint-Pierre, etc.

Aux législatives, le FN chute à 1,09% des suffrages exprimés sur l’ensemble du territoire. Mais certaines communes se situent à des niveaux bien supérieurs à cette moyenne : 3,27% aux Trois-Ilets, 2,38% au Diamant, mais également 2,02% à Basse-Pointe, 1,53% au François ou encore 1,51 au Carbet, loin devant Sainte-Anne 1,23% ou Sainte-Luce 1,06%.

Des chiffres qui battent globalement en brèche l’idée répandue selon laquelle les métropolitains installés en Martinique constitueraient l’immense majorité des votants FN. Si les Trois-Ilets, où le Diamant, où vivent d’importante communautés d’originaires de métropole, font effectivement partie des communes recensant des votes FN supérieurs à la moyenne, d’autres communes évoquées, telles le Prêcheur, Gros-Morne ou Basse Pointe, où ne résident quasiment que des martiniquais "de souche" arrivent également en tête de ces classement "pro FN".


Existerait t-il ici une "xénophobie économique et sociale" ?

Le rejet de l’étranger est un réflexe qui ne vise pas seulement nos voisins caribéens. C’est un rejet de tous ceux qui venus d’ailleurs - Saint-Luciens, Haïtiens, portugais ou même français - sont perçus comme colonisant un "espace vital" exigü. Un espace économique, avec 50 000 chômeurs aux derniers recensements, pour une population de 400 000 âmes. Un espace social et géographique limité, où les "étranger" font nombre dans certaines communes, et dans certains lieux de vie.

Le rejet de l’autre est un discours que l’on entend davantage que l’on pourrait le penser, et jusque dans nos campagnes. Un discours proche de celui du FN, qui fait de cet autre la cause de tous les maux, économiques d’abords, sociaux ensuite, et dont la solution frontiste est un protectionnisme d’un autre temps.


Le paradoxe identitaire

L’on imagine pas toujours, dans les salons de l’agglomération, combien les martiniquais se considèrent comme français. Et combien cette volonté de nationalité française reste primordiale. Etre français, avec nos spécificités martiniquaises, mais rester français. Et cette double revendication, d’identité martiniquaise, et de nationalité française, explique des comportements électoraux à première vue paradoxaux.

En réalité, nous votons à chaque consultation contre toute "odeur de largage". Nous crions dans les rues, lors de mouvements sociaux, notre soif d’égalité.

Mais alors pourquoi votons-nous en majorité pour des élus nationalistes ? Sans doute parce qu’ils exaltent la richesse de notre identité, et notre fierté d’être différents. Les élus nationalistes sont les premiers à avoir tenu ce discours de fierté et de différence. Ils récoltent aujourd’hui, au-delà de leurs positionnement politiques, et contrairement aux élus de droite, les fruits de cette valorisation.

Nous apprécions donc notre différence, mais nous l’apprécions dans l’ensemble français. Un enjeu dont seul semble tirer profit le leader du PPM, qui n’expose pas autre chose en parlant de troisième voie : "L’égalité des droits à laquelle on ne touche pas, n’est pas incompatible avec le droit à la différence" : rester français, être martiniquais. (voir interview Serge Letchimy http://www.politiques-publiques.com...).

 

Alors puisque nous sommes français, il est compréhensible que certains d’entre nous souscrivent, comme le font de très nombreux français, aux thèses protectionnistes du Front National, supposées protéger tous les français des débordements d’un monde instable.


Mais y souscrire ici, en Martinique, ou en Guadeloupe, c’est peut-être faire preuve d’une dangereuse négligence vis à vis d’un autre visage de ce front, il est vrai bien moins affiché depuis la "retraite" de Jean-marie Le Pen : celui de l’étroitesse culturelle, celui du racisme, de l’antisémitisme, celui du rejet de la différence, qui n’honore pas l’humanité, et qui de manière collatérale peut encore nous frapper.

FSRR

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