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Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Mediapart Voyage au bout de la torture

Publié par siel sur 14 Septembre 2012, 10:30am

Catégories : #REFLEXIONS perso

Bernard de Souzy a conjuré la prétendue malédiction : qui a été torturé durant l’enfance sera tortionnaire une fois adulte. Cet homme de 67 ans, sculpteur et peintre de son état, n’a pas reproduit ce qu’il avait enduré sous la férule d’un géniteur officier de l’armée française, sadique à la maison comme sur les théâtres d’opérations extérieures : Jean de Souzy (1917-2007).

Bernard de Souzy a vaincu sa honte, éloigné la dépression et dominé ses haines pour livrer un témoignage qui fera date : Mon père, ce tortionnaire (Éd. Jacob-Duvernet). En rédigeant une telle confession, l’auteur s’est fondé sur les carnets qu’il consigna dès qu’il sut écrire. Si bien que les exactions paternelles surgissent souvent à travers le regard de l’enfant qu’il fut : naïveté sidérée, malheur innocent.

C'est sur Mediapart et il faut être abonné pour lire la suite et voir la vidéo qui accompagne l'article.

Ce témoignage d'un fils sur les tortures subies dès l'enfance par un père qui (le père) torturera par la suite pendant la guerre d'Algérie, m'interpelle beaucoup, beaucoup.

Il y a quelques temps de là, bien avant que les duvaliéristes ne reviennent officiellement au pouvoir en Haïti, un fils de macoute m'avait laissé entrevoir un aspect du macoutisme vécu au sein de la famille : " Tu me demandes, si je connnais la cruauté des macoutes, mais mon père en était un, et je sais ce qu'il faisait subir à la famille. Alors, on n'a pas de mal à imaginer ce qui pouvait se passer avec ceux qui n'étaient pas de sa famille".

Ce témoignage m'avait pris de court. Il offrait une lecture nouvelle sur le phénomène du duvaliérisme, vu de l'intérieur, à travers une sorte d'apprentissage et de  banalisation des abus au sein même des familles de ces gens.

Pour vous aider à saisir ce phénomène, il faut remonter aux  colons esclavagistes qui légitimaient et parfois jouissaient des violences perpétrées sur les Noirs esclaves.

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Banalisation du mal, déjà évoquée sur ce blog, à propos du travail d'Hannah Arendt:http://www.lekti-ecriture.com/contrefeux/hannah-arendt-et-la-banalite-du.html

Certes, on ne peut pas généraliser.

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Mme Max Adolphe, patronne de la prison fort-Dimanche et des "Fiyet Lalo", corps féminin de macoutes.

Mais, par exemple, on peut se demander, quel type de mère pouvait être  Mme Max Adolphe, directrice de la prison de Fort-Dimanche, une femme qui assistait quotidiennement aux tortures et aux traitemens abjects faits au prisonnier.

Comment se comportait-elle à la maison, au retour de son "bureau" ?

Comment arrivait-elle à séparer ses activités de "tortureuse" de celle de mère de famille ?

Comment ces enfants ont vécu, dans leur intimité, d'avoir pour parents des "tortureurs" ?

 

Il y a toute cette histoire d'enfants de macoutes- comme la fille de Mme Max Adolphe-, ou bien d'enfants de militaires et de duvaliéristes qui hante le réel haïtien aujourd'hui. Ils surgissent comme des revenants, des sortes de zombis ou de vampires réclamant leur part de chair fraïche.


Comment est-ce arrrivé que ce pays puisse avoir à sa tête, 200 ans après son indépendance, un ancien macoute, -en mettant de côté le fait que cette élection se soit faite avec la participation active des "pays amis d'Haïti"- au moment où dans toute l'Amérique latine, les peuples essaient de regarder en face la tragédie des dictatures qu'ils ont vécu ? 


Ce truc insensé  qui  fait remonter à la surface un certain nombre de non-dits, raconte aussi une autre histoire. Pas anecdotique du tout.

Une histoire occultée,  néanmoins au coeur de la réalité d'Haïti.

Celle de gens, instrumentalisés au coeur même de leurs familles,  de manière à  ce qu'ils en arrivent -"en toute honnêteté"- à considérer le mal fait aux autres comme un bien. "Ma mère, elle est gentille" pourrait dire la fille de Mme Max Adolphe, "elle punit les kamoken  (opposants aux 2 dictatures duvaliéristes),qui l'ont mérité."

 

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Duvalier JCl, Martelly et de profil, Nicolas, le fils du dictateur.

De même, le fils de Duvalier Jean-Claude,  François, Jean-Claude, Nicolas Duvalier, qui porte les prénoms,  en plus du sien propre, de ses grand-père et père, pourrait trouver qu'ils sont des gens qui ont, certes, tué et fait tuer, torturé et fait torturer, mais pour des raisons honorables.

Les "Vêpres jérémiennes" seraient de la faute des Mulâtres qui pratiquaient une sorte d'apartheid à Jérémie. "Bien fait pour eux" pourrait dire le petit-fils de Duvalier François.

Il y a dans ce déni du mal fait à des innocents, les enfants par exemple, quelque chose qui travaille toute la société haïtienne dite des zélites.

Il existe des enfants de macoutes qui, comme M. Bernard de Souzy, ont été capables de faire une rupture avec leurs géniteurs, de critiquer leurs actions et de les réparer en épousant la cause des victimes.

Ce sont des exceptions.

Dans la majorité des cas c'est le silence.

Dans un certain nombre de cas, c'est la revendication de l'héritage. "Mon père et ma mère, mes oncles et tantes,  mes amis torturaient, abusaient, eh bien,  je fais  de même."

Parce que tout autre comportement signifierait pour "ce fils de" le reniement  des parents,  et l'obligerait à sortir de la famille. A se faire son propre univers.

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Réunion de famille duvaliériste : Mayard-Paul, Martelly, soeur de Mme Martelly, Avril et épouse, beau-frère de Martelly. 

 

 "Le fils de"  devrait s'exposer à la vie haïtienne, pas facile, sans la protection dont il a toujours joui. Prendre le risque de ne plus être aimé par maman et papa, d'être poursuivi et chassé comme un de ces vulgaires kamoken qui finissaient  leurs jours dans la pisse et la merde, sous les coups à Fort-Dimanche, avant d'être jetés aux chiens ou à Titanyen.

Ce risque, ils sont peu nombreux, "les fils de", à l'avoir pris ou à le prendre.

Certains, ont tourné la page via l'émigration.

Beaucoup de ceux que l'on voit aujourd'hui, au sein  et autour du pouvoir Tèt Kale, ont choisi de donner raison à leur pères, les génocidaires- génocidaires dans le sens où ces hommes de main des pouvoirs duvaliérisites ont sciemment éliminé des générations d'Haïtiens, par le crime ou l'exil.

Pour ces enfants de grands macoutes, des sbires et ministres des 2 pouvoir duvaliéristes, des militaires et Léopards,  faire partie du pouvoir Tèt Kale aujourd'hui,  permet de ne pas avoir à remettre en question les actes de leurs parents,  de ne pas porter de jugements négatifs, de ne pas remettre en question la culture faite d'abus et de violence de leurs géniteurs, des êtres chers.

De même que leurs parents génocidaires, ils se considèrent comme des gens  honnêtes et justes qui n'ont rien à se reprocher. Pillages, vols, crimes et abus deviennent la norme. Ils ont le droit. Ils sont "chefs" et fils de chefs.

L'absence de sentiment de culpabilité évoqué dans cet article  Rue 89.La culpabilité se cultive ou pourquoi Taubira a raison

autorise la répétition des mêmes acte que ceux commis par leurs parents.

C'est ainsi qu'on peut comprende la déclaration d'un Zenny « Tu dois respecter un mulâtre, Edo Zenny te connait, mais pas le sénateur Zenny. Je suis blanc, et toi tu es nègre. » .

 

Non pas contre le le noirisme, mais au contraire dans sa ligne idéologique. Comme l'a montré L. Péan, L.PEAN chronique le noirisme à la Duvalier se positionne  dans une acceptation des thèses de Renan, à savoir la catégorisation des "races" avec leur spécificités : les Noirs au bas de l'échelle.

C'est ce à quoi on assiste aujourd'hui, à un refoulé des enfants de macoutes, de militaires et de duvaliéristes qui, comme avec les partisans de Pinochet au Chili, se murent dans le déni des crimes de leurs pères et veulent aller même plus loin dans cette voie, pour prouver que ces derniers avaient raison de torturer.

Mezanmi, cette réflexion est complexe et tortueuse. Le genre de trucs que la société des lettrés et zentellectuels haïtiens refusent de considérer.

Pourquoi ?

Parce que bon nombre d'entre eux, de ces zentellectuels, sont eux-mêmes des enfants de macoutes, de militaires, de duvaliéristes et qu'ils sont incapables d'ouvrir ce questionnement qui renvoie à leur histoire personnelle, d'enfants -choyés ou pas- par des génocidaires.

 

Les Tèt Kale, qui revendiquent l'héritage  "d'avant ces 25 dernières années", dans leur désir de "sauver" leurs parents, de les blanchir- au propre comme au figuré- ne  font pas seulement marche arrière "Mezanmi moun sa yo ambreye sou bak"! mais  tentent d'aller encore plus loin que leurs parents dans la perversité et le mal.

 

C'est pourquoi, vous comprendrez qu'avec tous ces non-dits, cette fuite des responsabilités, - tout est de la faute de ceux qui sont venus après 1986- cette révision de l'histoire, ce déni systématique des faits et chiffres documentés de leurs vols, viols, assassinats et exactions diverses - déni qui relève de la psychanalyse-, ces hommes et femmes du pouvoir Tèt Kale, enfermés dans le mensonge, sont bien plus dangereux  que leurs modèles.

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Caricature du Sénateur Zenny qui s'est dit héritier d'une dynastie. 

Car, ils ont prêts à tout casser, à tout détruire, pour justifier les actes ignobles de leurs géniteurs, et se "sauver" eux-mêmes. Non pas "sauver" le peuple haïtien comme ils le prétendent mais laver leurs "dynasties". Jean-Claude doit "sauver" François, Olivier Martelly doit "sauver" Michel Martelly, Zenny fils doit laver Zenny père.

 

C'est ce qu'a tenté de faire l'auteur de "Duvalier titan ou tyran ?" -car que peut-il avoir de titanesque dans Duvalier Francois, sinon le désir titanesque de l'auteur de le blanchir.

Les zentellectuels du Collectif Non en 2004- dont il ne faut pas oublier que beaucoup d'entre eux sont de familles duvaliéristes, pères anciens ministres, etc- , en criant à tue-tête " Aristide est pire que Duvalier" ne laissaient-ils pas entendre, qu'après tout leurs pères n'étaient pas si mal que ça. Ils étaient moins criminels qu'Aristide.

Vous comprendrez que, logiquement, la conséquence  de cette absence de culpabilité soit encore plus de népotisme, plus de vols, plus d'abus, plus de "frape l'estomak".

J'aurais aimé faire une interview d'un enfant de grand macoute, par exemple Mme Racine, la fille de Mme Max Adolphe.

Comment on a grandi en étant l'enfant d'une telle personne ?


Il faut espérer, qu'un de ses jours, de même que M de Souzy, un des rejetons des criminels duvaliériste, osera briser les murs confortables du mensonge pour nous livrer son témoignage  et faire mentir la "prétendue malédiction : qui a été torturé durant l'enfance sera tortionnaire une fois adulte"

Cette réflexion est évidemment tout à fait personnelle, elle n'engage que moi et  s'inscrit dans une tentative pour comprendre la régession actuelle - au delà des données socio-politiques et économiques qui pèsent de tout leur poids- mais qui ne révèlent pas forcément tout de cette fascination pour l''arbitraire,  le Grenn nanbounda, le goût pour la pornographie, les obscénités,  les armes et le crime, à la fois du côté des Tèt Kale, mais également d'une frange non négligeable des élites et zentellectuels haïtiens.

 

 

 

 

 

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