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Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


La restauration du bovarysme chez les zentellectuels haïtiens.

Publié par siel sur 20 Octobre 2012, 12:46pm

Catégories : #AYITI EXTREME DROITE

 

A Londres, nous discutions avec un ami originaire du Moyen Orient, du phénomène actuel de régression aux années 1960- avant le mouvement de mai 1968 qui touchera peu ou prou le monde entier (sauf évidemment Haïti sous la férule des barons samedi de la gente duvaliériste);

 

Il me faisait remarquer que si nous avions l'habitude d'entendre ce discours de justification de la colonisation et de ses crimes venant de gens de l'extrême droite, c'était par contre tout à fait nouveau d'entendre ce même discours tenu par des gens qui, du moins, se présentent comme progressistes.

 

Ce courant révisioniste est évidemment, très fort chez le groupe des zentellectuels haïtiens, primés/surprimés par la France.

 

On parle communément, avec le régime actuel,  de restauration du macoutisme et on oublie de mentionner qu'il a été précédé et rendu possible grâce à  la restauration du bovarysme par les zentellectuels du Collectif Non à la commémoration du bicentenaire de l'indépendance d'Haïti en 2004

 

Ce sont eux, avec le centre culturel français, le centre culturel Fokal qui sont en charge de répandre de diffuser un concept négationiste, tel  que le  "Haïti n'existe pas " d'un Christophe Wargny.

 

"Haïtiens, disent-ils (avec un h minuscule à Haïtiens, bien sûr), regardez-vous, votre expérience en tant que peuple ne vaut rien. Vous êtes des médiocres. Vous êtes seuls responsables de vos malheurs. Ni la France, ni les USA, ni le Canada n'ont rien à voir avec vos problèmes. Vous êtes des crétins, doublés de lâches, qui veulent mettre sur le dos des étrangers leur impossibilité génétique de se gouverner."

 

"D'ailleurs- et ça c'est l'écrivain le plus lu d'Haïti qui l'a dit dans sa chronique superbe  qui porte le titre non moins génial: "Le rêve de Duvalier" - Duvalier est revenu  et dans ses rêves il voyait une Haïti prospère. Le "pauvre chout" a eu un choc  en découvrant l'état de la ville de Port-au-Prince"

 

Bien sûr, ce que ne dit pas l'écrivain le plus lu d'Haïti, dans son "Rêve de Duvalier" ni Christophe Wargny dans son "Haïti n'existe pas" , c'est que de 1986 à 2010 -année du retour au bercail d'un Duvalier Jean-Claude, dans un pays où,  dorénavant, les élites affichent sans gêne leurs idées fascisantes, leur racisme,- le rapport de forces  entre  les réactionnaires et les progressistes était nettement en faveur des premiers qui possédaient 29 ans d'expériences de coups bas, de réseaux internationaux, d'armes et l'argent.

 

Ce que l'écrivain le plus lu d'Haïti, omet, oblitère, cache, dissimule c'est le niveau d'agression subit, à partir de 1986 par le peuple haïtien, entre coups d'Etats, crimes, disparitions, introduction et développement du gangstérisme via le trafic de drogue, corruption et enfin cooptation des zentellectuels pour - le coup le plus dur !- pour cautionner cette politique de déstabilisation qui va s'amplifier jusqu'à parvenir à son objectif avec l'arrivée au pouvoir  des hommes et femmes portant brassards roses.

 

De même qu'il avait été puni, en 1804, pour avoir osé affronter les Blancs esclavagistes et colonialistes, de même le peuple haïtien a été puni pour avoir osé, en 1986, lutter pour un autre monde dans lequel il ne serait pas méprisé et exploité. 

 

Ces zentellectuels suivent, imitent, mimiquent, pour des raisons difficiles à comprendre -économiques peut-être ?-  les  intellectuels français les plus réactionnaires autour des questions liées à l'histoire d'Haïti, à la gauche haïtienne, aux 29 ans de dictature des 2 Duvalier, à l'expérience lavalas, à la tentative difficile, pas réussie mais avec ses côtés positifs, de 1986 à 2004, de sortir du fascisme duvaliérien.

 

Ils en arrivent, finalement, à adopter la posture néo-colonialiste, à nier les contradictions de l'Histoire, à rejeter les biens fondés de la révolution anti-esclavagiste d'Haïti, l'indépendance d'Haïti et ses 2 siècles de lutte pour exister -malgré le poids de la dette à la France, malgré le racisme qui la mettait à l'écart des nations, malgré...

 

Un véritable miracle, compte tenu de l'hostilité du monde et des agressions constantes perpétrées contre la première république dirigée par des Noirs.

 

La preuve de ce miracle : l'existence même de cette classe moyenne d'intellectuels qui, malheureusement, sont, aujourd'hui, comme un certain sénateur du nom de Zenny, persuadés qu'ils descendent de la cuisse de Jupiter et renient leurs parents (ou grand-parents) analphabètes.

 

Voici la rediffusion de l'article autour du mouvement plutôt dynamique des intellectuels dans les années 1989.


Samedi 6 juin 2009

Toujours dans le rangement de livres qui n’en finit pas, j’ai retrouvé un numéro de la revue Mot pour Mot, intitulé Littératures Haïtiennes 2 (je n’ai malheureusement pas le 1) datant de octobre 1983.

Il y a là des textes inédits  de : Jacqueline Beaugé, Jacques Rey Charlier, Pierre Clitandre(incroyable écrivain pas assez connu), Roger Dorsinville, Gérard Etienne, Jean Jonassaint, Serge Legagneur, Nadine Magloire, Jean Métellus, Anthony Phelps, Claude Pierre.

Chacun des textes de chacun des auteurs présenté est passionnant. La nouvelle de Gérard Etienne,"Une femme muette", celle de Nadine Magloire: "Autopsie in vivo", les poèmes de Charlier :"Terra Incognita ", de Serge Legagneur : "Textes muets";  de vrais joyaux . Un régal !

1983, était une époque où les écrivains haïtiens n’avaient pas besoin d’exhiber leurs « grenn » pour être écrivains.

 

 

Il y a aussi sur ce même sujet, un texte de Léon François Hoffmann,  très bien documenté  « Le romancier haïtien et son public ». Hoffmann explore à travers un historique de la littérature,  les différents problèmes qui se posent aux écrivains haïtiens face, notamment, à un lectorat réduit (en 1983, les statistiques donnaient 80% d’analphabètes dans la population âgée de plus de 15 ans – ceci après 20 ans de règne sans partage des grands nationaliste/noiriste, les 2 Duvalier et de leurs gens de cour).

 

 En dehors de cette absence de lectorat local (et international, en dehors des frères Marcelin, de Roumain et de Jacques Stephen Alexis),  Hoffmann note l’ambiguïté d’une littérature qui se réclame d’une identité haïtienne, mais qui ne s’apprécie qu’à l'aune de la littérature française.

 

Un troisième point, qui m’a semblé devoir retenir l’attention, est celui de l’engagement des écrivains haïtiens dans la « défense » de l’image d’Haïti,  mouvement dont Anténor Firmin a été l’un des précurseurs avec sa réponse à Gobineau.

 

 Hoffmann précise bien que cette posture défensive des écrivains haïtiens était  - non pas de la paranoïa comme on le laisse entendre de nos jours - mais une attitude logique et nécessaire en réponse aux multiples attaques contre Haïti venant de l’extérieur.

 

« …les romanciers haïtiens ont toujours été amèrement conscients de la mauvaise image de marque que l’on avait faite, que l’on continuait à faire à leur pays. Ne pouvant échapper au regard de l’étranger, l’ont affronté et ridiculisé. Comme l’écrivait Frédéric Marcelin dansChoses haïtiennes (1896) :

Aventuriers, gratte-sous, chevaliers partis pour la fortune et revenant bredouille ont débité pas  mal d’insanités sur notre chère Haïti. Les titres de leurs enseignes : Au pays des généraux ! Au pays des Nègres ! disaient bien avant l’entrée de la baraque, leur prétention à l’inédit, à l’invraisemblable, au grotesque ».

 

Aujourd’hui,  pour divulguer la mauvaise image d’Haïti, aux  « Royal Bonbon », "Ghosts of Cité Soleil,"  se sont adjoints les Haïtiens avec "Moloch Tropical", "GNB contre Attila", entre autres titres exotiques.

 

 Cet engagement des écrivains haïtiens, précise Hoffmann, ne les a pas cependant empêché de porter des critiques à leur propre société.

 

«  Dans Jacques Bonhomme d’Haïti, Armand Thoby déclarait dès 1901 :

Mon patriotisme s’émeut des brocards de l’étranger. Mais cacher nos plaies n’est pas le moyen de les guérir… »

 

Et Fernand Hibert, dix ans plus tard dans Les Thazar :

Il est peut-être temps que nous songions à donner par l’exemple un éclatant démenti à cette conclusion sociologique que « les races d’esclaves engendrent des âmes d’esclaves, cruelles pour les faibles, dociles aux forts. »

 

Critiques prudentes, certes, qui préfèrent se cantonner dans des généralités, évitant de nommer les personnes visées par peur des représailles  gouvernementales ou simplement d’être mis en quarantaine par la société.

 

 Une personnalité comme Roumain, peu de gens le savent, mort à 37 ans, à la fleur de l’âge, avait passé une grande partie de sa courte vie à rentrer et sortir de prison, jusqu’à ce que, finalement, Lescot lui accorde une sorte d’exil doré comme ambassadeur au Mexique, juste avant qu’il ne revienne mourir en Haïti.

 

C’est assez intéressant de constater que Roumain, fondateur du parti communiste haïtien, mulâtre issu d’une famille aisée, dont la vie a été aussi mouvementée que brève,  a écrit le livre le plus  réaliste et visionnaire sur Haïti, en plaçant les questions de la terre, du déboisement, de l’agriculture, de l’organisation du monde paysan au centre du développement du pays.

 

Et que ce  livre, se  terminant avec l’espoir d’un monde nouveau incarné par le bébé de Manuel, sa graine, dans le ventre d’Anaïse, est aussi le plus optimiste que la littérature haïtienne ait produit jusqu'à aujourd'hui.

 

Le texte d’ Hoffmann, n’a pas pris un pli. L’ensemble des problématiques qu’il soulève est au contraire, d’une brûlante actualité dans le contexte du positionnement  ces dernières années, de ceux que je m’amuse à nommer les zentellectuels (zen signifiant  ragots en ayisyen), membres du groupe du Collectif Non, à la commémoration du bicentenaire de l'indépendance d'Haïti en 2004 .

 

 Ce numéro 11 de Mot pour Mot est un véritable trésor. Non seulement on y trouve les écrits inédits des écrivains haïtiens mentionnés plus haut, le texte de Hoffmann, mais aussi l’impression de l’affiche faite par Picasso à l’occasion du 2ème Congrès des Ecrivains et Artistes Noirs à  Rome du 26 mars au 1er avril 1959, une pub pour le Toussaint Louverture d’Aimé Césaire, un résumé du livre de Cheik Anta Diop, L’Unité culturelle de l’Afrique Noire et une quantité d’autres merveilles qui, hélas révèlent à quel point la vie intellectuelle dans le monde Noir s'est dévitalisée, ces derniers temps.

 

Baisse de qualité qui n'est pa propre à Haïti mais en Afrique également.

 

De sorte qu’au lieu du démenti préconisé par Hibert, il semblerait plutôt que nous en soyons, en Haïti du moins,  à la démonstration que :

« ..les races d’esclaves engendrent des âmes d’esclaves, cruelles pour les faibles, dociles aux forts. »

 

La  description qui colle le mieux, selon moi, au mouvement opportuniste et  profondément réac, dit GNB, grenn-nanbounda.

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