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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Incompatibilité ! par Oscar Germain

Publié par Elsie HAAS sur 29 Mars 2010, 09:56am

Catégories : #O.GERMAIN chronique



« De l’or pour mes amis, du plomb
chaud pour mes ennemis. »

Attribué à Lysius Félicité Salomon,
Président d’Haïti

J’avais toujours cru, jusqu’à récemment, que cette phrase formait partie de la « liturgie duvaliériste ».
 Aussi bien
celle-là que l’autre aussi bien connue qui faisait de la reconnaissance une grande lâcheté. On ne se devait à personne. Nous n’étions obligés à garder aucune sorte de reconnaissance envers quiconque, surtout si nos intérêts personnels étaient en jeu. Sans foi ni loi. Je ne sais comment le dire, mais je crois quí’une partie des causes de notre déchéance actuelle se trouve dans ce passé récent, l’autre partie étant les séquelles de lí’esclavage. Nous avons creusé si fort et si fond quí’aucune autre issue ne semble possible.
Nous avons tant fait et si mal fait que la dégradation semble atteindre son paroxysme. Ce qui me tue, c’est de voir que nous n’en sommes pas conscients. Nous avons mis le feu à nos barques et nous « attendons» de la Communauté Internationale qu’elle nous facilite les pompiers pour éteindrele feu et qu’elle se mette ensuite à nous construire d’autres barques. Insensibilité éloquente.
Enfin chers amis lecteurs, que je veuille ou non, je fais partie moi aussi de cette génération qui a ainsi grandi,
faisant de son mieux pour que le « Contrat d’Assistance » que nous avons signé, de façon implicite, avec la Communauté Internationale nous exonère de toute responsabilité. À équilibrer le budget national. À créer les structures de fonctionnement. À nous fournir les termes de références, de façon à nous transformer en faiseurs de projets. Nos performances ? Vous les avez maintenant sous les yeux, sous les décombres pour mieux dire. Nos remords ? Eux aussi, ensevelis. Malheureusement. Nous avons la tête dure. Et le coeur ? Encore plus. Nos réussites collectives ? A part 1804, nous n’avons jamais eu ni l’envie ni les possibilités d’en avoir.
Maintenant, à partir de ce malheureux 12 janvier, nous sommes trop occupés à vouloir utiliser cette tragédie pour nous couvrir d’or. La rédemption individuelle aura à attendre. Le salut collectif ? Encore plus.
Enfin chères amies lectrices, chers amis lecteurs, j’ai essayé de suivre, sur le Net parfois, d ’autres fois à travers les conversations avec des amis de l’étranger ou d’ici, les manifestations d’appui à Haïti qui se produisent à l’étranger. Elles sont incroyablement nombreuses. Même maintenant, plus de deux mois après notre tragédie. Même la tragédie du Chili n’a pu réduire lí’intérêt porté sur Haïti. Ce qui pis est, le Chili a même demandé à la Communauté Internationale de ne détourner en aucun moment l’aide destinée à Haïti. Incroyable.
J’ai essayé de retrouver cette même préoccupation chez nous. Chez certains de nos décideurs. J’ai dû faire un effort. Dieu de Miséricorde ! (comme aurait dit ma grand-mère). « Nou enragé », comme diraient mes amis dí’enfance.
Chers amis, maintenant que les espoirs d’un flot de fonds de toutes sortes, va alimenter la reconstruction et faire fonctionner les circuits économiques du pays, sous forme de dons, de prêts, dí’inversions, une idée folle mí’a traversé lí’esprit : l’idée de faire adopter la « Loi sur l’Incompatibilité », avant même d’entamer les travaux de reconstruction. Rien que pour éviter des dérives qui puissent conduire certains administrateurs locaux vers les prisons américaines, pour détournement de fonds ou incitation à la corruption de fonctionnaires étrangers. Rien que pour montrer à nos « amis américains », que la lutte contre la corruption, chez nous, n’est pas simplement virtuelle. Rien que pour nous engager, enfin de façon résolue, vers linstallation de modes de fonctionnement crédibles dans notre pays. Rien que pour rétablir l’honnêteté dans la société haïtienne. Rien que pour montrer au monde entier que nous aussi nous avons suffisamment de « coeur » (je pense à la traduction créole du Cid de Corneille) pour faire changer les choses dans le pays. Rien que pour dire que nous pouvons être réduits à vivre sans bonheur, mais que l’on ne peut nous résoudre à vivre sans honneur. Rien que pour éviter que l’on soit juge et partie à la fois. Rien que pour cela.
En effet chers amis lecteurs, la corruption gangrène toute société dans laquelle les structures de contrôle sont
insuffisantes. En Espagne, pays dans lequel, quoiqu'en disent les psychiatres, j’aurais aimé avoir construit des châteaux,une multiplicité de cas de corruption vient de semer le désarroi dans le monde politique. De droite ou de gauche. De droite à gauche et de gauche à droite. Politiciens de tout poil. Parfois même à poil. Certains dí’entre eux ont utilisé des fonds publics pour des transactions sexuelles. Le comble.
Et maintenant, chez nous, pour éviter que des « insensibles » profitent du malheur dí’autrui pour se construire le bonheur personnel, il suffira de créer une structure de contrôle inhabilitant toute personne liée, de près ou de loin, aux structures gouvernementales, de 2009 à 2015, de participer aux contrats de reconstruction. On verrait alors la volonté de service qui anime la prédisposition à se mettre au service de l’État. De l’État haïtien. Oserai-je me porter candidat à occuper un poste public ?

Oscar Germain

germanor2005@yahoo.fr
Mars 2010

Mercredi 24 Mars 2010
Haïti en Marche ï• Vol XXIV ï• N° 09

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