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Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Haïti : la malédiction blanche, par EDUARDO GALEANO. (Rediff)

Publié par siel sur 2 Août 2012, 10:48am

Catégories : #CULTURE

C'était le vendredi 27 novembre 2009 que je rediffusais ce texte de M. Galeano. Depuis, je le fais régullièrement, étant donné que la répétition est une méthode pédagogique qui peut faire des perroquets conservateurs comme les zentellectuels haïtiens, mais qui peut aussi ouvrir les yeux et rendre curieux. Et également pour les lectrices et lecteurs auxquels il aurait échappé.

Malheureusement, ce texte de l'écrivain uruguayen,  qui  date de 2004, peu d'Haïtiens le liront.

Ce texte est si éloigné des propos de la réacsphère -réacsphère une terminologie nouvelle pour désigner  ces groupes d'intellectuels de droite qui parasitent les débats, dominent de leurs propos malsains internet et les media-  comme  par exemple ceci:

 

"l'Haitien de chez nous a cultive cette mentalite de kraze-brize. Une mentalite barbare en quelque sorte."

 

Cette phrase qui est du Baron de Ti Malice de Time is Money appartient au même genre de "philosophie" que celle-ci : Le Baron de Ti Malice de Time is money "philosophe"sur la position de Phelps.

 

D'abord , constatons qu'elle est non seulement débile, mais qu'elle ne traduit en rien la réalité.

Bien au contraire, il n'y a pas un étranger qui ne vienne en Haïti

et qui ne s'étonne de la passivité avec laquelle le peuple accepte les mauvais traitements qui lui sont infligés, jour après jour, 365 jours par an, pendant toute leur vie, sauf à s'exiler,

par des élites sadiques du genre du Baron de Ti Malice de Time is Money

 

Le Baron de Ti Malice de Time is Money parle de l'"Haïtien de chez nous "

formant ainsi une catégorie pour l'opposer,  sans doute, à l'Haïtien de la diaspora,

lequel sera au retour bêtement flatté de ne pas  faire partie des barbares. VOIR L'histoire de Bouki et de Malice


Lequel Haïtien de la diaspora quand il arrivera en Haïti aura tendance,

suite aux paroles du Baron de Ti Malice de Time is Money,

à se conduire en colon civiliZé avec l"l'Haïtien de chez nous",

c'est-à dire avec arrogance et stupidement.


Le Baron de Ti Malice de Time is Money aura réussi son coup : diviser pour régner.

Opposer telle ou telle autre catégorie, tout en pronant facticement l'unité.


Bref, le Baron de Ti Malice de Time is Money est l'un des meilleurs élèves de Duvalier François

que l'on trouve sur le net  haïtien avec sa stratégie de ruse, de séduction et de mensonges.

 

Le houngan et chef macoute des Gonaïves, Hérard, disait dans un entretien qu'il m'a accordé pour le film "La Ronde des Vodu" :"Duvalier a pris l'Eglise catholique et l'a mise dans un sac qu'il a fermé,

il a pris les protestants les a mis dans un sac et l'a fermé, idem avec les vodouisants

et l'ensemble des groupes formant la société."


De sorte qu'il n'y avait aucune possibilité d'échanges entre ces groupes,

les ponts coupés, chacun d'eux pouvait plus facilement être enfermé dans le "faire noir".


C'est ce que fait avec application le Baron de Ti Malice de Time is Money : diviser, isoler ségréger pour mieux soumettre. Le Baron de Ti Malice de Time is Money ou la version de "NY Times bare volè, volè rele anmwe"

 

Cette histoire de "mentalité barbare", a été utilisée par les zentellectuels du Collectif Non à la commémoration du bicentenaire de l'indépendance d'Haïti pour demander l'intervention

de la France, des USA et du Canada afin de réduire les barbares, comprenez le peuple .

 

 

Eux, ces zentellectuels,  n'auraient pas une "mentalité barbare", ils seraient des nègres d'exception

qui parlent français et sont gras, pas comme les barbares maigres et qui parlent créole.


Comment est-il possible de faire un tel commentaire se rapportant à

une manifestation d'étudiants dans laquelle il y a eu des  casses de matériel ?


Comment et pourquoi ces gens-là sautent sur toutes les occasions

pour mentionner la  supposée "barbarie" des Haïtiens ?


Je n'ai jamais vu employer ce terme  pour désigner, par exemple, les étudiants grecs qui, lors de leurs manifestations ont

tout cassé sur leur passage.

J'ai entendu les intellectuels et les hommes politiques de ce pays appeler au calme.


Ces gens-là  devraient se rappeler le mot de Levy-Strauss "le barbare est celui qui traite l'autre de barbare"

ou celui de Schoelcher disant que pour asseoir sa domination, il était nécessaire pour l'esclavagiste de considérer les esclaves comme  des barbares, des sous-hommes, des biens meubles.


Qui sont-ils ces Haïtiens qui traitent, à la moindre occasion, "l'Haïtien de chez nous"  de barbares ?

D'où sortent-ils ?

Qu'est-ce qu'ils ont dans la tête ?

Qui les a éduqué ?

Quelles sont les expériences de vie qui les ont formatés ?

Dans quel monde vivent-ils ?

Quels livres ont-ils lu ?

Est-ce qu'ils ont la moindre idée sur les réalités du monde ?

Sont-ils informés de ce qui se passe en RD, au Burkina Faso, en Inde, aux USA, en Espagne, en Grèce ?

Est-ce qu'ils vont au cinéma, au théâtre ?

Est-ce qu'ils écoutent de la musique ?

Ont-ils une famille, des enfants ?

Est-ce qu'ils rêvent ?


Ces gens-là ne se rendent-ils  pas compte de la violence  et de la gratuité de leurs insultes ?

Ne se rendent-ils pas compte que leurs propos  traduisent  leur propre obscénité, leur propre barbarie,

leur aliénation, leur absence de culture, d'humanité, de conscience, de science ?

 

Peuple haïtien, ne t'occupe pas de ces nostalgiques de "La Perle des Antilles"

Celui qui sait lire, lit pour les autres

traduit en créole, résume et analyse.

Peuple haïtien, bonne lecture !



Tuesday December 12 

 

 

Le premier jour de cette année, la liberté a fêté deux siècles de vie dans le monde. Personne ne s’en est rendu compte ou presque. Quelques jours plus tard, le pays de l’anniversaire, Haïti, occupait une certaine place dans les médias ; non pas à cause de cet anniversaire de la liberté universelle, mais parce qu’a été provoqué un bain de sang qui a fini par faire tomber le président Aristide.

 

Haïti a été le premier pays où on a aboli l’esclavage. Toutefois, les encyclopédies les plus répandues et presque tous les textes d’éducation attribuent à l’Angleterre cet honneur historique. Il est vrai qu’un beau jour l’empire a changé d’avis, lui qui avait été le champion mondial du trafic négrier ; mais l’abolition britannique s’est produite en 1807, trois années après la révolution haïtienne, et s’est avérée tellement peu convaincante qu’en 1832 l’Angleterre a dû interdire à nouveau l’esclavage. La négation d’Haïti n’a rien de nouveau.

 

Depuis deux siècles, elle souffre dédain et punition. Thomas Jefferson, figure de la liberté et propriétaire d’esclaves, signalait que d’Haïti provenait le mauvais exemple ; et il disait qu’il fallait "confiner la peste dans cette île". Son pays l’a écouté. Les Etats-Unis ont mis soixante ans pour accorder la reconnaissance diplomatique à la plus libre des nations. Pendant ce temps-là, au Brésil, on appelait haïtiannisme le désordre et la violence. Les propriétaires des bras noirs ont été sauvés du haïtianisme jusqu’en 1888. Cette année-là, le Brésil a aboli l’esclavage. Ce fut le dernier pays dans le monde à le faire.

 

Haïti est redevenu un pays invisible, jusqu’à la boucherie suivante. Pendant qu’il était sur les écrans et dans les pages des journaux, au début de cette année, les médias n’ont transmis que confusion et violence et ont confirmé que les Haïtiens sont nés ou pour faire le mal ou pour mal faire le bien.

 

Depuis la Révolution, Haïti a seulement été capable d’offrir des tragédies. Ce fut une colonie prospère et heureuse et maintenant c’est la nation la plus pauvre de l’hémisphère occidental. Les révolutions, ont conclu quelques spécialistes, conduisent à l’abîme. Et certains ont dit, et d’autres ont suggéré, que la tendance haïtienne au fratricide provient de l’héritage sauvage qui vient de l’Afrique. Le mandat des ancêtres. La malédiction noire, qui pousse au crime et au chaos. De la malédiction blanche, personne ne parle.

 

La Révolution française avait éliminé l’esclavage, mais Napoléon l’avait ressuscité :

— Quel a été le régime le plus prospère pour les colonies ?

 

Et pour réimplanter l’esclavage à Haïti, il a envoyé plus de cinquante navires pleins de soldats. Les noirs révoltés ont vaincu la France et ont conquis l’indépendance nationale et la libération des esclaves. En 1804, ils ont hérité d’une terre dévastée par les plantations de canne à sucre et d’un pays ravagé par une guerre féroce. Et ils ont hérité de "la dette française". La France a fait payer chère l’humiliation infligée à Napoléon Bonaparte. A peine née, Haïti a dû s’engager à payer une indemnisation gigantesque, pour les dommages faits en se libérant.

 

Cette expiation du péché de la liberté lui a coûté 150 millions de francs or. Le nouveau pays est né étranglé par cette corde attachée au cou : une fortune qui équivaudrait actuellement à 21.700 millions de dollars ou à 44 budgets totaux de Haïti de nos jours. Il lui a fallu beaucoup plus d’un siècle pour le paiement de la dette, que les intérêts d’usure multiplièrent. En 1938 on a finalement fêté la rédemption finale. Mais Haïti appartenait déjà aux banques des Etats-Unis.

 

En échange de cette somme faramineuse, la France a officiellement reconnu la nouvelle nation. Aucun autre pays ne l’a reconnue. Haïti était né condamné à la solitude.

 

Simón Bolivar ne l’a pas reconnue non plus, bien qu’il lui doive tout. Haïti lui donna en 1816 bateaux, armes et soldats quand il arriva sur l’île, vaincu, et demanda abri et aide. Tout lui avait été donné par Haïti, à la seule condition de libérer les esclaves, une idée qui jusqu’alors ne lui était pas passée par la tête. Ensuite, le grand homme a triomphé dans sa guerre d’indépendance et a exprimé sa gratitude en envoyant à Port-au-Prince une épée en cadeau. La reconnaissance, n’en parlons même pas.

 

En réalité, les colonies espagnoles qui étaient devenues des pays indépendants continuaient à avoir des esclaves, même si certaines avaient même des lois qui l’interdisaient. Bolivar a dicté la sienne en 1821, mais la réalité n’en a pas tenu compte. Trente années après, en 1851, la Colombie abolit l’esclavage. Le Venezuela en fit de même en 1854.

 

En 1915, les marines débarquèrent à Haïti. Ils sont restés dix-neuf années. La première chose qu’ils firent fut d’occuper la douane et le bureau de collecte des impôts. L’armée d’occupation a retenu le salaire du président haïtien jusqu’à ce qu’il se résigne à signer la liquidation de la Banque de la Nation, qui s’est transformée en succursale de la Citibank de New-York.

 

Le président et tous les autres noirs étaient interdits d’entrer dans les hôtels, restaurants et les clubs réservés au pouvoir étranger. Les occupants n’ont pas osé réinstaurer l’esclavage, mais ont imposé le travail forcé pour les travaux publics. Et ils ont beaucoup tué. Ce ne fut pas facile d’éteindre les feux de la résistance. Le chef partisan, Charlemagne Péralte, cloué en croix contre une porte, a été exhibé, comme punition, sur la place publique.

 

La mission civilisatrice s’est conclue en 1934. Les occupants se sont retirés laissant à leur place une Garde nationale, fabriquée par eux, pour exterminer tout ombre possible de démocratie. Ils firent de même au Nicaragua et en République Dominicaine. Quelque temps plus tard, Duvalier devint l’équivalent haïtien de Somoza et de Trujillo.

 

Et ainsi, de dictature en dictature, de promesses en trahisons, se sont ajoutées les mésaventures et les années. Aristide, le prêtre rebelle, est arrivé à la présidence en 1991. Cela a duré quelques mois. Le gouvernement des Etats-Unis a aidé à le faire tomber, ils l’ont pris, l’ont soumis à un traitement et une fois recyclé l’ont remis à la présidence, sous la protection des marines. Et une fois encore, ils ont aidé à le démolir, en cette année 2004. Une fois encore, un massacre a eu lieu. Une fois encore les marines sont revenus, ils reviennent toujours, comme la grippe.

 

Mais les experts internationaux sont beaucoup plus dévastateurs que les troupes des envahisseurs. Pays soumis aux ordres de la Banque mondiale et du Fonds monétaire, Haïti avait obéi à leurs instructions sans mot dire. Ils l’ont payé en lui refusant le pain et le sel. Ils lui ont gelé les crédits, bien que l’Etat ait été démantelé et que les barrières douanières et subventions qui protégeaient la production nationale aient été liquidées. Les paysans cultivateurs du riz, qui étaient la majorité, se sont transformés en mendiants ou " balseros ". Beaucoup ont plongé et continuent à plonger dans les profondeurs de la mer des Caraïbes, mais ces naufragés ne sont pas cubains et rarement apparaissent dans les journaux.

 

Maintenant Haïti importe tout son riz depuis les Etats-Unis, où les experts internationaux, qui sont des gens assez distraits, ont oublié d’interdire les barrières douanières et les subventions qui protègent la production nationale.

 

A la frontière où termine la République dominicaine et commence Haïti, il y a une grande affiche qui donne un avertissement : El mal paso - Le mauvais passage. De l’autre côté, c’est l’enfer noir. Sang et faim, misère, pestes.

 

Dans cet enfer tellement craint, tous sont des sculpteurs. Les Haïtiens ont la coutume de récolter des boîtes de conserve et de la vieille ferraille et avec un savoir-faire ancien, en découpant et en martelant, leurs mains créent des merveilles qui sont offertes sur les marchés populaires.

 

Haïti est un pays jeté à la décharge, par une éternelle punition de sa dignité. Là il gît, comme s’il était de la ferraille. Il attend les mains de ses gens.

 

Source : Patria Grande.

Traduction : Inconnu. Version francophone trouvée sur El Correo. Corrections : RISAL.

Note : Eduardo Galeano est l’un des plus prestigieux écrivains uruguayens.

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