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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Détroit, laboratoire du monde d’après le néolibéralisme. Par Sophie Chapelle

Publié par siel sur 20 Juin 2013, 13:02pm

Catégories : #INTERNATIONAL

La ville de Détroit, symbole du capitalisme et de l’industrie automobile, n’est plus que l’ombre d’elle-même. En cinq ans, ses habitants ont subi une brutale décroissance forcée : un taux de chômage exorbitant, un exode urbain sans précédent, des services publics délabrés. Pourtant, derrière les scènes de désolation, une société post-industrielle est en train de naître, grâce à l’expansion d’une agriculture urbaine et à l’émergence de solidarités de quartier. Basta ! a rencontré celles et ceux qui bâtissent une nouvelle cité sur les ruines de la Babylone déchue.

 

Des trottoirs et des parkings vides longent les vastes avenues. Une enfilade de magasins aux rideaux baissés quadrille le centre-ville de Détroit, berceau de l’industrie automobile américaine. Les banderoles « à vendre » et « à louer » se succèdent sur les façades des bâtiments. 80 000 logements seraient abandonnés, soit près de un sur cinq. Avec ses maisons saccagées, brûlées ou envahies par la végétation, « Motor City » donne l’impression d’une ville fantôme. Symbole de cette déroute, Détroit vient d’être mis sous la tutelle d’un « coordinateur d’urgence » pour au moins un an.

 

« Pendant les soixante-dix dernières années, les habitants de Détroit ont cru à tort que leurs vies étaient liées à General Motors, Ford et Chrysler, explique Maureen Taylor, militante depuis des années dans la lutte contre la pauvreté. Ils nous ont mis dans la tête que ce qui était bon pour eux était bon pour nous. Il nous fallait donc cesser de marcher et conduire des voitures. Et si nous n’aimions plus cette voiture, nous en achetions une autre. Cela a duré pendant des décennies mais aujourd’hui, c’est fini ». Tournant le regard vers les rues désertes de Détroit, Maureen conte le quotidien de ses habitants les plus touchés par la crise. Des gens mourant de froid sur les trottoirs, des enfants retrouvés morts dans les maisons incendiées, un système de soin de santé inaccessible pour les bas-revenus, « un monde de fous » résume t-elle.

 

Exode urbain

Empruntant l’autoroute qui traverse la ville d’Est en Ouest, Peter Landon s’arrête sur la bande d’arrêt d’urgence, au sommet du pont enjambant Red-River. De là surgit le complexe de Ford. Des fumées s’en échappent encore. Dans les années 30, ces quatre km2 d’usines ont constitué la plus grande entreprise intégrée du monde, employant jusqu’à 100 000 personnes ! « Aujourd’hui, c’est moins de 6 000 salariés » déplore Peter. Membre de l’Union démocratique des camionneurs (TDU), Peter Landon a vu les effets dévastateurs de la crise de l’industrie automobile. Une crise qui n’en finit pas.

 

En 2008, Détroit a perdu près de 70 000 emplois. Si le taux de chômage officiel est de 15,8 %, il augmente à mesure que l’on s’approche du centre-ville et dépasse 50 % dans certains quartiers. Près d’une famille sur trois ont un revenu égal ou inférieur au seuil de pauvreté défini par le gouvernement fédéral. Avec les crises immobilière et financière de ces dernières années, la situation empire. Longtemps quatrième ville la plus importante des Etats-Unis, Détroit a vu sa population baisser de plus de moitié, passant de 1,8 million d’habitants en 1950 à quelque 700 000 aujourd’hui.

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