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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Confiance ! par Oscar Germain

Publié par Elsie HAAS sur 7 Avril 2010, 09:15am

Catégories : #O.GERMAIN chronique


«Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun
remords pour le présent, mais il faut une confiance
inébranlable dans l’avenir. »
Jean Jaurès

 

   La « confiance » est quelque chose de difficile à définir. À chaque fois que je pense à son utilisation chez nous,je ressens des vibrations négatives, j’ai la chair de poule, des frissons dans le dos. Encore plus à partir de ce 12 janvier.
    Peut-on avoir confiance dans les structures bâties en Haïti ?

    Peut-on continuer à faire confiance, en Haïti, aux ingénieurs, aux architectes, aux contre-maîtres, aux vendeurs de matériaux construction, aux « boss mason » ?


    Si au Chili, plusieurs constructeurs se retrouvent déjà sur le banc des accusés, qu’en est-il des responsables en Haïti ?

    Où sont-ils ? Qui sont-ils ?
    Nous sommes un peuple à la mémoire courte et qui a du mal à exiger aux dirigeants d’assumer leur responsabilité, d’hommes, de dirigeants.
    Mieux vaut donc oublier cette folle idée de réclamer des responsables et parlons plutôt de « confiance ». Les
spécialistes en la matière croient que la confiance est un élément fondamental dans le fonctionnement d’une société.
    Daprès eux, on peut apprécier quatre grands niveaux :
            - Le niveau individuel (la confiance est une attente individuelle, optimiste quant au résultat d’un événement).
            - Le niveau interpersonnel (la confiance renvoie  aux notions de dépendance et de vulnérabilité. Son caractère interpersonnel peut être une condition de la coopération,   notamment dans le contexte de relation inégale entre les
parties).
            - Le niveau des transactions économiques (les   échanges économiques pourraient être considérés comme une forme de comportement interindividuel établi dans un climat confiance).
            - Le niveau des structures sociales (L’une des   missions de la loi est de garantir ou de sécuriser les conduites de confiance. Le processus du développement économique tend à déplacer la confiance du plan individuel au plan social).
    Chez nous cependant, la confiance semble être quelque chose de différent. Il est assez courant d’entendre dire de quelqu’un, « Se pa nèg pou fè konfyans ». Parfois même, on ajoute aussi, si la situation l’exige :

« mové moun ». Je crois que chez nous, chers amis lecteurs, s’il y a quelque chose dont les racines n’ont jamais été ni profondes ni nombreuses, dont l’existence sur notre territoire est quasiment résiduelle, c’est la confiance. Nous avons même parfois peur de la cultiver. On ne pense qu’à soi tout en se foutant pas mal du sort de l’autre. Entre nous, il n’y a que méfiance, et cela explique, en partie, la situation du pays.
    Chers amis, le premier janvier 1804, notre pays s’est transformé en « terre d’émancipation des Noirs », en « terre de liberté ». Nous avons donc été, au long de 312 ans, « terre colonisée », puis « terre de pirates », ensuite « terre d’esclavage » pour devenir enfin terre de liberté. Cependant, 294 ans (1510-1804) d’exploitation sauvage de l’être humain « nègre », considéré inférieur, ont fait de cette terre une « terre d’exploitation », dans laquelle le mot « confiance », peut ne pas vouloir dire ce qu’il pourrait signifier sous d’autres cieux.
     Enfin, chères amies lectrices et chers amis lecteurs,cela explique pourquoi nous n’avons donc jamais eu l’occasion de voir fleurir et s’épanouir, chez nous, cette « superbeté »qu’est la confiance. La confiance mutuelle. En réalité, comment ne pas se méfier de ses semblables si, entre semblables, on se vend, on se trahit, on s’entretue, on s’exploite.   

      L’élément de couleur n’étant que simple anecdote. Il y a donc tout un travail de base à faire. La confiance à rétablir. Un climat de confiance qui nous permette d’avancer ensemble. Ce qui pis est, celui qui ne fait pas confiance aux autres généralement n’inspire pas confiance. Voilà pourquoi on nous surveille. Du coin de l’oeil parfois.Des deux yeux, très souvent. Malgré cela, nous avons obtenu des « milliers de lions ». Cessons donc de « ransé pou anyen » et pensons que près de 10.000.000.000 de dollars est une somme suffisamment intéressante pour nous intéresser à vouloir changer le pays. Même si, en passant, certains d’entre eux, certains d’entre nous (pour être honnête), pensons déjà que l’accès à une partie de cette somme pourrait bien nous faciliter la vie. De fait, si nous faisons bien les choses, il en sera ainsi. Que nous soyons « Minis », « DG » ou «Bon Boss ».

      Cependant, si nous n’arrivons pas à établir un climat de confiance chez nous, il nous sera difficile de créer un climat économique attrayant pour les investisseurs, un climat social favorable à la transformation du pays, favorable à la création d’une société moderne, créatrice de bien-être individuel et collectif. Si nous ne prenons pas les choses au sérieux afin de créer une société dont le fonctionnement serait basé sur la confiance mutuelle, il se pourrait bien qu’après avoir dépensé les 9.9 mille millions, la situation du pays soit pire qu’avant et qu’après dix-huit mois ou dix-huit ans, nous soyons toujours sous les décombres.
        Enfin, chers amis lecteurs, le sort d’Haïti se jouera les 18 prochains mois. Si nous arrivons à inspirer confiance, à créer un climat de confiance dans notre société haïtienne, de sorte que, quiconque voulant faire affaire ne se trouvera pas toujours en face d’un « abuseur », la tragédie du 12 janvier aura peut-être servi à quelque chose. Ayons donc le courage d’avoir cette confiance inébranlable que nous pouvons nous forger un avenir meilleur.

 

Oscar Germain
germanor2005@yahoo.fr
Avril 2010
Mercredi 07 Avril 2010
Haïti en Marche • Vol XXIV • N° 11

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