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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Chili: Université en faillite, étudiants à la rue. Par Laurie Fachaux

Publié par siel sur 8 Juin 2013, 12:05pm

Catégories : #NUESTRA AMERICA

Le siège de l’Université de la Mer à Reñaca, pendant son blocage, le 26 mars.Le siège de l’Université de la Mer à Reñaca, pendant son blocage, le 26 mars.© Laurie Fachaux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 L’Université de la Mer devrait fermer ses portes en février 2015, faute d'homologation et d’argent. Ses fondateurs l’ont ruinée après s’être enrichis sur le dos des 18 000 étudiants encore inscrits l’an dernier. Depuis que le scandale a éclaté, 4 000 fonctionnaires ont été licenciés. Et surprise, la fac de médecine de Reñaca a fermé dès le mois dernier.

 

 

 

 

Le scandale de l'Université de la Mer symbolise les dysfonctionnements du système éducatif chilien. L’un des plus coûteux du monde et mal régulé, il ouvre la porte aux charlatans et à la corruption.


 

« Nous sommes complètement abandonnés par l’Etat, j’ai étudié quatre ans, et aujourd’hui, je fais quoi ? » Felipe Orellana était censé entrer en 5e année de médecine à l’Université de la Mer (UdM) à Reñaca. A quelques kilomètres de Valparaiso, et à quelques mètres de la plage, on entend les remous de l’Océan Pacifique et le ballet des mouettes, au siège de l’Université de la Mer. L’ambiance n’est pourtant pas à la détente. Jours et nuits pendant quatre mois, Felipe et ses compagnons d’infortune ont bloqué l’université, dormi à même le sol pour empêcher sa fermeture.

 

L'ex-recteur Hector Zúñiga (à la tribune) est assigné à résidence depuis février pour corruption et fraude informatiqueL'ex-recteur Hector Zúñiga (à la tribune) est assigné à résidence depuis février pour corruption et fraude informatique© Laurie Fachaux

 

En décembre dernier, une enquête a révélé que l’établissement n’a plus un sou en poche et ne respecte pas les normes du Ministère de l’Education : il doit son homologation plus à des billets de banque qu’à la construction d’un vrai projet pédagogique.

 

Pendant vingt-trois ans, ses quatre fondateurs ont mis dans leurs poches l’argent de la scolarité des étudiants, au lieu de l’investir dans des salles de cours, des bibliothèques, et même, au lieu de payer les professeurs. Ils auraient aussi investi cet argent dans des pots-de-vin.

 

Jusqu'en août dernier, Patricio Basso était le secrétaire de la CNA.  Etait car il en a été remercié après avoir révélé la corruption au sein de la UdM. La Commission Nationale d’Accréditation est l’organisme du Ministère de l’Education chargé d’homologuer les établissements d'enseignement supérieur. "Eugenio Diaz, l’ancien président de la CNA, a reçu jusqu'à 60 millions de pesos chiliens (100 000 euros) de la part du recteur de l’Université de la Mer pour homologuer son université", assure Patricio Basso.


Les étudiants, premières victimes de la corruption


À raison de 10 000 euros de scolarité par an, Felipe n’a aucune envie de voir s’envoler en fumée les 40 000 euros qu’il a investis, soit l’équivalent de onze années payées au salaire minimum au Chili (293 euros par mois).

 

Depuis l'annonce de la fermeture de l'Université de la Mer, Felipe cherche -encore- où s’inscrire après avoir "frappé à toutes les portes". Il attend une réponse de l'Université San Sebastian depuis la fin mai. L'étudiant en médecine n’est pas« très optimiste », d’autant qu’il croyait en une négociation du Ministère de l’Education avec l’Université de Valparaiso » qui vient d’échouer, ce 5 juin.

 

Felipe Orellana aurait dû commencer sa 5ème année de médecine en avril. Aucune université n’a accepté son dossier. Felipe Orellana aurait dû commencer sa 5ème année de médecine en avril. Aucune université n’a accepté son dossier. © Laurie Fachaux

 

Cette fac devait organiser un examen afin de connaître le niveau des étudiants de la UdM. Du coup avec un groupe d’amis, Felipe passait ses journées à le préparer en révisant ses quatre années de cours. Selon Felipe, l'Université de Valparaiso "très élitiste et conservatrice n’avait pas envie de (les) accueillir". Eux, ces étudiants d’une fac à la mauvaise réputation.

 

« Université de la Mer publique ». L’Etat chilien n’a à aucun moment proposé de racheter des parts de la UdM.« Université de la Mer publique ». L’Etat chilien n’a à aucun moment proposé de racheter des parts de la UdM.© Laurie Fachaux

 

 

Beaucoup critiquent les méthodes d’enseignement et la qualité des cours de l’Université de la Mer. A Reñaca, Felipe a reçu un enseignement dit "ABP" - Apprentissage Basé sur le Problème -. Cette méthode est « innovatrice », explique Cristian Salinas, prof de biochimie à la UdM et à l’Université de Valparaiso. Elle« privilégie des modules basés sur des cas concrets comme "comment soigner une blessure", cela permet à l’élève de se familiariser avec l’immunologie ou la pathologie générale ». A la différence d’une fac traditionnelle où ces disciplines sont enseignées de manière classique.

 

La méthode ABP est une méthode comme une autre, enseignée à la faculté de médecine de Nantes par exemple. Mais au Chili, elle est vue d’un mauvais œil et les étudiants comme Felipe ne sont acceptés nulle part. Pire, pendant leurs stages à l’hôpital de Valparaiso, les étudiants de la UdM auraient été victimes de « bullying ». « Les autres étudiants disaient aux patients de ne surtout pas accepter les soins d’un interne de l’Université de la Mer », m’a rapporté un ancien élève.

 

Que fait l’État ?

 

Après l’annonce de la fermeture de la UdM, l’Etat chilien a mis en place des accords de reclassement des étudiants avec vingt-quatre universités privées. Sans succès. Seuls « 10% des étudiants » de la UdM ont été acceptés dans une autre fac, selon Juan José Ugarte, chef de l’enseignement supérieur au Ministère de l’Education (interviewé en avril, il a démissionné depuis).

 

Felipe affirme avoir écrit à toutes les universités-partenaires. Pas une seule réponse positive, et bien souvent des réponses laconiques, comme celle-ci, de la part de l’Université de Valparaiso.

 

E-mail de l'Université de Valparaiso exposant à Felipe son refus de l'accepter.E-mail de l'Université de Valparaiso exposant à Felipe son refus de l'accepter.© Laurie Fachaux


"Cher candidat,

(...) Nous valorisons votre intérêt pour l’Université de Valparaiso, mais malheureusement vous n’avez pas été retenu par cette voie d’accès."


Des faux médecins aujourd’hui poursuivis par la justice


Aux pots-de-vin s’ajoute le manque de qualification d’une partie du corps enseignant. Les patrons de la UdM employaient du personnel sur la base de faux diplômes, comme Tania Gonzalez, ex-directrice de la fac de médecine du siège de la UdM à Santiago. En détention provisoire depuis décembre, celle qui n’a de médecin que le titre apposé sur un faux diplôme est poursuivie pour la mort de treize patients. Son conjoint et ancien professeur de la UdM, Hector Letelier Pantoja, serait impliqué dans la mort de 52 personnes. Cette semaine (le 4 juin), la justice chilienne l’a d’ailleurs mis en examen pour de nouveaux chefs d’accusation.

 

La pédagogie de lopprimé cesse dêtre celle de l’opprimé et devient la pédagogie des hommes en processus de libération permanenteLa pédagogie de lopprimé cesse dêtre celle de l’opprimé et devient la pédagogie des hommes en processus de libération permanente© Laurie Fachaux

 

Le scandale de l'Université de la Mer s’est notamment soldé par la destitution du 4ème ministre de l’Education du gouvernement de droite, de Sebastian Piñera. La nuit du 17 au 18 avril, la coalition de centre-gauche applaudissait l'éviction de Harald Beyer du gouvernement, coupable selon elle de ne pas avoir pris les mesures nécessaires face à l’enrichissement illicite des facs privées.

 

Un document rendu public montre que le Conseil Supérieur de l’éducation était au courant des dysfonctionnements de l’Université de la Mer et ce, depuis 2004. Cette affaire n’est pas un cas isolé : depuis la privatisation de l’enseignement supérieur par Pinochet, le profit (el « lucro ») est monnaie courante. Plusieurs partis politiques tremperaient dedans.

 

Daniel Farcas, l’ancien recteur de la fac UNIACC, est aujourd’hui candidat aux législatives dans les rangs du PPD (Parti Pour la Démocratie, gauche). En 2010, la Uniacc a étéaccusée de détourner 5 milliards de dollars au fisc chilien

 

« Nous pouvons… / Lutte ! » dans une salle de cours.« Nous pouvons… / Lutte ! » dans une salle de cours.© Laurie Fachaux

 

Herman Chadwick Piñera est le cousin du président Sebastian Piñera et le frère du ministre de l’Intérieur Andrés Chadwick. En tant que président du directoire de l’Université des Amériques, il a lui-même reconnu en juin 2012 l’existence de bénéfices au sein de son établissement, via un tour de passe-passe fréquent :  achat et revente d’actifs immobiliers de sociétés anonymes détenues par… les patrons de l’Université.

 

« Ça a toujours fonctionné comme ça, ceux qui ne sont pas d’accord avec ce système n’ont qu’à en chercher un autre », lâche Herman Chadwick Piñera.

 

Aujourd’hui, onze universités font l’objet d’une enquête, tandis que Felipe songe à étudier en Argentine, si jamais il doit reprendre ses études de médecine dès la 1ère année. Là-bas, il n’aura « que le loyer et la nourriture à payer ». L’éducation publique est gratuite de l’autre côté de la cordillère des Andes, et pas « un bien de consommation » comme l’a indiqué le président Piñera le 19 juillet 2011.

 

Michelle Bachelet a annoncé cette semaine la création d’une université publique dans le Sud du pays, si elle était élue présidente. Sauf que public n'est pas synonyme de gratuit au Chili.

 

Lire aussi : Un an après, la révolte des étudiants chiliens ne faiblit pas

Chili: ce n'est pas une révolte d'étudiants, c'est une révolution!

 

Les « bloqueurs » végétariens demandent à leurs camarades de leur amener des fruits et légumes. Les « bloqueurs » végétariens demandent à leurs camarades de leur amener des fruits et légumes. © Laurie Fachaux
SOURCES : link

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