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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Cahier d'Etudes Africaines. Une ethnologue à Port-au-Prince

Publié par siel sur 9 Mai 2013, 11:01am

Catégories : #CULTURE

Analyses et comptes rendus

Giafferi-Dombre, Natacha. – Une ethnologue à Port-au-Prince

Michaël Lévy
p. 1014-1018
Référence(s) :

Giafferi-Dombre, Natacha. – Une ethnologue à Port-au-Prince. Question de couleur et luttes pour le classement socio-racial dans la capitale haïtienne. Paris, L’Harmattan (« Connaissance des hommes »), 2007, 294 p.

Texte intégral

1L’ouvrage de Natacha Giafferi-Dombre est le résultat d’une recherche de terrain réalisée à Port-au-Prince dans le cadre de la préparation d’une thèse de doctorat en anthropologie. Disons-le d’emblée : quiconque voudrait trouver une présentation organisée et stable des rapports de races ou de couleurs en Haïti directement corrélée à une division en classes de la société serait plus que déçu par cet ouvrage. Loin des interprétations définitives, l’auteure nous invite à un voyage dans une réalité rétive à tout ordonnancement. S’écartant des grilles d’analyse traditionnellement utilisées pour discuter la question ou le « problème de couleur » en Haïti, Natacha Giafferi-Dombre revendique une anthropologie « impressionniste » dont l’objet n’est pas tant de classer que de se laisser porter – et par là même de conduire le lecteur – au gré des rencontres, par des vérités minuscules et éphémères qui, toutes ensemble et au-delà de leurs contradictions, restituent l’atmosphère de la capitale haïtienne. Le livre lui-même finit par ressembler à son objet d’étude : il est foisonnant, déroutant, fatigant même, comme peut l’être toute traversée de cette capitale brûlante et chaotique qu’est Port-au-Prince. Les pages sur Port-au-Prince sont particulièrement réussies et dignes de la meilleure anthropologie urbaine. La ville est décrite avec une grande précision. L’acuité du regard, qui dit la pertinence de l’analyse, n’est pas celle du visiteur naïf. Elle révèle la familiarité de la chercheuse avec son terrain, sa connaissance intime des lieux et des manières d’habiter. L’auteure ne cache pas, dans un avant-propos, les liens étroits qu’elle a tissés avec le pays ; sa fille est à demi-haïtienne. Pour autant, la familiarité ne conduit nullement à la complaisance, à l’idéalisation de l’objet d’étude ou à la banalisation du trop connu. Les mots de l’anthropologue sont parfois très durs : « ville corruptrice », « démocratisation de l’abus », « individualisme ». Parfois, les commentaires de l’auteure s’absentent et la ville s’anime sous nos yeux. Natacha Giafferi-Dombre oriente notre regard sur une multitude de petites interactions. Erwin Goffman n’est jamais très loin. Chacun prend place dans la rue, « partout où s’asseoir est possible ». Les passants s’interpellent : des commentaires sont lâchés sur la perte de poids de celui-ci qu’on n’avait plus vu depuis longtemps (toute perte de poids équivalant à un soupçon de sida), ou sur la bonne corpulence de tel autre (l’embonpoint trahissant la réussite financière). Les marchandes de rue, revendeuses de légumes, fruits, feuilles, piles, vernis à ongles ou vêtements d’occasion installent leurs casiers à proximité des chaudières (marmites) dans lesquelles mijotent leschen jambe, ces plats complets « que le chien enjambe ou a enjambé ». Lastreet corner economy port-au-princienne est finement décrite et analysée en quelques pages. L’amateur de classement ou de hiérarchie trouvera ici une présentation détaillée des différents moyens de locomotion individuels ou collectifs utilisés dans la ville : depuis le Tête-Bœuf individuel, logo de Toyota, véhicule de prédilection des bourgeois, des politiques, des vendeurs de drogue ou des membres d’ong, jusqu’au camion collectif sur lequel « sont entassés pêle-mêle sacs de charbon, paniers de fruits et de légumes » que viennent vendre en ville les nouveaux citadins. Sans oublier, bien sûr, les tap-tap, les taxis collectifs, les motocyclettes ni même les simples manan, contraints de marcher dans une ville presque sans trottoir.

 

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