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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Dimanche idantite ayisyen, A propos de l'identité des citoyens, par A. Talleyrand (3)

Publié par Elsie HAAS sur 8 Novembre 2009, 10:15am

Catégories : #A.TALLEYRAND chroniques

    La croyance des indigènes et des esclaves d'origine africaine fut rabaissée à de primitives superstitions parfois à de l'idolâtrie et le plus souvent de la sorcellerie. Toutes les superstitions de l'Europe médiévale leur furent attribuées, même la poupée de sorcières accompagnée de son aiguille connue  depuis l'antiquité  pour jeter un mauvais sort  sur un ennemi ou un adversaire  ( et même le désir de le tuer ) passait comme une intervention (la poupée de Vodou et l'aiguille ) de cette force productive enchaînée. (6)
    Ces êtres humains, malgré les malheurs de leur captivité et l'horreur de la traversée de l'Atlantique, avaient apporté avec eux toutes leurs coordonnées métaphysiques, leur système de communication et d'information que la sauvagerie des Européens n'avait pas effacé de leur mémoire. Malgré l'interdiction de pratiquer les éléments liés à leur nature,  ces individus enchaînés contre leur volonté avaient gardé en essence l'âme  et le rythme de leur culture en accord avec leurs traditions ancestrales. Malgré l'interdiction de la parole et de l'écriture du maître d'origine française, ils avaient pu communiquer leur sentiment en créant leur propre langage. l'information en général, contrôlée par l'administration coloniale n'était pas à leur portée. Toute communication du savoir écrit de la France leur était interdite. Les Européens avaient empêché à cette main d'oeuvre soumise de penser à sa liberté afin d'éviter d'incontournables représailles.
    L'originalité du système colonial, depuis 1492, résidait dans l'emploi de la terreur tant physique que spirituelle. Les conquérants avaient misé, en brisant leurs échines par des actes aussi barbares que cruels, sur la docilité et la loyauté de ces êtres humains pour être en paix avec leur conscience. Ils les avaient marginalisés et infériorisés pour les rendre dépendants du maître et du système esclavagiste afin de justifier l'ordre nouveau (à l'époque) qu'ils avaient établi. Plus ils côtoyaient le maître, plus ils avaient la chance d'une meilleure émancipation.
    Malgré l'abominable Code de Colbert qui avait transformé ces êtres humains en choses à produire, ils avaient chanté, dans leur langue, leur peine et leur résistance et ils s'étaient rebellés contre le système, contre l'oppression et contre l'esclavage. Malgré le souci constant du pouvoir colonial pour intimider et asphyxier la main d'oeuvre servile, ces êtres  humains enchaînés  n'avaient pas hésité à se révolter afin de revendiquer un droit naturel : celui d'être libre.
    La langue devait-elle être écrite pour que la tradition fût transmise aux nouvelles générations ? L'art devait-il se soumettre aux exigences de la conservation écrite pour véhicuelr les traditions culturelles ?
Malgré leurs déboires continuels et leurs rudes épreuves pendant plus de trois cent ans, ils avaient gardé dans leur mémoire l'organisation social de leur lieu d'origine, les valeurs religieuses apprises de leurs ancêtres et leurs connaisances techniques pour les combiner avec la mémoire des populations conquises puis soumises en Amérique. Une véritable armoire de connaissances qu'ils devaient réserver et transmettre, malgré la répression  et la cruauté de l'administration coloniale, des planteurs et des propriétaires de moulin.Toute cette connaissance cachée et codée restait, le plus souvent incomprise du maître et des fouetteurs.
    De l'Espagne à la France, les concepts de déshumanisation de la force de travail n'avaient pas changé. L'institution esclavagiste en Amérique avait été inventée pour satisfaire les intérêts économiques de la classe dirigeante et du pouvoir colonial et non pour évangéliser ce sauvages. Cette institution manipulait moralement et aussi culturellement la conscience des esclaves dans le but de surexploiter  avec sauvagerie plus d'un million d'êtres humains humiliés et avilis. Toutes ces horreurs avaient été planifiées et exécutées selon les besoins du capital et du marché du sucre.
    En 1528, les Espagnols avaient entrepris la construction de l'Université de Santo Domingo où tout individu libre pouvait jouir du savoir académique. Toutes less couches sociales avaient été forcées d'apprendre et de s'exprimer dans la langue de l'oppression. même leur nom d'origine avait été hispanisé avec le système de l'encomienda (7) (Unidos en el mismo idioma- unis dans la même langue)
    Sur la partie ouest de l'île, ceux qui vaquaient librement à leurs activités n'avaient pratiquement aucun centre universitaire pour s'instruire et s'informer. A part quelques clubs et surtout des associations de Francs-maçons,(8) Les colons français n'ont pas laissé de traces importantes sur le plan éducatif. l'accumulation des richesses était le bien-fondé de leur entreprise coloniale. Ils n'étaient pas préoccupés par la vulgarisation du pain de l'instruction. Cette initiative était, aux yeux des maîtres des esclaves, une entrave à l'accomplissement de l'objectif colonial. (9) la langue française était utilisée comme un véhicule de communication parmi les planteurs et les marchands, dans l'administration et pour certains services religieux. Il était même interdit aux colons de permettre aux esclaves d'acquérir des connaissances, sauf l'enseignement religieux, sous peine d'être privé de leurs esclaves. La langue française n'était pas mise à la portée des esclaves dont la sous-humanité était déjà remarquablement acceptée par les oppresseurs. Ils étaient trop bêtes et trop idiots pour comprendre les nuances d'une langue aussi supérieure et raffinée.
Or, une expérience déplorable a prouvé que l'abus des lumières est souvent le principe des révolutions, et que l'ignorance est un lien nécessaire pour les hommes enchaînés par la violence ou flétris par les préjugés. Ce serait donc une imprudence bien dangereuse de tolérer plus longtemps, dans la colonie, des écoles pour les nègres et les gens de couleur. Qu'iraient-ils apprendre dans ces établissements ? Ils n'y puiseront pas les connaissances supérieures qui feront de l'homme éclairé le premier esclave de la loi; et leur intelligence enorgueillie d'une instruction imparfaite et grossière, leur représentera sans cesse le régime colonial comme le code de la tyrannie et de l'oppression.(10)
p.7,8,9,10,11,12 du livre.
A SUIVRE

Notes
(6) Leaming Huhgo Prosper-Hidden Americans: Maroons of Virginia and the Carolinas- Garland Publishing Inc. 1995, p.347 "La poupée de sorcière n'est pas une particularité haïtienne ou africaine." Voir aussi : Batchelor Forsyth Julie et De Lys Claudia- Superstitious ?, Scholastic Book Services. 1954. p.127.
(7) Cambeira Alan- Quisqueya la Bella. p.17. "Vers 1537, les rebelles du Bahoruco avaient formé une société libre, structurée et bien organisée. Leur chef, Juan Vaquero, un africain d'origine, avait eu son nom "hispanisé" par les Espagnols."
(8) Saint Mery Moreau de- Description de la Partie Française de St. Domingue, p.344-347. Voir aussi Fouchard Jean- Plaisir de St.Domingue, Ed. Deschamps, 1988. p.98-99
(9) Article de Dore Guichard : Survol Historique de l'Ecole en Haïti 1492-1999. Le Nouvelliste le jeudi 22 avril 1999.
(10) Instruction de Villaret, cité par A. Cochin dans : l'Abolition de l'Esclavage. Tome 1, p.12-13

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