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Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


A propos d'une photo des "nantis d'Haïti".

Publié par siel sur 8 Novembre 2012, 12:00pm

Catégories : #REFLEXIONS perso

 

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Cette photo montre un couple de bourgeois haïtiens, posant dans leur salon.

 

Ils sont entourés d'oeuvres d'art inspirées de l'imaginaire populaire haïtien.

 

Rien d'anormal.

 

Dans tous les pays  du monde les riches aiment  s'entourer d'oeuvres d'art qu'elles soient occidentales, ou comme ils disent "primitives", issues de pays non-occidentaux.

 

En fait, on pourrait même se dire qu'il s'agit de bourgeois "éclairés" puisqu'ils 

décorent leurs maisons d'oeuvres haïtiennes et non pas de reproductions d'artistes occidentaux.

 

Ce qui a retenu mon attention, c'est, à droite de la photo, comme dans un cadre, les femmes en uniforme.

 

On pourrait penser qu'il s'agit d'un tableau accroché au mur.

 

En y regardant de plus près, on a un doute.

 

S'agit-il d'une peinture ou de femmes en chair et en os et en uniformes ?

 

Sont-ce des les domestiques qui apparaissent dans une ouverture de la pièce qui donne sur l'extérieur ?.

 

Chapeau pour le photographe qui a su, l'instant d'un cliché, capter cette scène.

 

Oeuvres artistiques populaires d'un côté,   de l'autre,  bonnes en uniforme  s'infiltrant dans le décor.

 

Ce que dit la photo c'est que ces  bonnes en uniforme se retrouvent au même niveau que les tableaux.


Sont-ce de vraies personnes en chair et en os ?


 L'ambiguité demeure.

.

On pourrait les accrocher au mur comme un tableau.

 

Leur  présence dans ce lieu est similaire à celle des autres objets, inanimée.

 

Ce qui nous ramène aux esclaves considérés comme  des biens meubles.


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Et à se demander pourquoi, diantre, la bourgeoise haïtienne, comme on  le voit dans cette fameuse photo de Brandt, ressent -elle le besoin de faire porter des uniformes de soubrettes à leurs domestiques, comme , il y a  plus d' un siècle en Europe ?

 

C'est comme si, le port de l'uniforme, les protégeait des corps vivants porteur de leurs histoires de vie, des microbes que leurs domestiques pourraient amenés d'un monde dangereux de l'autre côté de la frontière, un monde sans électricité, sans eau,  sans commodités, mais plein de sang et de larmes - de déjections.


J'ai été choquée, une fois que, sonnant à la porte de M. Barthelemy, l'auteur du "Pays en dehors", je me suis retrouvée face à une jeune femme Noire haïtienne, leur domestique, en uniforme


C'était en plein à Paris. Ou dans la banlieue prôche.


M. Barthelemy n'est pas, que je sache, sorti de la cuisse de de Jupiter, ses origines familialles sont, pour le moins, modestes.


Pourtant, lui également, l'auteur du "Pays en dehors,"  suite à son long séjour dans les "Tristes Tropiques", se payait le luxe d'avoir en plein Paris une femme Noire en uniforme à son service.

 

Bon, cette réflexion à partir de photos vaut ce qu'elle vaut. Je ne suis pas sociologue, ni ethnologue, ni anthropologe, ni philosophe. 

 

Je  me place, ici,  dans le questionnement des signes, des représentations et des symboles comme n'importe quel  autre citoyen qui regarde  attentivement des photos.


En conclusion, j'en suis arrivée à me demander si, tout simplement, ce port de l'uniforme n'était pas pour la bourgeoisie haïtienne, un des mille et un stratagèmes utilisés  pour se masquer les réalités socio-économiques du pays  et  poser une frontière  -symbolisée  par le corps d'une jeune femme revêtu d'un en uniforme- entre  eux, les humains, et les moins que rien, "les restes" de la population.

 

Restavek non plus en haillons, comme chez les petis bourgeois prolétarisés, mais restavek quand même en uniformes.


D'un côté comme de l'autre, en fin de courses,  des haillons à l'uniforme façon Mac Donald, l'autre, le pauvre, est relégué au rang  de non-personne.

 

Une bonne en uniforme peut remplacer une autre bonne en uniforme.


C'est l'unique identité qui lui est octroyée. Suite de :En Haïti, comme au temps de l'esclavage, les gens n'ont pas de généalogie

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Parallèle avec Caracol. Où là, également, il s'agit  à travers le déguisement de délimiter les frontières.


Parce que, mezanmi, dans une fête de "rêve", comme celle de l'inauguration du sweatshop, pourquoi les ouvriers- qui ne sont pas au travail-  n'auraient-ils pas le droit de revêtir, comme tout un chacun, leurs habits de dimanche ?


 


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