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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Lire Gouverneurs de la Rosée par Guy Cétoute

Publié par Elsie HAAS sur 2 Mai 2009, 09:33am

Catégories : #G.CETOUTE chroniques

Guy Cétoute a entrepris un travail remarquable d'analyse du roman de Jacques Roumain. C'est l'occasion  providentielle de vous présenter, lectrices et lecteurs de ce blog Haïtiens et étrangers les dits de M. Cétoute, que vous pourrez retouver à la rubrique qui porte son nom.

 

 

Lire : « Gouverneurs de la rosée » de Jacques Roumain.

 

L’espace et le temps comme champ de signifiance dans : « Gouverneurs de la rosée » de Jacques Roumain.      L’espace et le temps sont des notions si prenantes dans le roman que, pour un peu, on pourrait les considérer comme des personnages à part entière. Ce qui doit nécessairement nous amener à émettre l’hypothèse qu’un certain sémantisme s’attache au binôme espace-temps dans le roman de Jacques Roumain, et cela sous deux aspects différents : soit sous forme d’une correspondance étroite entre l’espace et le  temps aboutissant à un chronotope; soit en considérant le binôme spatio-temporel comme reflet ou miroir de l’état social. Comme si, dans le second cas, il y aurait possibilité d’étudier l’état social comme reflet du dyptique espace-temps comme une topographie dans laquelle les gens sont parfaitement intégrés. Voilà donc deux hypothèses de lecture qu’il importe d’illustrer en questionnant le texte avec soin. Dans l’ordre, nous commencerons par le premier thème d’étude : chronotope

 

Chronotope romanesque et perception du monde dans le roman : « Gouverneurs de la rosée » de Jacques Roumain. L’espace et le temps jouent manifestement un rôle important dans l’économie du récit au travers des nombreuses descriptions des lieux et les  multiples repères spatiaux qui y abondent. Nous sommes enclins à penser que les deux notions sont étroitement liées entre elles et qu’ils doivent  proposer une réflexion globale sur le savoir et la perception du monde du texte, et cela à la lumière du concept de chronotope conçu par Bakhtine Michaël dont il faut rappeler ici la définition : « La corrélation essentielle des rapports spatiaux-temporels, telle qu’elle a été assimilée par la littérature » Une autre manière d’appréhender le nouveau concept reviendrait à le considérer comme «  une catégorie littéraire de la forme et du contenu » A ce second niveau, on aborde à des catégories littéraires plus familières. Par ailleurs l’étude du chronotope débouche naturellement sur une réflexion sur < la perception du monde à travers les relations spatio-temporelles, prises au sens large du roman, c’est-à-dire sur la façon dont il faut surtout étudier comment cette perception émane du récit global » (POETIQUE NOVEMBRE 2007/SEUIL No 152, article <Chronotope romanesque et perception du monde A propos du Tour du monde en quatre-vingts jours< par Hans Färnlöf)

 

Dans le texte, une attention particulière est portée aux phénomènes atmosphériques ayant trait à la succession Jour//Nuit, comme au temps de la création du livre de la Genèse de la Bible. Avec une grande régularité, de chapitre en chapitre, on voit finir le jour et commencer la nuit, ainsi se déploie invariablement la chaîne des jours. Aussi à la page 26, on peut lire : « Bientôt la nuit serait là », puis à la page 46, on assiste à la «  fin de jour », et page 47, c’est

L’ «  avant-jour » qui pointe. Ensuite, page 93, c’est la < Nuit< Plus loin, à la page 151, on a tout un luxe de détails météorologiques : « Le jour a pris fin avec la brume, le ciel s’est brouillé, le morne s’est effacé, le bois est entré dans l’ombre, une mince serpette de lune sd’est mise à voyager dans les nuages et la nuit est venue »

 

Sur un autre plan, l’échelle des températures n’est pas négligée qui informe sur l’état des saisons. Ainsi, il nous est loisible de constater une constance estivale marquée par <la chaleur » Attention portée tout aussi bien sur les phénomènes atmosphériques tels que< vent p. 82< et la pluie  p. 23 : « Le ciel noir s’ouvrait pour l’averse, l’avalanche, l’avalasse torrentielle »

 

Ne sont pas négligés les repères temporels qui renvoient au passé. Des mentions telles que : <A l’époque<, puis <autrefois en cette saison<, ensuite < puis les temps commençaient à changer<  faites par Bienaimé permettent de mesurer la profondeur du recul temporel ; pour sa part Délira a évoqué l’espace-temps de l’absence de Manuel en terme de :  < Il y a si longtemps qu’il est parti< Pour ce qui est de Manuel, à son retour de Cuba,  s’est reporté à ce passé en disant à Annaïse : < De mon temps< Autre manière enfin de marquer le temps est la mention d’un phénomène historique : <Feu Johanne Lonjeannis est mort, - on l’appelait Général Lonjeannis parce qu’il avait fait la guerre avec les cacos »

 

Pour ce qui est de l’espace, sa présence obsédante accompagne les pas de Manuel dans ses déambulations de long en large dans Fonds-Rouge dans la quête ardue pour dénicher le nid de l’eau. Dès son arrivée, il a annoncé la couleur en embrassant < du regard// ce paysage trouvé< Et il a entamé une inspection en règle des lieux rendue par les verbes de mouvement <descendit le sentier<, puis <remonta lentement l’autre versant<, ensuite < prit le chemin d’une butte couronnée de lataniers< Pour un temps qu’on n’a pas jugé bon de mesurer’, il a sillonné de fond en comble tout le petit territoire. Ses va-et-vient avaient pour effet d’inquiéter sa mère qui s’est demandé un jour : Qu’est-ce qu’il peut bien chercher dans ces mornes ?< Et c’est dans ce même chapitre VIII qu’il allait trouvera le trésor tant recherché dans les parages du <figuier maudit<

 

Le futur est la référence de tous les projets de Manuel exprimé au futur simple de l’indicatif : <Un jour, quand nous aurons compris cette vérité, nous nous lèverons d’un point à l’autre du pays et nous ferons l’assemblée générale des gouverneurs de la rosée, le grand coumbite travailleurs de la terre pour défricher la misère et planter la vie nouvelle<

Présence de la n

 

Adéquation entre binône spatio-temporel et état social          Il y a indubitablement corrélation entre fait humain et habitat dans le livre. C’est le cas de dire ici bêtement que  l’homme de Fonds-Rouge est le produit de son milieu, le milieu même qu’il s’est créé. Cette volonté d’adéquation homme-milieu s’est fait jour de diverses manières. La plus importante demeure la dégradation spatiale témoignant de la dégradation économique et sociale. En ce sens les couleurs jouent un rôle essentiel. Par exemple le <vert< est le symbole de la bonne santé économique ou signe de prospérité tandis que le dégradé chromatique est la preuve de la détérioration sociale. On a ainsi une déclinaison < Gris-fer< et du  <du gris violacé< de la <Sale couleur rouillée< et du <rougeoiement trouble<

 

 L’homme, très lié au cosmos, fait partie intégrante de la nature, il n’y est pas en dehors. Il y a rapport entre  l’homme, le coq, les oiseaux qui chantent ensemble et pâtissent des mêmes contingences. On peut mettre cela, en partie, sur le compte de l’emprise de la philosophie de l’animisme qui postule l’harmonie homme-nature. La vision cosmique des transmigrations des âmes d’Haïti à la Guinée vient delà. Dans le livre, nous avons l’exemple du mariage mystique avec la terre du fils de Bienaimé : « Manuel s’étendit sur le sol. Il l’étreignit à plein corps »

 

Et le trait le plus décisif de la corrélation homme-nature est donnée dan ce passage-manifeste dans lequel le végétal est décrit comme un être humain : « U arbre, c’est fait pour vivre en paix dans la couleur du jour et l’amitié du soleil, du vent, de la pluie. Ses racines s’enfoncent dans la fermentation grasse de la terre, aspirant les sucs élémentaires, les jus fortifiants. Il semble toujours perdu dans un grand rêve tranquille. L’obscurité montée de la sève le fait gémir dans les chaudes après-midi. C’est un être  vivant qui connaît la course des nuages et pressent les orages, parce qu’il est plein de nids d’oiseaux »

 

 

La cosmologie corrélative dans le roman de Jacques Roumain        

  A ce niveau de notre étude, nous voulons pousser encore plus loin la corrélation déjà établie entre la vie sociale et l’environnement ambiant agissant comme deux phénomènes connexes. Ce qui nous amènera à emprunter à la philosophie chinoise le concept de <cosmologie corrélative< qui permet d’expliquer le macrocosme, le microcosme et leurs interactions. Plus largement, on apprend que « La pensée chinoise considère l’univers comme une totalité où les éléments s’emboîtent et interagissent les uns sur les autres : en raison de cette interdépendance, tout phénomène peut être interprété comme la résonance d’un autre » (< Tout se répond dans l’univers. Le système monde< de Damien Chaussande. Nouvel Observateur Hors-Série. M02802)

 

Ce qui suppose l’existence de correspondances entre divers éléments de l’univers, de la société humaine et de l’homme en tant qu’être biologique, il intègre les phénomènes naturels, les points cardinaux, les couleurs ou les saveurs. Dans cet ordre d’idées, on peut dire que le problème crucial rongeant Fonds-Rouge, c’est-à-dire la <sécheresse<,  peut-être analysée comme une conséquence directe et nécessaire de la déchirure  familiale intervenue entre le clan familial des Josaphat Jean-Joseph face au clan de Doresca. Il y a corrélation étroite entre misère et disharmonie sociale reflétée sous forme du dégradé chromatique des  nuances du gris, et correspondance entre harmonie et prospérité dont la couleur est le vert. Les problèmes ont commencé à Fonds-Rouge à la suite de la querelle vécue comme scène primitive de la naissance du pire. C’est en tout en ces termes qu’il faut lire les propos de Bienaimé regrettant l’époque harmonieuse où régnait la prospérité grâce à l’harmonie communautaire : « A l’époque, on vivait tous en bonne harmonie, unis comme les doigts de la main et le coumbite réunissait les voisins pour le récolte ou le défrichage »

 

Manuel a compris le message de l’interaction entre harmonie humaine et harmonie naturelle ou cosmique, c’est pourquoi l’accent a été mis sur la réconciliation au sein de la communauté, même si, dans son optique limitée, c’était par le biais de l’eau qu’elle se ferait : « Il faudrait organiser un grand coumbite de tous les habitants et l’eau les unirait à nouveau, son haleines fraîche disperserait l’odeur maligne de la rancune et de la haine »

 

En définitive, tout fait sens, dans le texte. Par exemple, le Temps en alternant le Jour et la Nuit, entre en résonance avec les deux grands symboles du Bien et du Mal, le second étant associé à disharmonie, sécheresse, misère, sang, haine, ténèbres, et le premier à Amour, lumière, eau, prospérité, etc. L’espace, pour sa part, par son aspect décrépi, est associé aussi à misère et disharmonie. Si l’on émet l’hypothèse de l’existence de forces cosmiques, on évoquerait l’idée de punition des humains pour leur égarement moral…..Peut raisonnablement-on pousser le bouchon jusque-là ? Et pourquoi pas…..

 

 

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