L' article de l'Express, journal marqué à droite, publié en 1994 et réédité en
2004, permet de comprendre
la construction qui a permis d'aboutir au "capitalisme du désastre" qui a ravagé Haïti, son coup d'Etat de 2004
La maîtrise de trafics juteux
Grisé par son impunité chronique, le général Raoul Cédras renonce à entretenir l'illusion de la légalité. Naguère soucieux de cultiver un profil d'officier policé, le général mulâtre s'affiche en
compagnie d'étranges cerbères. Sa sécurité rapprochée échoit à une clique de gros bras d'ascendance syro-libanaise, cagoulés de noir. Détenteur d'un passeport américain, l'inquiétant Romeo Halloun,
mentor de ces «ninjas» des Caraïbes, siège dans l'antichambre exiguë du commandant en chef, aux côtés du Canadien Lynn Garrison, éminence grise au passé tortueux. Quoique dirigé par Emile
Jonassaint, ancien président de la Cour suprême, le gouvernement provisoire installé en mai dernier par les putschistes paraît lui aussi céder au laisser-aller. Pour preuve, cette perle due à Carl
Denis, ancien armateur, propriétaire d'un restaurant à l'enseigne du P'tit Porc et conseiller au palais: «Difficile de retourner à l'ordre légal sans fermer les yeux sur la lettre de la
Constitution.» A l'en croire, une abstention massive ne ternirait en rien la validité du scrutin que le «régime de facto» prétend convoquer avant le printemps 1995. Aussi avide de reconnaissance
planétaire que de blanc-seing électoral, ce semblant de pouvoir peine à imposer son autorité. Même quand il place sous scellés une cargaison de carburant humanitaire ou entrave l'évacuation vers
les Etats-Unis de centaines de réfugiés politiques haïtiens. De même, le cabinet fantoche prétendra avoir signé avec le Vatican un contrat de livraison de blé. Marché vigoureusement démenti au
Saint-Siège, pourtant connu pour sa bienveillance envers les tombeurs d'Aristide. Etrange gouvernement, témoin passif de l'effondrement de la gourde - la monnaie haïtienne - de l'envolée des prix
et du naufrage de l'économie. Jamais Port-au-Prince n'a tant marché: le «tap-tap», taxi collectif, s'avère trop cher. Chaque semaine, Rose-André nourrit 14 personnes avec 100 gourdes. De quoi
acheter deux poulets. Recherché, son mari, agronome, se cache à deux heures d'ici; il n'a pas vu ses trois gamins depuis avril. La fabrique de bonneterie où travaillait sa fille a fermé en juin. Si
un enfant tombe malade? Elle joint les mains et lève les yeux au ciel: «On prie.» A qui la faute? «A l'ambago.» Cet embargo qui accable les démunis, écorne l'opulence des nantis et laisse les
galonnés de marbre.
http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique/les-pantomimes-de-port-au-prince_491687.html
Par Elsie HAAS
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Publié dans : 2009 peuple sans mémoire
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