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Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Entretien intéressant avec le sociologue Alain Louis Hall sur Intersection (23.10)

Publié par siel sur 11 Août 2017, 15:40pm

Catégories : #VIDEOS, #CULTURE, #REFLEXIONS perso

Alain Louis Hall qui fait partie des quelques intellectuels  contemporains haïtiens que je prends plaisir à lire, expose quelques unes de ses réflexions autour du déni d'identité présent dans l'ensemble de la société haïtienne.  Des répercussions sur l'évolution de cette société. Du traumatisme enfoui de l'esclavage et des formes par lequel ce trauma se manifeste qui sont des éléments à prendre en compte pour comprendre les structures de cette société post-coloniale.

Je vous fais découvrir ce poème d'Aimé Césaire en résonance  avec  les propos, réflexions, interrogations de M. Hall..




Et moi, et moi,
moi qui chantais le poing dur.
Il faut savoir jusqu'où je poussai la lâcheté.
Un soir dans un tramway en face de moi, un nègre.
C'était un nègre grand comme un pongo qui
essayait de se faire tout petit sur un banc
crasseux de tramway ses jambes gigantesques
l'avait laissé, le laissait. Son nez qui semblait
une péninsule en dérade et sa négritude même qui
se décolorait sous l'action d'une inlassable
mégie. Et le mégisser était la Misère. Un gros
oreillard subit dont les coups de griffes sur ce
visage s'était un ouvrier infatigable, la Misère,
travaillant à quelque cartouche hideux. On voyait
très bien comment le pouce industrieux
et malveillant avait modelé le front en bosse,
percé le nez de deux tunnels parallèles et inquiétants,
allongé la démesure de la lippe, et par un chef-d'oeuvre caricatural,
raboté, poli, verni la plus minuscule mignonne petite oreille de la création.
C'était un nègre dégingandé sans rythme ni mesure.
Un nègre dont les yeux roulaient une lassitude sanguinolente.
Un nègre sans pudeur et ses orteils ricanaient de façon assez puante
au fond de la tanière entrebâillée de ses souliers.
La misère, on ne pouvait pas dire, s'était donné un mal fou pour l'achever.

Elle avait creusé l'orbite, l'avait fardée d'un fard de poussière et de chassie mêlées.
Elle avait tendu l'espace vide entre l'accrochement solide des mâchoires et les pommettes d'une vielle joue décatie. Elle avait planté dessus les petits pieux luisants d'une barbe de plusieurs jours. Elle avait affolé le cur, voûté le dos.
Et l'ensemble faisait parfaitement un nègre hideux, un nègre grognon, un nègre mélancolique, un nègre affalé, ses mains réunies en prière sur un bâton noueux. Un nègre enseveli dans une vieille veste élimée.
Un nègre comique et laid
et des femmes derrière moi ricanaient en le regardant.
Il était comique et laid,
comique et laid pour sûr.
J'arborai un grand sourire complice
Ma lâcheté retrouvée!

Aimé Césaire Cahier d’un retour au pays natal

pp. 40-41

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