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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


La leçon dominicaine - Par Thomas Lalime

Publié par Thomas Lalime sur 7 Juin 2017, 11:24am

Catégories : #AYITI-RD relations, #AYITI ROSE RAKET, #AYITI EXTREME DROITE, #PEUPLE sans mémoire...

Participants à la marche verte contre la corruption et caricature sur l'enrichissement personnel rapide des dirigeants assimilé à la croissance économique de la RD
Participants à la marche verte contre la corruption et caricature sur l'enrichissement personnel rapide des dirigeants assimilé à la croissance économique de la RD

Participants à la marche verte contre la corruption et caricature sur l'enrichissement personnel rapide des dirigeants assimilé à la croissance économique de la RD

Pourquoi l’herbe est-elle plus verte de l’autre côté de l’île ?

C’est la question que se posent beaucoup d’observateurs haïtiens et étrangers. Deux pays aux origines quasi-similaires mais qui divergent tant en termes de performances économiques sur une période relativement courte, Haïti et la République dominicaine attirent énormément l’attention des économistes du développement. Il s’agit d’un contraste saisissant. D’un Produit intérieur brut (PIB) par habitant en dollars courants identique d’environ 200 dollars américains en 1960, cet indicateur s’élevait à 818 dollars américains en Haïti en 2015 contre 6 468 dollars en République voisine pour la même année, selon les statistiques fournies par la Banque mondiale (1). Un PIB par habitant dominicain en dollars courants de près de huit fois supérieur à celui d’Haïti.

Par rapport à l’Amérique latine et la Caraïbe, la République dominicaine a connu l’un des taux moyens de croissance économique les plus élevés d’environ 5 % sur les 50 dernières années. Parallèlement, Haïti a enregistré l’un des taux de croissance économique les plus faibles avec un taux moyen d’environ 1 % sur la même période.

Comment expliquer un tel écart ? Plusieurs thèses ont été explorées par les chercheurs. L’une d’entre-elles est que cette divergence s’explique, en grande partie, par les différences de décisions politiques prises des deux côtés de l’île.

L’actualité politique dominicaine de la semaine dernière illustre bien cette thèse. Elle confirme le fait que le point fort de la République dominicaine demeure le sens de responsabilité de son élite politique. Celle-ci a su faire face aux grands enjeux aux bons moments. Ainsi, à la dégradation accélérée de l’environnement, les dirigeants dominicains ont pris des mesures de redressement drastiques. À l’origine, les deux pays partageant l’île étaient recouverts de forêts. Les premiers colons européens avaient remarqué que la caractéristique la plus frappante de l’île était l’exubérance de ses forêts, riches en essences de valeur, a fait remarquer Jared Mason Diamond, biologiste évolutionniste, physiologiste et géonomiste américain, dans son ouvrage intitulé Effondrement.

Depuis, les deux pays ont perdu de leur couverture forestière. Mais Haïti a été particulièrement touché par la déforestation, au point qu’il ne subsiste plus que de rares zones forestières importantes. Les zones dites protégées sont minées par des coupes illégales. Le système de réserves naturelles de la République dominicaine, poursuit Diamond, est comparativement le plus vaste et le plus grand de la zone. La verdure saute aux yeux en sillonnant la République voisine.

Parallèlement, les conséquences de la déforestation haïtienne sont visibles : manque de bois d’œuvre et d’autres matériaux de construction forestiers, l’érosion des sols, la dégradation de leur fertilité, une forte quantité de sédiment dans les rivières, le manque de protection par des digues et donc d’énergie hydroélectrique potentielle, la raréfaction des pluies, manque de bois pour confectionner du charbon, le principal combustible pour la cuisson.

Les 28 % de couverture végétale dominicaine contre moins de 5 % en Haïti, soutient Diamond, est le résultat des décisions politiques des dirigeants politiques dominicains. Puisque que, dit-il, ils ont tout fait pour conserver une importante couverture forestière et industrialiser leur pays. Le régime du dictateur Rafael Trujillo avait planifié des barrages pour produire de l’énergie hydroélectrique. Les régimes de Balaguer et des présidents ultérieurs les ont construits. Une bonne preuve de la continuité de l’État.

Balaguer avait lancé à grands frais un programme pour économiser le bois utilisé comme combustible en important du propane et du gaz naturel liquide. Aujourd’hui, la majorité des véhicules utilise le propane. La cuisson se fait à base de propane chez les petites bourses. On observe tout le contraire en Haïti.

Trujillo avait instauré en 1934 le premier parc national, institué un corps de gardes forestiers pour faire respecter la protection des forêts, interdit de brûler la forêt pour la déboiser au profit de l’agriculture et proscrit l’abattage de pins sans son autorisation dans la région de Constanza, sur la cordillère centrale.

Joaquin Balaguer avait reconnu le besoin urgent de son pays de préserver les forêts des bassins hydrographiques afin de satisfaire les besoins énergétiques grâce à l’électricité et de fournir la quantité d’eau nécessaire aux besoins industriels et domestiques. Il proscrivait toute coupe d’arbres à caractère commercial dans le pays et fermera les scieries. Un marché informel de coupe d’arbres et scieries allait prendre corps. Ce qui va pousser Balaguer à retirer au ministère de l’Agriculture la responsabilité de la protection des forêts pour la confiner à l’Armée tout en déclarant les coupes de bois, crimes contre la sûreté de l’État. L’Armée dominicaine a mis les grands moyens pour combattre le déboisement.

Les militaires vont lancer un programme de vols de reconnaissance qui a culminé en 1967 à la faveur d’un des évènements les plus marquants de l’histoire de l’environnement en République dominicaine : le premier d’une série de raids nocturnes des militaires contre un vaste camp de bucherons clandestins. On déplorait la mort d’une dizaine de bûcherons. En 1992, Balaguer promulgua une loi selon laquelle toute clôture devait consister en arbres vivants plutôt qu’en madriers coupés.

En Haïti, au lieu d’œuvrer à la protection des forêts en vue préserver l’environnement, le régime de Duvalier abattait les arbres pour combattre ses opposants, les fameux « kamoken ». L’absence de vision est ici criante.

L’île entière pataugeait également dans une complète indigence institutionnelle. L’instabilité politique aigue allait provoquer les occupations américaines de 1915 et 1916 à l’Est comme l’Ouest. À ce moment là, Haïti faisait encore beaucoup mieux que son voisin.

De son indépendance en 1804 au débarquement américain en 1915, Haïti a connu 33 chefs d’État avec une durée moyenne de 3.4 ans passée au pouvoir, notent Laura Jaramillo et Cemile Sancak (2). Tandis que la République dominicaine a connu, de 1844 à l’intervention américaine en 1916, 61 chefs d’État, soit une durée moyenne de 1.2 année passée au pouvoir.

L’instabilité politique était donc plus chaotique en République Dominicaine qu’elle ne l’était en Haïti avant l’occupation américaine. À cette époque, les turbulences politiques avaient conduit à l’assassinat en 1911 du président dominicain Ramón Arturo Cáceres Vasquez. S’en suivait un véritable chaos politique et économique. En Haïti également Vilbrun Guillaume Sam a été lynché la veille de l’occupation américaine.

Après l’occupation américaine de 1916, les dirigeants dominicains ont décidé de prendre en mains leur destin politique et économique. Ils ont pris des mesures drastiques pour poser les bases de la stabilité politique de leur pays. Les différences de performances économiques observées aujourd’hui sont les résultats de ces décisions politiques adoptées notamment après l’occupation américaine. Celle-ci, rapportent Laura Jaramillo et Cemile Sancak, avait permis aux deux pays de restaurer l’ordre, de balancer leur budget, de réduire leur dette, de construire des routes, des ports, d’établir des connections téléphoniques, un embryon de service de santé et d’éducation publiques. Les Dominicains avaient compris la nécessité de faire de l’occupation américaine un nouveau départ.

À l’inverse, au départ des forces américaines en 1934, les élites haïtiennes ont pratiqué une politique d’extraction de rentes dépourvue de tout effort de maintenir l’embryon des services sociaux construits. Pas plus qu’ils n’ont déployé des efforts nécessaires à la promotion de la démocratie afin d’éviter de nouvelles occupations étrangères. En Républicaine dominicaine, les élites ont fait la promotion de l’agriculture, de l’industrie, de l’institutionnalisation et des travaux publics.

La semaine dernière, les dirigeants dominicains viennent de frapper un autre grand coup avec l’arrestation des officiels impliqués dans des actes de corruption. Ils ont compris que la corruption sape la légitimité des institutions politiques, porte atteinte à la société, à l'ordre moral et à la justice, ainsi qu'au développement intégral de leur pays, donc, ils choisissent de prendre des mesures drastiques pour l’éradiquer. Ils commencent par appliquer le principe du gros poisson. Quand les petits observent le sort des grands, ils adopteront un comportement éthiquement correct.

En Haïti, la corruption continue de s’ériger en méthode de gouvernance. Le ministre des Affaires étrangères du gouvernement Lafontant, M. Antonio Rodrigue, confirme que la diplomatie a été transformée, depuis le premier régime Tèt Kale, en un vrai centre de copinage et de sinécure. Pourtant, il s’agissait d’un des domaines prioritaires de l’ère Martelly comme l’éducation où le programme Psugo se transformait en une vaste opération de détournement de fonds publics. En clair, quand les dirigeants dominicains déterminent les priorités nationales, ils y apportent des solutions concrètes et durables.

Contrairement à leurs homologues haïtiens qui amplifient les problèmes là où ils identifiaient des priorités. La diplomatie et l’éducation haïtiennes sont aujourd’hui dans une situation beaucoup plus alarmante qu’elles ne l’étaient avant l’avènement de l’administration Martelly. Au cours des 50 dernières années, les dirigeants haïtiens n’ont résolu aucun problème de développement majeur. Au contraire, leurs interventions les ont amplifiés, creusant ainsi le sous-développement chronique d’Haïti.

Thomas Lalime

thomaslalime@yahoo.fr

(1) : http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/NY.GDP.PCAP.CD…

(2) Laura Jaramillo et Cemile Sancak, Growth in the Dominican Republic and Haiti: Why has the Grass Been Greener on One Side of Hispaniola? Document de travail du Fonds monétaire international (FMI), mars 2007.

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