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Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


"De 1986 à 1994, le trafic de drogue s’implante massivement sur le territoire haïtien, au point d’en faire une véritable plaque tournante de la drogue pour cette région. "Petit rappel au peuple sans mémoire qui se réjouit de la restauration officielle du club des narcotrafiquants

Publié par siel sur 3 Avril 2017, 11:19am

Catégories : #AYITI ACTUALITES, #AYITI ROSE RAKET, #AYITI EXTREME DROITE, #PEUPLE sans mémoire...

De la promotion de 1972 jusqu'à sa suppression,  l'armée d'Haïti, créée par les USA, n'a été qu'une machine à bouffer du fric et à bouffer du "nègre."
De la promotion de 1972 jusqu'à sa suppression,  l'armée d'Haïti, créée par les USA, n'a été qu'une machine à bouffer du fric et à bouffer du "nègre."
De la promotion de 1972 jusqu'à sa suppression,  l'armée d'Haïti, créée par les USA, n'a été qu'une machine à bouffer du fric et à bouffer du "nègre."
De la promotion de 1972 jusqu'à sa suppression,  l'armée d'Haïti, créée par les USA, n'a été qu'une machine à bouffer du fric et à bouffer du "nègre."
De la promotion de 1972 jusqu'à sa suppression,  l'armée d'Haïti, créée par les USA, n'a été qu'une machine à bouffer du fric et à bouffer du "nègre."

De la promotion de 1972 jusqu'à sa suppression, l'armée d'Haïti, créée par les USA, n'a été qu'une machine à bouffer du fric et à bouffer du "nègre."

Les routes des marchands de mort
Début mars 1994, un cargo battant pavillon hondurien, en route pour Port‑au‑Prince, est arraisonné par les garde‑côtes américains. À son bord, cent cinquante kilos de cocaïne. Un autre trajet mène les navires au port dominicain de Pedernales d’où la marchandise atteint par cabotage Marigot, Cayes‑Jacmel ou Jacmel. Dans cette région du sud d’Haïti, concède une source militaire haïtienne, une famille d’origine libanaise supervise les opérations. Au point de contrôler le versement des pots‑de‑vin aux militaires et d’organiser, avec leur aide, l’acheminement de la marchandise vers le nord du pays. « Ce n’est pas le seul lieu d’entrée, précise le Colombien, la majeure partie de la cocaïne entre par avion. Parfois, les sacs sont largués et récupérés au sol par nos équipes. » Largages effectués le plus souvent dans des zones désertiques, voire sur les marais asséchés à l’est de Port‑au‑Prince, propices à l’ouverture de pistes d’atterrissage clandestines. On en recense, de source américaine, soixante‑douze sur le territoire haïtien, dont certaines n’auront servi qu’une fois.

Sujet tabou
En Haïti, la seule évocation du trafic de drogue fait fuir les hommes politiques. Un seul d’entre eux parle sous le sceau du secret: « Le manque de volonté en Haïti reflète celui de la communauté internationale. Sous Aristide, dont je ne partage pas les opinions, il y avait un réel souci de combattre ce fléau. C’est sans doute une des raisons qui ont poussé les militaires à le renverser. Aujourd’hui, ils veulent rester au pouvoir coûte que coûte et continuer de percevoir leurs commissions. » Bilan de ces années militaires : pas un seul trafiquant de drogue n’est arrêté alors que plus de 200 d’entre eux l’ont été lors de l’éphémère passage de Jean-Bertrand Aristide a la présidence.
« Si Haïti est pris en otage par des dealers, l’alternative est simple, explique, en privé, le prêtre‑président alors en exil. Ou bien nous persistons à professer une pédagogie de la résistance visant à inverser ce rapport de force, ou bien nous capitulons. Dès lors, le pays serait livré à la drogue, les insti­tutions promises à l’éclatement. » Dans ce domaine, le pré­sident Aristide dénonce l’ « ambiguïté » de la position améri­caine. Comme son prédécesseur à la Maison‑Blanche, Bill Clinton apporte publiquement son « soutien » à Aristide. Mais, à ce stade des événements, il est problématique de croire que les Américains souhaitent réellement rétablir le président déchu. En attendant son impossible retour, les Colombiens larguent toujours leurs sacs de « farine » sur Haïti, au risque de plonger les paysans du Nord‑Ouest dans un grand étonnement. Les dieux vaudou sont‑ils tombés sur la tête?

HAITI SOUS TUTELLE
Chapitre I
LES DIEUX VAUDOU SONT-ILS TOMBES SUR LA TETE ?
1994
La scène se passe fin 1993, au nord‑ouest d’Haïti. Un paysan sidéré voit des sacs de farine tomber du ciel. Rendant grâce aux dieux vaudou, il file au marché voisin pour négocier cette manne. Le lendemain, un boulanger du cru porte plainte contre le « fournisseur » car sa « pâte ne prend pas ». Et pour cause : la farine n’était autre que de la cocaïne de première qualité. Arrêté par le « Service des narcotiques des forces armées d’Haïti » (SNFAH), l’homme est condamné par le juge de paix pour trafic de drogue. « Prise » modeste quand on estime à plus de 4 tonnes par mois, la quantité de cocaïne atterrissant sur le sol haïtien. Soit un bénéfice net de plus d’un milliard de dollars. L’histoire est symptomatique des « années militaires ».


De 1986 à 1994, le trafic de drogue s’implante massivement sur le territoire haïtien, au point d’en faire une véritable plaque tournante de la drogue pour cette région. Un gigantesque entrepôt pour les trafiquants venus de Colombie, avant d’approvisionner toute l’Amérique du Nord. Une grande partie de la hiérarchie militaire plonge dans le trafic. Sous la junte du général Cédras, la drogue est omniprésente dans le pays pourtant sous embargo international, elle permet d’entretenir royalement une armée habituée à la pratique des enveloppes depuis l’ère Duvalier.


Aucune affaire de drogue ne vient perturber la présidence de Baby Doc jusqu’à 1982. Cette année‑là, les fructueuses affaires de Frantz Bennett, frère de Michèle Bennett Duvalier, sont mises en évidence .
À San Juan (Porto‑Rico), le beau soleil de ce vendredi 11 juin 1982 invite à la détente. Mais, cette fois, la famille Bennett ne va pas à la plage. Accompagnée de quelques observateurs du gouvernement duvaliériste, elle a fait le voyage à San Juan pour assister à une pénible audience pour elle. Frantz, leur fils, frère et ami, va y être jugé pour trafic de stupéfiants.
C’est un imposant cortège qui se rend à pied de l’hôtel « El Convente » jusqu’au tribunal fédéral, seulement à quelques pas, dans le vieux quartier de la ville. Le juge Juan R. Torruella ne se laisse manifestement pas influencer par les liens familiaux du prévenu. Frantz Bennett est condamné à quatre ans de détention, dont un an et trois mois de prison ferme pour trafic de drogue. Les activités du frère de la « première dame » du pays seront confinées désormais au périmètre d’une prison fédérale. Le condamné purgera sa peine à Atlanta aux États‑Unis.


Au moment du verdict, les femmes fondent en larmes. Emest ne perd pas pour autant son sang‑froid et conseille opportunément à son gendre de prendre ses distances avec son fils compromis, jugeant cela « politiquement plus profitable ».
Marqué par cette épreuve, Emest Bennett s’enorgueillit depuis de « lutter contre la drogue dans son pays ». Comme pour racheter son fils. La, DEA ‑ Drug Enforcement Administration, le service anti‑drogue américain ‑, va même  jusqu’à lui tendre un piège pour juger de ses bonnes intentions. Le beau‑père de Jean‑Claude Duvalier s’en sort bien. Il obtient de Dennis F. Hoffinan, chef conseil de FUS Departement of Justice / DEA une lettre qu’il exhibe aujourd’hui à la moindre accusation portée contre lui. « Les déclarations de presse relatives à la participation de M. Bennett au trafic illicite de la drogue ne proviennent pas de la DEA ou de l’agent spécial John Sutton. De plus, Sutton a informé mon office qu’il n’a jamais fait allusion à M. Bennett comme un intermédiaire dans le trafic de drogue. » Etc.
Ainsi, dans un courrier adressé au journal Le Monde’, M. Bennett balaie formellement les nouvelles accusations qui l’impliquent dans le trafic de drogue en Haïti. Ces « accusations sont d’autant plus odieuses qu’un drame familial ‑ allusion à son fils Frantz ‑, intervenu il y a quelques années, n’a pu qu’accroître notre aversion contre tout ce qui concerne la drogue, et qu’à titre personnel, dans tous mes écrits, je me suis élevé contre ce fléau  ».
Encore aujourd’hui, Ernest Bennett, qui vit confortablement en France, dément farouchement avoir joue le moindre rôle dans ce trafic. Il ne peut nier en revanche que son fils, Frantz, se soit livré à la contrebande. Ernest Bennett a, pour sa part, une conception plus traditionnelle du business.

Cet homme, volubile et débrouillard, a fait fortune dans le commerce, à l’image des grandes familles haïtiennes. La plupart de ces grands bourgeois limitent leurs activités à des entreprises qui ne peuvent en rien les mettre en défaut avec la loi américaine. L’essentiel, pour eux, est de pouvoir circuler librement aux États‑Unis, où ils possèdent une partie de leurs biens, et souvent d’imposantes villas.
En marge de ses activités journalistiques, qu’il exerce avec talent, et de la publication d’un recueil de ses billets parus dans la presse haïtienne, cet homme qui aime les sains plaisirs jouit de sa nouvelle acquisition. Il est devenu propriétaire de la compagnie aérienne Haïti Air, la première ligne volant sous les couleurs du pays. « Une bonne part de mes économies  » y est passée.
« Au début des années quatre‑vingt, raconte un narcotrafiquant colombien, le cartel de Medellin utilise Haïti comme parking. Les macoutes veillent sur les entrepôts où sont stockées les cargaisons de cocaïne débarquées directement à l’aéroport de Port‑au‑Prince avec la bénédiction du pouvoir’. »
Déjà, à l’époque, la police touche sa part de butin pour fermer les yeux et faire taire les bavards.
Nouveau faux pas. Bennett embauche un pilote qui travaille avec les drogue dealers, et qui n’hésite pas à transporter de la drogue. Eugene ‑ junior ‑ Baillergeau est connu en Haïti. On le sait impliqué dans le trafic des stupéfiants comme ses amis, les frères Saint‑Hubert. « Si je l’avais su, je l’aurais révoqué immédiatement et j’aurais demandé aux autorités qu’on l’arrête… », déclare Ernest Bennett, se posant une nouvelle fois en infatigable chasseur de dealers … Le problème n’en est d’ailleurs plus un. En avril 1995, l’employé d’Ernest Bennett trouvera la mort en compagnie de l’avocate Mireille Durocher‑Bertin ‑ dont il était le client ‑, sous les balles d’un tueur professionnel, en plein jour dans une rue très passagère de Port‑au‑Prince qui mène du centre‑ville à l’aéoroport .


Un certain Monsieur Paul
À la chute de Duvalier, le rôle de protecteur en chef du trafic échoit à Jean‑Claude Paul, patron d’un bataillon d’élite. Alors que l’étoile du cartel de Medellin pâlit, la famille Paul aide les rivaux de Cali à s’implanter en Haïti. Cette famille n’est pas inconnue à Port‑au‑Prince. Duvaliériste notoire, elle a bénéficié dans le passé de la générosité de Papa Doc à l’égard des bons serviteurs de son régime.
Le patriarche, Antoine Paul, a commencé sa vie professionnelle comme livreur de lait. En fin de carrière, il était devenu responsable du service d’entretien du palais national. Pour ses enfants, Antoine Paul devait choisir les « bonnes » filières. Il décida d’orienter Jean‑Claude vers l’armée.
Alexandre, lui, fréquenta les meilleures écoles, étudia en France, avant de choisir la diplomatie. Antonio, moins doué pour les études, devint mécanicien non sans réussite: sous Baby Doc, il est responsable du garage du palais national. Enfin, Max, un fils d’un autre lit, part étudier l’ethnologie en Allemagne. L’ambition d’Antoine pour ses enfants est quelque peu démesurée. Il rêve de voir Jean‑Claude devenir général, puis président.


Colonel commandant la caserne Dessalines, Jean‑Claude Paul est déjà l’homme fort de l’armée. Ses frères pensent pouvoir « réussir » par une autre voie. Sur leur ranch, ils font construire une piste d’atterrissage. La logistique pour un vaste trafic de drogue… Mais Jean‑Claude, entraîné dans les soubresauts de la politique haïtienne, est mis à la retraite par le général Avril le 30 septembre 1988. Un soulagement pour bon nombre d’adversaires de cet homme ambitieux. Les États‑Unis ne cachent pas non plus leur satisfaction. « Les Américains m’avaient demandé de le limoger, témoigne l’ancien président Leslie Manigat, ce que je me suis refusé à faire, car je n’avais pas de preuve de sa participation au trafic de drogue.

Par ailleurs, Jean‑Claude Paul était le seul parmi les gradés de l’armée à mener une lutte contre l’insécurité, qui, en Haïti, était l’oeuvre des militaires . » Dans le collimateur du duo Avril‑Narmphy, l’éphémère président Manigat avait‑il d’autre alternative qu’une alliance avec le chef des « Léopards », fût‑il le protecteur des narcotrafiquants ?
Le 5 novembre de la même année, Jean‑Claude Paul meurt. Une affaire non encore élucidée. On sait seulement que sa soupe au potiron a été empoisonnée. Le colonel laisse une fortune de 50 millions de dollars, qui suscite quelques convoitises. Il est enterré ‑ selon son désir ‑ « face contre terre », ce qui est significatif dans la religion vaudou, puisque cela annonce la vengeance !
Après avoir été élargie de sa prison, sa femme, Mireille, se réfugie au poste de police de Pétionville, signalant que les frères Paul la poursuivent. Quelques mois plus tard, Mireille et son nouvel ami, un ancien banquier, M. Monpoint, sont attaqués en plein jour dans leur voiture, aux environs de Port‑au‑Prince. Atteinte d’une balle à la colonne vertébrale, malgré plusieurs mois de traitement à Miami, elle reste paralysée. Elle se suicide. Les accusations portées contre elle sont levées. Reste l’enfant du couple Mireille et Jean‑Claude Paul, qui grandit à Port‑au‑Prince et se cache de ses oncles, désireux d’accaparer quelques parts du gâteau amassé par le colonel.


La mort de Jean‑Claude Paul n’est pas sans conséquences. Elle sème l’anarchie chez les trafiquants qui ont proliféré en Haïti En 1987, pas moins de 27 clans colombiens sont comptabilisés dans le pays. Une implantation qui suscite des convoitises chez les militaires, chaque officier réclamant sa part. Un aveu d’un trafiquant colombien en témoigne : « Nous avons choisi Haïti, non pour des raisons géographiques, mais parce que les militaires y sont faciles à corrompre. Chaque jour, bateaux et avions remplis de cocaïne affluent . » Mais cette fois, en l’absence d’un protecteur unique, les Colombiens y perdent en rentabilité. Peu importe, leur business reste fructueux. Seule l’arrivée du président Aristide marque un point d’arrêt dans leur juteuse contrebande.
Fin janvier 1994, Antonio Paul débarque à Miami en provenance de Port‑au‑Prince. À la présentation de son passeport américain, on lui apprend qu’il est recherché par la justice américaine, il est accusé de trafic de drogue. S’il est reconnu coupable, il risque 45 ans de prison et 375 000 dollars d’amende. La nouvelle le surprend. Pourtant, depuis mars 1987, on ne parle que de cela en Haïti.


La junte et l’argent de la drogue
Avec Cédras au pouvoir et Michel François aux commandes de l’armée, le trafic s’est affermi. Si Antonio Paul est en prison à Miami, son frère Max Paul ‑ nommé directeur de l’équipement aux douanes ‑ devient conseiller officiel de Michel François. Cet académicien atypique quitte son siège de doyen de l’université nationale pour prendre les destinées de l’administration portuaire. Renvoi d’ascenseur, le nouveau directeur général du port nomme autour de lui un certain nombre de proches de Michel François. La fine équipe dispose de la logistique de l’État pour contrôler, sinon organiser le trafic. La Haitian connection est en place.

Les années Cédras seront les plus « belles » années de la drogue.
À Pétionville, la jeunesse dorée s’amuse dans les boites branchées. L’occasion pour les jeunes adolescents oisifs de succomber aux douteux attraits des « paradis artificiels ». Dans les night‑clubs et les bars, au El rancho, au Garage, au Gala ou au Rif, des sachets de cocaïne passent de main en main. Moyennant une modeste commission, un barman vous en procure, ou vous introduit auprès d’un ami. Rien de plus facile. Prix de vente: 50 gourdes haïtiennes, environ 20 francs. « C’est tout naturel », observe un jeune. Policiers et « attachés » ‑ leurs auxiliaires ‑, qui touchent une commission, ont intérêt à ce que le marché prospère. De fait, 5 % de la drogue transitant par Haïti atterrissent dans la poche des collaborateurs locaux.


Du désespoir à la drogue
À Cité Soleil, nous gravissons une montagne d’ordures pour traverser une ruelle poussiéreuse où l’odeur de l’eau croupie est omniprésente. Dans ce bidonville, l’ancien fief du président déchu, le père Aristide, les habitants vivent avec la peur au ventre. Un tap‑tap passe au milieu de cet égout à ciel ouvert. Dessus, on peut encore y lire LA VIE BON sous la triste pancarte CITE‑SIMONE. Sous la menace, les néoduvalieristes obligent les chauffeurs de mentionner le nom du quartier de l’époque Duvalier. Simone était la femme de Papa‑Doc ‑ alors que Cité Soleil symbolise la chute du dictateur. Arrive une autre tap‑tap sur lequel on découvre avec effroi LA VIE NE VAUT RIEN…
« Le plus pénible, confie un jeune étudiant de Cité Soleil, c’est la nuit. Nous prions pour que les bandes armées ne s’arrêtent pas devant notre porte. Nous attendons, dans l’angoisse, la délivrance de l’aube. »

La nuit, Haïti se mure dans sa peur. Les rues, sans éclairage, sont désertes. Port‑au‑Prince est une ville fantôme. Seuls des coups de feu troublent le silence. Parfois, le halo des phares annonce une arrestation, ou une exécution. Commence alors le macabre rituel des rafales d’armes automatiques. Les corps, criblés de balles ou dépecés, seront découverts au petit matin dans la rue, ou au fond d’un fosse. Souvent, les pourchassés cherchent refuge dans les mornes, perpétuant ainsi la tradition du « marronnage » cher à leurs ancêtres, héros de la lutte contre les colons français.


Le jour tout redevient « normal », en apparence. Il est difficile, faute d’essence ou de transports ‑ les prix sont trop élevés ‑, de travailler pour « gagner » son repas quotidien. Conséquence directe de l’embargo décrété contre Haïti. Dès lors les centres de nutrition ne désemplissent pas. Dans le Nord, l’ONG (organisation non gouvernementale) Enfants du monde ‑ droits de l’homme (EMDH) ne comptabilise plus les repas offerts chaque jour tellement la demande est importante. Le ventre creux, les vêtements en haillons, portant parfois dans les bras des enfants faméliques aux grands regards absents, les Haïtiens arrivent dans les centres pour y recevoir leur seul repas de la journée. Le père Yves Buannic, président d’EMDH, se révolte: « L’embargo a toujours été une fausse solution. En Haïti, ses effets sont désastreux et meurtriers. Au‑delà des conséquences humanitaires, il instaure un système d’assistanat permanent qui met en péril l’identité même d’Haïti. Tout cela pour rien. Aucune solution n’a été trouvée pour résoudre la crise politique . »
La misère et le désespoir sont le seul horizon des quartiers populaires. La drogue permet aussi d’oublier. Apparu voilà peu, le « crack » ‑ la cocaïne du pauvre ‑ circule dans les bidonvilles de la capitale. « Il est adapté aux besoins locaux, note un expert étranger, on le vend cinq gourdes la boule à Cité Soleil. Voyez les enfants des rues, ils mendiaient ou bricolaient pour se payer un repas quotidien. Voilà qu’ils volent pour une boule de crack. »


Les services « anti‑drogue »
À Port‑au‑Prince, le siège du Service des narcotiques des forces années dHaïti sert de décor à d’étranges tableaux vivants : un amas de bidons d’essence entoure deux Colombiens et une Haïtienne fraîchement interpellés. Les deux hommes, qu’on dirait sortis d’un album de Tintin, dépouillés de leurs lacets et de leur ceinture, attendent en silence. L’un, la quarantaine bedonnante, adresse un regard apeuré à son complice aux yeux brillants, coiffé d’une casquette de baseball. Bardés de gourmettes, de montres et de chaînes en or, leurs gardes, colt à la ceinture, déambulent avec l’assurance que confère ici le port des Ray‑bans. Tous affichent les signes d’un luxe insolent dans un pays ravagé par la misère.


Chemise ouverte, mocassins en « croco », le major Louis Cassinir exhibe fièrement la prise du jour: douze kilos de cocaïne. Et dévoile l’identité du Latino‑Américain replet aperçu dans la salle d’attente : Juan Alberto Ramirez Azorio, alias Pedro, chef d’un réseau issu du cartel de Cali. Belle prise. Avec une éloquence théâtrale, le major dénonce la faiblesse des moyens alloués à son service, avant de livrer ses états d’âme: « Je vis comme un prisonnier, menacé en permanence. ]Impossible d’aller à la plage, ou même de voir mes amis. Mais je suis militaire et fier de consacrer ma vie à l’avenir de mon pays»


Le major s’insurge lorsqu’on lui fait part de notre conviction : des officiers sont largement impliqués dans le trafic. Il ne peut l’envisager : « L’armée ne tolère pas les dealers, et révoquerait, le cas échéant, les mauvais éléments. » Pourtant, tout Port‑au‑Prince le murmure, le corps d’élite des « Léopards », où le major Cassinir a servi, s’est reconverti dans la protection des réseaux. Une confidence d’un agent local de la CIA conforte la rumeur: « Si l’institution sévissait vraiment, je pense que les forces années d’Haïti auraient du mal à former une équipe de football… ‑ »
Doit‑on s’étonner des explications du major Cassinir ? « Tous ceux que nous avons arrêtés ces derniers mois, se défend le major avec un sourire ambigu, ont été relâchés contre de fortes  » cautions « . » Celle du Colombien Pedro sera acquittée en dollars, par deux compatriotes de passage sur l’île. L’homme pourra continuer son commerce en Haïti, où il s’est établi depuis quatorze ans. Il a même pignon sur rue, installé sur les hauteurs chic de Pétionville.


Reste à comprendre pourquoi les militaires qui protègent les trafiquants ont arrêté cet homme. « Sans doute n’a‑t‑il pas respecté les règles du jeu, à moins qu’il ait tardé dans les paiements. » L’explication, sous couvert de l’anonymat, émane d’un trafiquant de drogue colombien, familier d’Haïti, et rompu aux « pratiques » des militaires. Quelques rhum-coca plus tard, cet employé du cartel de Cali se fait menaçant : « Si tu parles à quiconque de notre conversation, ou si tu écris ce que je te raconte, tu es un homme mort. » Puis, il lâche à nouveau quelques confidences : « Haïti est une  » passoire « . La drogue rentre et ressort partout. Ni surveillance ni répression. » Suit un constat dans un éclat de rire : « Les militaires pourraient stopper le trafic. À l’évidence, tel n’est pas leur intérêt ! » Sur le bord de la piscine d’un hôtel cossu, la conversation dure le temps de dévoiler les secrets de la Haitian connection. Et de consumer trois bougies.


Les routes des marchands de mort
Début mars 1994, un cargo battant pavillon hondurien, en route pour Port‑au‑Prince, est arraisonné par les garde‑côtes américains. À son bord, cent cinquante kilos de cocaïne. Un autre trajet mène les navires au port dominicain de Pedernales d’où la marchandise atteint par cabotage Marigot, Cayes‑Jacmel ou Jacmel. Dans cette région du sud d’Haïti, concède une source militaire haïtienne, une famille d’origine libanaise supervise les opérations. Au point de contrôler le versement des pots‑de‑vin aux militaires et d’organiser, avec leur aide, l’acheminement de la marchandise vers le nord du pays. « Ce n’est pas le seul lieu d’entrée, précise le Colombien, la majeure partie de la cocaïne entre par avion. Parfois, les sacs sont largués et récupérés au sol par nos équipes. » Largages effectués le plus souvent dans des zones désertiques, voire sur les marais asséchés à l’est de Port‑au‑Prince, propices à l’ouverture de pistes d’atterrissage clandestines. On en recense, de source américaine, soixante‑douze sur le territoire haïtien, dont certaines n’auront servi qu’une fois.


Régulièrement, des bimoteurs « civils » atterrissent tard le soir sur l’aéroport militaire de Port‑au‑Prince. La voie est libre pour les narcotrafiquants, d’autant plus que les registres de Port‑au‑Prince et de Cap‑Haïtien mentionnent exclusivement les vols commerciaux, et non les vols « privés ». Reste alors à réexpédier la marchandise en transit. Des bateaux quittent régulièrement la côte nord d’Haïti, pour les Bahamas, via le Cap, Saint‑Marc, Port‑de‑Paix, voire de petites criques isolées. Tandis que des avions s’envolent pour les Bahamas, la république Dominicaine, ou Miami.


À un échelon plus modeste, les trafiquants utilisent des « mules ». Des femmes, souvent des « marchandes », familières des aller et retour entre Haïti et Miami ou Porto‑Rico. Pour ignorer leur chargement, les agents des douanes touchent jusqu’à trois mille dollars par mois, soit cinq fois leur traitement officiel. À l’arrivée, les « mules » passent la drogue dissimulée dans des statues ou des paquets de café.
L’odeur très forte du café et du vernis qui recouvre les statues déjoue souvent la vigilance des chiens‑douaniers aux aéroports. Parfois, le réseau achète la complicité de bagagistes.
Si les militaires sont « complices », ne jouent‑ils pas, délibérément, un rôle actif dans le trafic ?
A en croire la CIA, les militaires haïtiens n’animent pas le trafic. Ils le facilitent et protègent le « séjour » de la cocaïne dans le pays. « Ils ferment les yeux et ils  » touchent « , nous en sommes certains. »

Un récent rapport du Sénat américain affirme que les trafiquants colombiens versent environ 100 millions de dollars par an ‑ environ 580 millions de francs ‑ au lieutenant‑colonel Michel François, chef de la police de Port‑au‑Prince et homme fort de la junte. Est‑ce invraisemblable ? Les hauts gradés affichent un train de vie démesuré au regard de leurs revenus officiels. Comment financer l’achat « cash » d’une villa de 500 000 dollars lorsque la solde mensuelle atteint au mieux 800 dollars ? Suffit‑elle à s’offrir des « 4 x 4 » dernier modèle, que l’on change à un rythme soutenu ? Autre signe d’enrichissement : l’accroissement spectaculaire, remarqué par un diplomate étranger, des dépôts sur les comptes de la succursale locale de la BNP. Refusant de donner dans le blanchiment d’argent sale, la banque française décide de se séparer de cette encombrante filiale en juin 1994. Plusieurs grandes familles haïtiennes se portent aussitôt candidates au rachat.
Officiellement donc, l’armée reste mobilisée contre le « fléau ». Format magazine, une en couleurs, la revue Drogue Info ne manque pas d’allure ni de moyens. C’est l’organe du CICC, Centre d’information et de coordination conjointes du ministère de l’Intérieur et de la Défense nationale, fondé en 1987. Il assure la liaison avec la DEA. Son directeur, le colonel Antoine Atouriste, vante volontiers l’efficacité de son service. Efficacité toute relative quand on sait que 50 tonnes de cocaïne « transitent », par an, sur le sol haïtien. Minimisant l’ampleur du trafic, le colonel insiste sur « l’étroite collaboration » avec la DEA, puis consent à évoquer la colonie colombienne en Haïti: « Ce sont les maîtres du pays. Très bien organisés, ils s’infiltrent partout. Trois cents résidents en permanence dans le pays; entre trente et quarante arrivent et sortent chaque mois. » À leur tète, si l’on en croit les sources américaines, un dénommé Fernando Burgos Martinez, l’animateur du cartel de Cali en Haïti.
« Tout le monde sait qu’il est un des chefs du cartel de Cali, mais nous ne l’avons jamais attrapé avec de la drogue dans les mains et nous n’arrivons pas à rassembler de preuves contre lui justifiant une inculpation ` », déclare‑t‑on à la DEA. L’administration américaine surveille les faits et gestes de Burgos, mais elle est impuissante, surtout parce que les autorités haïtiennes refusent de collaborer et de mettre son téléphone sur écoute. « Le principal trafiquant de drogue colombien, F. Burgos Martinez, continue à vivre et à prospérer en Haïti,  » intouchable  » pour les services antinarcotiques haïtiens », lit‑on dans un rapport confidentiel de la DEA.


À Port‑au‑Prince, le capitaine Jackson Joanis gagne plus d’argent en protégeant le plus grand casino d’Haïti ‑ géré selon la DEA par les narcotrafiquants les plus célèbres du pays ‑ qu’à son poste de commandant d’une division redoutée de la police haïtienne. Il perçoit environ 750 dollars par mois comme chef de cette unité connue pour sa brutalité et touche 850 dollars comme « chef de sécurité » du casino de l’hôtel de luxe El Rancho, résidence préférée des trafiquants colombiens qui séjournent en Haïti et notamment de Fernando Burgos Martinez. Joanis affirme qu’il reçoit sa paye mensuelle d’El Rancho en liquide, d’un comptable du casino dont il a oublié le nom. De Burgos, il dit: « Il ne ressemble pas à l’image du trafiquant de drogue du genre Miami Vice. Ce n’est pas le genre de type musclé avec des chaînes en or, des lunettes de soleil et portant un complet tropical blanc. Il est plutôt petit, un peu gros, la cinquantaine. Très gentil et poli, il s’habille discrètement. »
Au domicile de Burgos, un complexe d’appartements de grand luxe à Pétionville, on trouve un imposant matériel d’informatique. On ne lui connaît pas d’amis… si ce n’est des Colombiens de passage pour quelques heures ou quelques jours en Haïti. Un professionnel qui sait vivre relativement discrètement. Mais, sans la complicité de l’appareil de l’Etat et de l’armée, ce gros bonnet de la drogue serait, qui peut en douter, derrière les barreaux.


Le double jeu de la CIA…
Le colonel Atouriste n’est pas très prolixe sur le phénomène Burgos. Il préfère retracer son propre parcours. Il n’est pas peu fier d’avoir été formé au camp militaire américain Fort Benning de Columbus en Georgie. Un vivier où la CIA a recruté maints informateurs latino‑américains. Cinquante officiers haïtiens y sont passés depuis 1946. Parmi eux, les principaux chefs militaires haïtiens qui émargeaient à la CIA jusqu’au coup d’État de 1991.
Pour assurer son emprise sur l’élite galonnée, l’agence de renseignements américaine a tout intérêt à la «pousser» dans le trafic de drogue. Le procédé permet, entre autres avantages, de « déboulonner » les militaires devenus indésirables.
« Normal, il est primordial de pouvoir anticiper les changements dans les sociétés instables », explique le congressman démocrate Robert Torricelli concluant que la quantité et la qualité des informations recueillies en Haïti par la CIA étaient dignes de louanges. La chute du président panaméen Manuel Noriega illustre à merveille cette stratégie de la CIA. Formé à la SOA, « l’école des Amériques » ‑ située à Panama avant de déménager à Fort Benning en 1984 ‑, Noriega, homme de main de la CIA dans les années soixante‑dix, est considéré comme «rentable» pendant de nombreuses années. Avec l’accord des Américains, il trempe dans nombre de scandales. William Casey, directeur de la CIA de 1981 à 1987, l’utilise pour approcher Castro et pour « régler » le problème des « contras » au Nicaragua. Noriega devient vite incontournable. Trop puissant, trop indépendant et jugé « caractériel », les Américains décident de l’éliminer: le leader panaméen est inculpé de trafic de drogue… Pour sa capture, les Américains débarquent en force à Panama. L’opération « Juste Cause » fait plus de 400 morts. Le général en savait‑il trop ?
Dans un entretien accordé au réalisateur Oliver Stone pour l’hebdomadaire The Nation, au centre pénitentiaire de Miami, le prisonnier Noriega déclare : « Les États‑Unis se sont retournés contre moi parce que j’ai refusé leurs conditions politiques… Ils ont compris que je n’étais plus le même homme et la CIA en a conclu que si je ne voulais plus servir leurs intérêts, je n’étais plus des leurs. »
 

Si les Américains entretiennent des relations avec des militaires brillants et ambitieux, c’est pour pouvoir les « suivre » tout au long de leur carrière. Le général Cédras, en qui Brian Latell, l’« analyste » de la CIA pour les problèmes d’Amérique latine, a vu un « des espoirs les plus prometteurs du groupe de dirigeants haïtiens ayant émergé depuis le renversement de Duvalier en1986 », fait partie des heureux élus. Depuis lors, le général Cédras est entouré de conseillers tout aussi « brillants ».

Un petit Canadien aux cheveux grisonnants joue un rôle important à ses côtés. Lynn Garrison se définit tout simplement comme « un ami d’Haïti ». Il ne dit pas appartenir à la CIA mais avoue avoir des contacts de longue date avec l’agence de renseignements. Il avoue qu’en 1970 il a travaillé « avec les Américains pour renverser le régime libyen de Kadhafi ». Qui est‑il vraiment? Que fait‑il en Haïti? Cet homme « énigmatique » aime jouer avec son image. Il vient de raser sa « célèbre » moustache. On peut l’apercevoir tantôt au quartier général, tantôt dans le bureau du colonel Atouriste ou le soir au bord de la piscine du El Rancho. Chemise verte à fleurs, mallette en cuir souple à la main qui ne le quitte jamais, ce « touriste » aimerait « reboiser le pays afin de le sauver de l’érosion ». Il apprécie également la plongée sous‑marine qu’il pratique avec son « ami Cédras ». En revanche, la joyeuse soirée donnée à l’occasion de la journée des femmes, à quelques mètres de nous, ne paraît pas l’amuser. « Regardez, c’est honteux, irréel. Je suis révolté de voir un tel spectacle alors que les Haïtiens crèvent de faim. » Quant à essayer de le photographier, il est dangereux de le tenter. Un photographe s’est fait arracher son matériel et Garrison l’a prévenu : « J’ai tué des hommes pour moins que cela ! » L’homme a l’allure d’un ancien mercenaire ou agent en quête de « retraite au soleil ». Reste à connaître la nature de son « business » avec les putschistes d’une part, les Américains de l’autre.


Mais, si la CIA contrôle les agissements des militaires, il arrive que la situation lui échappe. Les débordements de ses protégés sont fréquents. En 1986, elle crée en Haïti le Service d’intelligence nationale (SIN), supposé l’alimenter en informations sur le trafic de drogue. Cinq ans plus tard, il faudra couper les ponts: des officiers du SIN trempent dans le coupable négoce. Trois anciens chefs du service, les colonels Ernest Prudhomme, Diderot Sylvain et Léopold Clerjeune figurent sur la liste des acteurs du putsch de septembre 1991, dont les avoirs ont été gelés aux États‑Unis. Ils excellaient également dans la répression politique ou la persécution des supporters de Jean‑Bertrand Aristide, élu président dix mois auparavant.
Chef du service de 1986 à 1988, le colonel Alix Silva rédige un rapport accablant. Il établit une liste de dix‑huit noms d’officiers activement engages dans le trafic. Au lendemain du coup d’État de 1991, Silva ‑sera « exfiltré » avec l’aide des Américains. Il vit aujourd’hui caché au nord‑est des États‑Unis. Sa tête, il le sait, a été mise à prix.


Parfois, c’est sur un agent de la DEA que pèsent les menaces. Il a suffi, en septembre 1992, que le « Départment » collabore à l’arrestation d’un officier haïtien du SIN mouillé dans le trafic, pour que son chef sur place, Tony Greco, soit contraint de quitter Port‑au‑Prince. Les Américains sont aussi victimes de leur double jeu. Officiellement, ils aident les Haïtiens à lutter contre la drogue. En sous-main, ils laissent les militaires profiter de la contrebande. Le paradoxe ‑ en est‑ce un? ‑, c’est que la majeure partie de la cocaïne en transit à Haïti est en partance pour les ÉtatsUnis.
« En l’espace de huit jours, confie un agent américain, Washington pourrait tarir l’afflux de cocaïne aux ÉtatsUnis. » Plus des trois quarts de la consommation de « coke » transitent par Haïti. Alors, pourquoi les Américains ne ferment‑ils pas le robinet? « Imaginez l’explosion sociale, si nos sociétés étaient privées brutalement de cocaïne ! » Puis se reprenant: « N’écrivez jamais cela. Nous aurions les moyens de prouver que c’est faux. » La perversité des « politiques » américains cohabite aisément avec le cynisme des militaires haïtiens…


Sujet tabou
En Haïti, la seule évocation du trafic de drogue fait fuir les hommes politiques. Un seul d’entre eux parle sous le sceau du secret: « Le manque de volonté en Haïti reflète celui de la communauté internationale. Sous Aristide, dont je ne partage pas les opinions, il y avait un réel souci de combattre ce fléau. C’est sans doute une des raisons qui ont poussé les militaires à le renverser. Aujourd’hui, ils veulent rester au pouvoir coûte que coûte et continuer de percevoir leurs commissions. » Bilan de ces années militaires : pas un seul trafiquant de drogue n’est arrêté alors que plus de 200 d’entre eux l’ont été lors de l’éphémère passage de Jean-Bertrand Aristide a la présidence.
« Si Haïti est pris en otage par des dealers, l’alternative est simple, explique, en privé, le prêtre‑président alors en exil. Ou bien nous persistons à professer une pédagogie de la résistance visant à inverser ce rapport de force, ou bien nous capitulons. Dès lors, le pays serait livré à la drogue, les insti­tutions promises à l’éclatement. »

Dans ce domaine, le pré­sident Aristide dénonce l’ « ambiguïté » de la position améri­caine. Comme son prédécesseur à la Maison‑Blanche, Bill Clinton apporte publiquement son « soutien » à Aristide. Mais, à ce stade des événements, il est problématique de croire que les Américains souhaitent réellement rétablir le président déchu. En attendant son impossible retour, les Colombiens larguent toujours leurs sacs de « farine » sur Haïti, au risque de plonger les paysans du Nord‑Ouest dans un grand étonnement. Les dieux vaudou sont‑ils tombés sur la tête?

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