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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


L'Afrique des routes au musée du Quai Branly - Jacques Chirac - Par Jean-Pierre Bat

Publié par Jean-Pierre Bat sur 10 Février 2017, 19:26pm

Catégories : #INTERNATIONAL, #CULTURE, #REFLEXIONS perso

Voici une info qui tombe pile-poil au moment où circule  - cinq ans après sa parution - sur les réseaux sociaux haïtiens, le texte datant de 2012 de M. Gaspard Dorélien interrogeant le racisme en Haïti.

Texte que de, notre côté, nous avions diffusé sur ce blog, comme nous le faisons avec tous ceux qui nous paraissent ouvrir de nouveaux espaces de réflexion.

Sur ce blog, nous avons de manière répétitive, comme d'hab, diffusé des infos et des textes sur l'Afrique, celle du passé et celle qui tente à la suite de la catastrophe de la traite atlantique, de la colonisation, des guerres civiles, de se reconstruire et de retrouver sa place dans le monde.

Nous avons, sans cesse dénoncé, le terme péjoratif et raciste de "kongo" utilisé en Haïti pour qualifier les traites, les niais.

Nous avons parlé du livre remarquable de Mme Carolyn E. Flick  : "Haïti , Naissance d'une nation : la Révolution de Saint-Domingue vue d'en bas" dont la traduction en français faite par Frantz Voltaire, a été publiée par les éditions du Cidihca  et qui dévoile le rôle primordial des dits "kongo" dans la lutte pour l'indépendance.

De même, nous sommes indignés des propos tenus par un "journaliste" V. Numa présentant ses confrères  africains rencontrés au Burkina Faso comme des ignorants capables de croire qu'Haïti est un état US et autres balivernes.

Les lettrés africains, journalistes et intellectuels, sont bien plus informés  des réalités du  monde- il suffit de voir l'offre de la presse et la multiplicité des études qu'ils produisent - que leurs collègues haïtiens qui stagnent dans la répétition du pareil au même.

Nous avons également exposé comment Le Nouvelliste, le plus ancien quotidien haïtien fermait ses portes à l'international -et même au national- .

Tout à fait illustratif de cette fermeture, l'exemple de l'absence totale dans ce journal de l'affaire de Fillon  candidat aux présidentielles françaises pour le parti  Les Républicains - alors que tout ce monde de "moun de byen" est féru de culture française, se réclame francophone et fréquente assidument les centres culturels français du pays et envoie ses enfants au lycée français, alors que toutes les rédactions du monde suivent cette affaire avec attention.

Cette fermeture n'est pas seulement due à la paresse des journalistes évoquée comme explication  de ce manque de curiosité générale par le Baron Duval du Nouvelliste, ni non plus aux problèmes financiers - les journalistes étant certes mal payés- ni non plus à une absence de professionnalisme - les conférences de rédaction n'existant pas dans ce journal - mais à une volonté politique de restreindre le champ des connaissances. De manière à contenir les gens dans un espace sans horizon autre que celui proposé - en vérité sournoisement imposé-  , tel que décrit par Platon dans le "Mythe de la Caverne."

Chaînes au cou, chaînes au pied des personnages de la Caverne, sont celles virtuelles des media haïtiens , remplaçant les matérielles, celles de l'esclavage.

C'est ainsi donc que l'Afrique est perçue par la majorité des Haïtiens de toutes  les classes sociales , non pas comme le berceau de l'humanité, mais le berceau de la "barbarie" ou de la sauvagerie, si vous voulez.

 

 

 

Questions à... Catherine Coquery-Vidrovitch, professeur émérite de l'histoire de l'Afrique à l'Université Paris 7 et conseillère scientifique de l'exposition inaugurée le 31 janvier 2017.


Pourquoi intituler l’exposition «L’Afrique des routes» ?

L’objectif de l’expo est une affirmation : l’Afrique subsaharienne a une histoire, ni plus ni moins que les autres parties du monde ; c’est même la plus ancienne du monde puisque c’est de là que sont partis à plusieurs reprises, depuis plusieurs millions d’années, les hominidés et, à partir de 150 000 ans avant notre ère l’homo sapiens ; depuis cette histoire initiale, l’Afrique a joué, comme les autres parties du monde, un rôle essentiel mais méconnu dans les mondialisations successives de l’histoire. Cette idée que j’ai exprimé dans une petite histoire de l’Afrique (livre de poche La découverte 2016), Gaëlle Beaujean a voulu la démontrer à travers les objets, de beaux objets puisque nous sommes dans un musée d’art, objets qui attestent de l’ancienneté et de la variété des contacts de l’Afrique avec le reste du monde.


L’accent est mis sur la circulation des hommes, des idées, des langues, des cultures, des plantes, des produits et des objets. Qui dit circulation dit routes, diverses selon les espaces et les temps : pistes, voies fluviales, mers et océans, plus tard voies ferrées et aériennes. C’est l’angle d’approche que nous avons privilégié, la commissaire de l’exposition Gaëlle Beaujean et moi-même, commissaire associée, et surtout conseillère scientifique et directrice du catalogue de l’exposition.


L’Afrique est un continent historiquement connecté : que nous enseigne l’approche de l’histoire sur le temps long ?


Cette approche démontre à quel point l’Afrique toujours été connectée, malgré les préjugés qui ne la feraient apparaître qu’avec la colonisation, et, au mieux, si je puis dire, deux ou trois siècles auparavant avec la traite atlantique. Or les Européens sont les derniers à avoir disent-ils « découvert » l’Afrique. Les Portugais entreprennent leur circumnavigation de l’Afrique au XVe siècle, Vasco de Gama va contourner le Cap de Bonne Espérance en 1498. Le premier européen à pénétrer à l’intérieur est l’Ecossais Mungo Park qui arrive sur le fleuve Niger en 1797. C’est deux millénaires après les premiers contacts sur les côtes de l’Océan indien, depuis environ 1500 avant notre ère. Les Perses, les Arabes de l’Arabie prémusulmane, les Indiens, les Chinois sont arrivés bien avant. Les Chinois ont envoyé des flottes vers l’Afrique, où ils allaient chercher jusqu’au XVe siècle ivoire, or et aussi esclaves (une peinture exposée le montre). C’est l’empereur chinois qui a stoppé ces expéditions pour privilégier le développement intérieur de son empire. On trouve de la porcelaine chinoise remontant au Xe siècle un peu partout en Afrique orientale et à Madagascar, y compris à Zimbabwe, ville productrice d’or situé à 400 km du port d’exportation Sofala.


Car L’Afrique subsaharienne fut jusqu’au XVIe siècle le principal producteur d’or au monde. Les gisements se situaient en Nubie (d’où le tirèrent les Egyptiens) et surtout en Afrique occidentale, entre les sources des fleuves Niger et Sénégal, et dans ce qui est devenu aujourd’hui le Ghana, et autour de Zimbabwe en Afrique australe : Zimbabwe est une ville impressionnante par ses murailles de pierre, qui a disparu vers 1450 avant que les Portugais n’arrivent dans la zone. Ils n’ont connu que le royaume qui lui a succédé, à 300 km au nord, le Mutapa (connu en Occident sous le nom de Monomotapa, Ces siècles d’or de l’Afrique, entre le VIIIe et le XVIe siècle, ont permis l’essor de puissants Etats dans le sahel ouest africain : successivement le Tekrour, le Ghana, le Mali, le Songhai. Les Européens ne l’ont connu que par l’atlas Catalan, réalisé en 1375 par un cartographe juif de Majorque d’après les renseignements glanés en Méditerranée. L’atlas illustre un épisode bien connu des voyageurs arabes : le pèlerinage à La Mecque du sultan du Mali Kankan Moussa au XVe siècle, représenté un globe d’or à la main. Il apporta au Caire, sur sa route, accompagné de plusieurs milliers de suivants et d’esclaves, tant d’or qu’il s’en suivit une forte dévaluation dans la ville.


Autre exemple : le « batik », pagnes de coton teints de couleurs vives, aujourd’hui importés de Hollande puis de Chine, a pour origine la technique du batik indonésien, arrivé vers le Xe siècle sur la côte orientale d’Afrique. Le commerce interne l’a fait atteindre l’ouest. L’Afrique centrale a aussi fourni aux Portugais le cuivre, qui a donné sur place naissance à des chefs d’œuvres, etc.


Nous donnons évidemment leur place aux traites des esclaves et aux échanges induits dans tous les sens : traite atlantique et traites dites arabo-musulmanes, celles-ci évoquées dans un multimedia. Un film de 20 minutes est consacré à l’épisode colonial, composé de photos et de reportages de l’époque, dont des extraits du film longtemps interdit de René Vautier.


Avec cette exposition, le Quai Branly fait peau neuve ?


Depuis plusieurs années le musée du quai Branly Jacques Chirac s’est ouvert à l’histoire. Bien sûr différentes positions y co-existent, mais la liberté d’expression aussi. Il y a déjà eu deux expositions d’histoire africaine, l’une sur la revue Présence Africaine créée par les ouest Afrciains en 1947, et l’autre sur la monarchie du Dahomè au XIXe siècle. Mais c’est la première fois que nous exprimons cette histoire riche et variée sur le temps long. Les jeunes français, dont l’enseignement concernant ce continent reste minimal, vont découvrir un fait simple : l’histoire africaine fut aussi importante que toutes les autres histoires. Cela permet d’aboutir au monde contemporain : la dernière séquence confronte des œuvres superbes de diverses origines, permettant d’affirmer qu’aujourd’hui il n’y a plus d’art « africain » : il y a l’art tout court, celui de la cité des artistes. C’est aussi ce que montre le catalogue qui fait appel aux meilleurs spécialistes internationaux et dont le sous-titre est : Histoire de la circulation des hommes, des richesses et des idées à travers le continent africain.

 

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