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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Du BCED au BCEN : Plaidoirie imparable pour une issue improbable Le recours au BCED : perte de temps ou stratégie d’usure ? - Par Erno Renoncourt

Publié par Erno Renoncourt sur 14 Décembre 2016, 16:00pm

Catégories : #E.Renoncourt chroniques

Du BCED au BCEN : Plaidoirie imparable pour une issue improbable  Le recours au BCED : perte de temps ou stratégie d’usure ? - Par Erno Renoncourt

Bonjour,

Le feuilleton électoral haïtien est comme une œuvre fractale :
les scénarios se répètent par cycles et se ressemblent étrangement.
L’issue des scènes et des actes se devine aisément.
Ainsi, Anticipant les plaidoiries imparables
qui vont retentir au BCEN et l’issue improbable des contestations, je partage avec vous ce post.
Rien ne doit plus vous étonner
Bonne lecture.

Respectueusement

              Le feuilleton électoral haïtien a ceci d’ennuyeux que les scénarios sont prévisibles et leur issue se devine facilement sans aucun effort et sans même partager l’intimité de la loge du scénariste ou du producteur. Pourtant, cette prévisibilité ne rend pas moins le spectacle intéressant à suivre. Mais, ce n’est plus l’intrigue qui capte et fascine. Puisqu’on la connait déjà. C’est de préférence, la fourberie des acteurs qui motive le spectateur. C’est l’audace sourde et empreinte de duplicité du metteur en scène qui attire les regards. C’est aussi l’envie de savoir jusqu’où le producteur pourra aller trop loin dans la cupidité, dans la tricherie, dans le déni de la qualité pour continuer à produire de telles indigences. Mais, c’est surtout l’envie de comprendre jusqu’où l’imposture des uns peut se mettre au service de la cupidité des autres. Jusqu’à quel point de non-retour toute une nation peut se soumettre à la corruption et à l’ignominie de « ses élites » par une irrésistible urgence de survivre et de tout accepter.

C’est si infamant que l’ensemble prend la forme d’une œuvre théâtrale irrégulière dont les scénarios se ressemblent éperdument tout en se répétant à l’infini. Une vraie géométrie fractale !

Du refus d’exiger et de mettre à jour les registres des électeurs au choix de ne pas amender le décret électoral ; du refus d’analyser les procès-verbaux selon des normes de conformité et de qualité à l’embrouille de la publication des résultats partiels sur fond d’obscurité et de désaccord entre les conseillers ; de la contestation des résultats dans les rues sur fond de violence au recours devant les tribunaux ; du BCED au BCEN ; des accointances fortes existant entre certains des avocats de certains des plaignants et les intérêts des autres parties en présence au silence des médias qui cherchent à discréditer la démarche de contestation des partis politiques qui n’appartiennent pas à leur auberge, il y a une même trame qui se répète à l’infini : l’éternelle fourberie de la société haïtienne qui se complait dans la duplicité en livrant le spectacle d’une imposture en perpétuelle célébration.

Pourtant, sur des théâtres politiques, ni trop loin ni trop proches, le Guatemala et la Corée du Sud viennent d’offrir des exemples épiques de résistance et de courage face à la corruption. Il s’agit de ces exemples dont sont capables tous les peuples quand ils partagent une éthique commune et vivent dans le constant désir de voir leur écosystème produire de l’efficacité et de la légitimité. Hélas, ce ne doit pas être le cas en Haïti, car l’écosystème d’ici transpire l’indigence à tous les étages. Et chaque jour apporte une teinte d’exubérance plus corsée, plus épicée au bonheur des consommateurs, à la joie des producteurs.

Et cette semaine encore, une nouvelle couche été apportée. En effet, qui n’a pas été stupéfié d’entendre les bruyants éditorialistes des médias de service répéter en boucle que le verdict du BCED, se déclarant incompétent pour décider sur les motifs des contestations des candidats et renvoyant le dossier par devant le BCEN, est tout à fait logique et n’est pas du tout surprenant ?  Mais diable, pourquoi ne pas avoir fait l’économie de ce temps dans un processus qu’on dit fortement contraint par le temps ? Pourquoi perdre ce temps précieux quand c’est par manque de temps qu’on a refusé de régulariser les registres électoraux et de mettre à jour les listes électorales ? Pourquoi faire passer le temps futilement quand c’est, sans doute, par manque de temps que le BCEN refusera d’ordonner le respect des procédures de conformité au Centre de Tabulation et de Vote (CTV) ?

Seul un esprit fourbe et rôdé à la culture des mauvais arrangements peut justifier une telle incohérence. Pourtant, le pire reste à venir, si l’on en croit le décryptage des prochains scénarios. Certainement, il faudra prêter attention aux répliques qui vont retentir dans les plaidoiries imparables au BCEN. Mais quelle issue pour les contestations si les juges électoraux du BCEN sont liés par des engagements et soumis à des pressions dont ils ne peuvent se défaire ?  Quelle stabilité pourra-t-on construire en mettant en place de façon récurrente des processus qui ne sont porteurs d’aucune fiabilité pour la société ? Sur quelle légitimité reposera l’autorité d’un président sorti d’un processus électoral avec à peine 15% de participation et dont les résultats ne présentent aucune fiabilité, ni dans le fond (procès-verbaux non conformes) ni dans la forme (publication partielle dans un contexte mélangeant obscurité et méfiance notamment en regard du désaccord de certains de 3 conseillers) ?

Un même déni de qualité pour soutenir l’indigence

En canalisant la contestation vers ce recours sans issue, qui ressemble à une stratégie d’usure, le CEP se donne certainement le temps de l’argumentation en faisant passer le temps. Et la logique de cette argumentation ne peut que participer de la même imposture : Une sainte indigence en trois objectifs !

  • Garantir l’immunité à l’irresponsabilité.
  • Paver la voie à l’indigence politique.
  • Servir les intérêts d’une racaille économique qui n’a d’existence que parce qu’Haïti baigne dans l’indigence.

Si l’opulence des « élites » haïtiennes n’est que l’autre face de l’indigence qui sert de décor à notre écosystème, on comprend aisément que l’issue au BCEN ne sera qu’improbable. Car tout nous oriente vers un déni de justice. Tout porte les stigmates d’un déni de qualité. Et de toute évidence, tout va se jouer sur une plaidoirie en deux moments rythmés par des pseudo argumentations.

Dans un premier temps, le CEP laissera la responsabilité du non-respect de l’application des procédures de traitement des procès-verbaux au CTV. Car dans le modèle médiocratique haïtien, qui fait la réussite de beaucoup, on ne connait pas la cohérence, on ne connait pas le pilotage qui va du stratégique à l’opérationnel, on ne connait pas l’engagement managérial envers des services électoraux qui produisent de la confiance. Point crucial, s’il en est, pour la stabilité. Ici, chaque organe agit dans une logique irresponsable et désarticulée. Ici on ne connait pas l’alignement stratégique par rapport à la qualité. Ici on vit dans l’à peu près, dans l’approximation acceptable, dans l’exigence du moins pire. Et c’est cette adaptation à la bêtise qui nous permet de passer sans sursaut de l’indigence à la normalité. De célébrer l’insouciance en faisant écho des légendes d’ailleurs. Et surtout de vivre dans l’étonnement de futiles voyages tout en oubliant le premier voyage, de l’ile de Gorée à Saint Domingue, qui nous a tant déshumanisé.

Dans un second temps, le CTV défendra la thèse de ne pas être un centre d’audit et ne pas être assujetti à des contrôles de conformité en profondeur. C’est l’infâme recours à la théorie des règlements non contraignants. C’est la règle cruciale de l’indigence qualitative par laquelle on produit un règlement mais on se donne la latitude de ne pas le respecter.

Car il faut savoir que si le décret électoral de 2015, dans son indigence, collectivement acceptée par les partis politiques et la société civile, ne donne pas mandat au CTV pour fonctionner comme un centre de traitement de la qualité, il y a pourtant deux documents produits par le conseil électoral provisoire qui rétablissent cette exigence de qualité. Ce sont le « Manuel de procédures du CTV » et les « Règlements du CEP sur le traitement des procès-verbaux ».

A ce stade, il est particulièrement intéressant de souligner combien certains professionnels haïtiens peuvent faire preuve de limitation et d’incompétence dans la suffisance de leur savoir technique. Car s’il est vrai que le CTV est dirigé par un professionnel des statistiques, à qui on peut accorder le bénéfice du savoir technique, il n’en transpire pas moins une grande incompétence, une profonde inculture, dans les argumentations mises en avant par le CTV pour justifier le refus d’appliquer à la lettre les exigences des règlements des procès-verbaux. Selon la rumeur, le Directeur du CTV laisserait entendre que le CTV n’est qu’un centre de tabulation et non d’audit.

De ce point de vue médiocre, il découle l’argumentation que c’est à un centre d’audit qu’il appartiendrait la mission de mettre en place les contrôles de conformité réclamés par le bon sens pour le traitement des procès-verbaux. Pourtant c’est le Manuel de procédures du CTV qui fixe cette exigence. En effet, dans le chapitre I du Manuel de Procédures du CTV, il est fixé la mission du CTV et la finalité du Manuel de Procédures :

  • « La mission du Centre de tabulation est la saisie et le traitement des procès-verbaux (art. 171.1 du décret électoral du 2 mars 2015) ». (Manuel de procédures, Point 1, paragraphe 1, page [5]).

Oui, nous sommes d’accord avec l’argument que le CTV est un centre de tabulation. Mais que fait un centre de tabulation ? Dans ce même Manuel de procédures du CTV, il est décrit à la fois l’outillage de traitement mis à la disposition du CTV et aussi les étapes de ce traitement :

  • « En plus du procès-verbal de dépouillement, le Centre de Tabulation reçoit le procès-verbal d’incident, celui d’irrégularité, la liste d’émargement et la feuille de comptage. Tous ces documents sont placés dans une même enveloppe transparente scellée pour être acheminés, via les BED, au Centre de tabulation (art. 167.3 décret électoral 2 mars 2015). » (Manuel de procédures, Point 1, paragraphe 3, page [5]).

Plus loin, ce document règlementaire décrit les étapes du processus de tabulation :

  • « Décrire les étapes du processus de tabulation des votes (réception et inventaire des procès–verbaux (PVs), numérisation, contrôles visuels, saisie informatique, contrôle de conformité, contrôle de qualité, archivage physique et publication etc.) » (Manuel de procédures, Point 2, paragraphe 4, page [5]).

On voit clairement que le processus de tabulation inclut nommément des contrôles de conformité et de qualité. Point besoin d’être certifié ISO et spécialiste du management de de qualité pour comprendre, in fine, que le but de ces contrôles, en matière électorale, ne cherche qu’à limiter les risques et à réduire les incertitudes dans la publication des résultats.

Une telle finalité n’est pas incompatible avec une mission d’audit interne dont l’objectif est de fournir l’assurance que les décomptes et la transcription des voix sur les procès-verbaux ne comportent aucune anomalie significative. Peut-être, faudra-t-il compléter et approfondir la formation des stasticiens du CTV pour leur rappeler que l’audit n’est pas toujours une démarche externe et qu’elle participe d’une exigence managériale qui la rend inhérente à toute planification stratégique. Peut-être, faudra-t-il rappeler aux Administrateurs électoraux du CEP que le management de qualité impose une démarche d’audit (interne) à toute administration, à tout processus et à toute organisation. Et c’est cette exigence de qualité qui renforce la confiance des acteurs sociaux. C’est à travers cette mission de contrôle de conformité, de contrôle de qualité et d’audit interne, qu’on peut « établir un climat de confiance dans les élections, en améliorant la transparence, la planification et l'efficacité des processus électoraux ».

En dehors de cette exigence de qualité, les élections haïtiennes resteront une source d’instabilité politique d’où continueront de s’abreuver les opulents et les experts de l’indigence.

Mais, par-delà ce constat, il faudra aussi poser la question de la nécessité de l’existence du CTV. Car dans un pays soumis à un tel déficit de ressources économiques et à de telles précarités, on peut en bonne gestion se demander pourquoi investir d’importantes ressources pour faire fonctionner un centre qui n’est d’aucune importance et d’aucune utilité pratique dans le processus. Car ce contrôle visuel et de ratures qui semble résumer la mission du CTV, selon son Directeur et selon les officiels électoraux, peut être mis en place au niveau du bureau de vote. Ce sera aussi moins de temps perdu pour publier les résultats. Au vrai, en bonne orthodoxie administrative, il n’est pas nécessaire de continuer à produire à grande échelle, pour des électeurs improbables, des feuilles de contrôle, des listes d’émargement et à assurer le coût d’entretien d’un centre qui ne produit que de l’instabilité et ne fait que perdre du temps.

A moins que, par-delà l’escroquerie électorale confirmée, ce ne soit aussi une certaine escroquerie financière qui permet de générer des rétro-commissions pour nourrir l’opulence de ceux qui ne vivent que par et pour l’indigence.

 

Erno Renoncourt, 14 décembre 2016.

 

 

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