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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


A propos de "Ouragan sur Haïti. Lettre ouverte à l'écrivain Makenzy Orcel.M. Dominique BLUMENSTIHL- Par Erno Renoncourt - ROTH

Publié par siel sur 6 Décembre 2016, 16:51pm

Catégories : #E.Renoncourt chroniques

Marie Vieux. Auteure de Amour Colère et Folie, Les Rapaces. Entre autres...

Marie Vieux. Auteure de Amour Colère et Folie, Les Rapaces. Entre autres...

Bonjour,
 
Suite à nos récents échanges sur  la « bonne poésie » induits hasardeusement par la réflexion sur le festival « Étonnants Voyageurs»,  je me fais un plaisir de partager avec vous cette lettre ouverte qui a été adressée au romancier haïtien Mackenzy Orcel  par l’auteur et éditeur Dominique BLUMENSTHIL-ROTH. Celle lettre a été rédigée vraisemblablement après le passage de l’ouragan Matthew en octobre 2016. Peut-être que vous en avez déjà pris connaissance. Mais une nouvelle lecture n’est jamais de trop, quand elle permet de donner du sens à des échanges, à des questions et à des réflexions qui , sans une remise en contexte, pourraient être voués, par une certaine suffisance, à la banalité.
 
En tout cas, cette lettre peut être utile à plus d’un titre. Elle permet de repenser la vocation de la poésie et de la littérature dans le contexte de certains pays. Elle invite à la réflexion sur la prise en charge d’Haïti par ses fils poètes et romanciers. Et elle pose la question qui fâche : quelle doit être la fonction de l’écriture dans un pays subjugué cycliquement par des tragédies ? La poésie peut-elle se contenter d’être simplement esthétique et éloquente ?
 
L’auteur de la lettre invite le romancier  à « résister à l'amidonnage de la culture conventionnée qui ne cherche qu’à dompter » . Il l’invite à « rester rebelle ». Car dit-il « être romancier ne suffit pas »……Et certainement, pour beaucoup d’Haïtiens,  être un bon poète ne saurait suffire dans un pays inondé par l’indigence….Car, toujours selon l’auteur de la lettre, ce qu’ il faut à Haïti, ce sont « des voix  solides sachant déjouer les pièges du modèle civilisateur dominant ». Donc multiplier à loisir les festivals d’ici et d’ailleurs ne saurait être le seul destin de la littérature et de la poésie. Pour l’auteur, la poésie doit s’étendre sur d’autres territoires, dont celui du réel porté par l’injustice, les violences et les souffrances, pour réaliser les « connexions avec la parole révélée ». Car se demande-t-il,  « N'est-ce pas la vocation de la Poésie : devenir une politique po-éthique ? ».
 
Et oui, Haiti a grand besoin d’une réflexion sur l’éthique et la politique. A l’heure où nos institutions politiques subissent l’assaut de prédateurs qui cherchent l’immunité pour s’enrichir et pour couvrir leurs crimes, il faut bien que des voix fulgurantes résonnent pour faire jaillir une étincelle de dignité. Mais qui pour porter cette réflexion? Qui pour lui donner l’éloquence ? Qui pour la canaliser vers cette intelligence éthique qui nous fait défaut ?

Et l’auteur de la lettre propose que le poète et le romancier cessent de vivre rien que pour « accepter honneurs, prix, et autres salamalecs » qui ne sont que le  « nouveau fouet de la France pour amadouer les rebelles et les soumettre à son ordre ».
 
En effet, que l’on aurait été gâté par la poésie contemporaine haïtienne si elle nous apportait aussi , au de-là de « l’or des phrases », au de-là des récompenses individuelles, un soupçon de révolte, de colère et de dignité pour submerger cette indigence qui nous inonde par flots.
 
Voilà le genre de poésie dont Haiti a besoin, une littérature qui ne se limitera pas au snobisme des mots, aux accointances culturelles et diplomatiques et à la multiplication des festivals qui ne réalisent aucune connexion avec le réel. Or notre réel est peuplé d’indigence, de violences, d’injustices et de souffrances…et il faut en urgence des voix puissantes, fulgurantes et éloquentes pour porter le souffle d’une indignation collective capable d’enflammer de dignité notre horizon. C’est ce que nous attendons aussi de nos bons poètes…..une éthique intelligente au-delà de l’éloquence des « bons poèmes »
 
Vous trouverez le texte intégral de la lettre ouverte adressée à Mackenzy Orcel en pièces jointes à ce message et aussi sous le lien :
 
http://kabbale-kabbalah.blogspot.fr/2016/10/ouragan-sur-haiti-lettre-ouverte.html
 
Bonne lecture.


Respectueusement

L'esclavage vise à anéantir l'être, sa droiture : abaisser l'être, nier son humanité, dès lors le confondre ou même le réduire en-deça de son « ombre animale », extirper sa capacité réflexive, et le jeter en pâture aux fauves afin qu'ils le déchirent. C'est de cette fosse que l'esclave dut se libérer.
En s'accrochant à quelle corde ?
N'est-ce pas à vous, écrivains haïtiens de commettre cette corde par laquelle l'homme haïtien pourra sortir du puits ?
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Qui pourrait faire émerger le renouveau en Haïti ? Son élite, souvent en exil — puis-je vous le dire franchement ? — est comme timorée. Solidaire, mais loin des tranchées ou se déroule le véritable combat. Elle est certes révoltée, passionnée, mais conduit-elle son peuple vers une délivrance ? A-t-elle un projet ? Elle accepte honneurs, prix, et autres salamalecs. Les compliments troussés à n'en plus finir par la critique — nouveau fouet de la France pour amadouer les rebelles et les soumettre à son ordre. Et il est impitoyable, sous couvert de courtoisie, bienséance et prodigalité d'humanisme…
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Saurez-vous, cher auteur — Goncourt en perspective et je vous le souhaite ! — résister à l'amidonnage de la culture conventionnée qui cherchera à vous dompter ?
Restez rebelle, cher Makenzi Orcel.
Mais être romancier ne suffit pas ! Loin de là.
Etre rebelle ne suffit pas, car le « système » matérialiste, le pharaonisme actuel, a parfaitement prévu les espaces réservés aux rebelles… dont il s'accommode et s'amuse.
La seule rébellion possible, c'est la connexion à la Parole révélée, aux Signes.

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