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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


« DIGICEL-MENT vôtre ! » - Par Erno Renoncourt (Partie II)

Publié par Erno Renoncourt sur 28 Novembre 2016, 12:37pm

Catégories : #E.Renoncourt chroniques

Digicel est
Digicel est
Digicel est
Digicel est

Digicel est


De l’arrogance des riches à la violence des pauvres

              Il est important de souligner qu’au nom de la stabilité la justice ne saurait laisser ces violations flagrantes impunies, car c’est l’impunité qui suscite les vocations incendiaires et légitime la violence. Il n’est pas dans l’intérêt de l’état de droit que nous voulons construire d’ajouter une nouvelle couche d’impunité à la récurrence du dysfonctionnement judiciaire haïtien.

Ce serait un mauvais message pour la paix et la stabilité du pays que de taper à boulets rouges sur les discours incendiaires des pauvres et des « sans dents » Lavalassiens alors qu’on cautionne l’arrogance et l’insolence des riches qui osent tout. Du reste, ces attitudes ne pas moins des violences faites aux institutions du pays et à la dignité nationale. Car, comme d’autres déclarations faites par d’autres puissants et intouchables, ces comportements disent tout haut l’arrogance d’un certain secteur d’affaires et le mépris dans lequel il tient la population tout en étant lié à tous les mauvais arrangements.


S’il faut condamner l’appel à la violence lancée par des chefs de guerre politique, toutes tendances confondues, il faut aussi, sans retenue, condamner le cynisme mafieux des hommes d’affaires qui refuse l’alternance démocratique pour empêcher l’audit du gouvernement Tèt Kale.

Faut-il rappeler qu’un autre seigneur de guerre, profilant tour à tour entre le monde économique et politique, avait dit, au moment de la mise à l’écart de l’ex-premier ministre Laurent Lamothe, que tout audit du gouvernement Lamothe conduirait le pays à l’explosion. N’est-ce pas là une apologie de la corruption ? N’est-ce pas là un discours intimidant qui tend à imposer à toute une collectivité des pratiques de mauvais arrangement comme mode d’organisation ?


En ce sens, s’il faut interdire les manifestations populaires avant et après la publication des résultats, il faut aussi que la justice sévisse sans retenue contre ceux qui ont violé le décret électoral. La justice ne peut pas avoir un regard sélectif et politique : si vous êtes rouge, on vous pardonne tout, si vous êtes rose, on vous rappelle la loi, mais si vous êtes Noir et pauvre on vous envoie en détention. Ce sont là les marques et les signes d’une justice indigente et d’une société indigente.


Faire preuve de pensée reliante


Cela étant dit, il est opportun d’apporter une précision normative à ceux qui, dans la société civile et dans la grande presse, semblent prêts à proposer le nom de Monsieur Léopold Berlanger comme futur Prix Nobel de la paix sous prétexte qu’il aurait enfin trouvé la formule magique pour réaliser de bonnes élections en Haïti.

En ce sens, rappelons, une fois de plus, qu’un processus électoral ne s’évalue pas à l’aune du bon déroulement du scrutin le jour du vote. Le scrutin électoral représente certes l’étape la plus visible mais non pas la plus importante. Un processus électoral est un enchainement d’activités et de transactions qui mobilisent des référentiels documentaires (listes électorales) à l’entrée pour produire des référentiels documentaires (Procès-verbaux, liste d’émargements, résultats) à la sortie en respectant des procédures soumises à des exigences règlementaires.


Dans le cadre d’un processus électoral, il y a les normes préalablement citées sur le management de la qualité et la gestion des systèmes d’information documentaire (ISO 30000), mais aussi la norme ISO/TS 17582:2014 traitant du management de la qualité et qui fait des exigences particulières pour l'application de l'ISO 9001:2008 aux organismes électoraux à tous les niveaux du processus électoral


S’auto-congratuler d’avoir trouvé le graal électoral alors que déjà apparaissent les failles résultant des risques qui n’ont pas été gérés pendant tout le processus est une indigence médiatique qui mérite d’être récompensée par un prix Nobel d’indigence éditoriale.

Comme on l’a vu, et continue de le voir, la non actualisation et la non mise à jour du registre électoral comme document d’entrée, la non vérification de la conformité des procès-verbaux avec les listes d’émargement comptabilisés comme document de sortie, les violations du décret électoral qui sont restées sans sanction sont autant de faits qui témoignent d’un processus non en conformité avec les exigences réglementaires.

 Evidemment, il faut reconnaitre qu’on s’est efforcé de soigner la partie visible le jour du vote…comme d’ailleurs c’était aussi le cas le 25 octobre 2015.


Je m’en voudrais de ne pas évoquer aussi la légèreté avec laquelle certains professionnels, revendiquant pourtant toutes les expertises technologiques de l’univers, ont tenté de valider à coup d’argument techniciste « la théorie de la responsabilité limitée » invoquée par Digicel.

Ces artisans de l’informatique, tout ingénieurs qu’ils puisent être, n’ont pas su faire montre d’une pensée informatique qui mobilise la pensée reliante pour accéder à la complexité du sujet.

En ce sens, nous sommes inquiets de la perspective de voir la précarité ambiante servir de creuset pour façonner un type de professionnels très précaire dans un domaine aussi stratégique et porteur d’avenir que les technologies. Nous sommes inquiets de voir des professionnels pourvus d’un grand savoir techniques incapables de le contextualiser pour mettre en œuvre une pensée critique soutenue par une argumentation élaborée où est présente une vraie culture. Une culture qui prend en compte toutes les dimensions organisationnelles sur lesquelles s’alignent les technologies pour apporter des services de qualité à la transformation de la société.


 Il est urgent que les professionnels haïtiens dans le secteur des technologies apprennent à faire preuve de pensée reliante pour aller au-delà du simple savoir technique et informatique qui reste très rudimentaire parce que se limitant à la connaissance de quelques langages, outils, procédures et techniques de programmation ou de manipulations d’objets connectés.


Au vrai, le savoir réduit à cette rigidité technique suffit très peu pour aborder la complexité des usages, des besoins et des supports dont les organisations et les entreprises ont besoin pour atteindre leur performance et répondre à leur mission.


Puisque l’informatique tend à s’imposer comme une discipline stratégique capable d’influer sur l’organisation et la gestion des institutions et des entreprises, il faut que les informaticiens s’adaptent pour ne pas être détenteurs d’un savoir dédié aux besoins organisationnels d’avant-hier.


Orienter l’action collective vers une dynamique d’intelligence éthique
 

Du reste il y va des technologies et du management des entreprises comme de tout le reste. Il faut une pensée reliante. Il faut une valeur ajoutée. La même exigence s’applique au couple état de droit et élections. L’état de droit ne peut pas se résumer à un rituel indigent de célébration d’élections sans valeur ajoutée. Cela n’apporte aucune valeur ajoutée et ne fait qu’alimenter les frustrations, l’instabilité et la fracture sociale.


Il est temps pour nous d’arrêter de célébrer l’indigence. Evidemment, ce ne sera pas évident. Car cela nécessite davantage de professionnels éthiques et courageux pour démasquer les impostures technologiques et organisationnelles, davantage de partis politiques inscrits dans la modernité pour passer de la militance bruyante à l’intelligence active, davantage de médias responsables prompts à questionner l’évidence et à s’ouvrir à la pensée critique, davantage d’entreprises socialement responsables, moins indigentes, moins promptes à mentir pour défendre leur profit au détriment de tout, davantage d’entrepreneurs épris de culture d’affaires éthiques.


Il ne fait pas de doute que l’atteinte de ces efforts passera par des sacrifices que nous devons tous consentir, c’est ce que j’appelle le pacte éthique et responsable qui nous aidera à sortir de la fange pour ne pas continuer à dire « en avant », alors qu’il n’y a plus d’issue tant nous sommes cernés par l’indigence.


L’avenir restera ombrageux tant que ceux qui portent la responsabilité de la société et des institutions par leur avoir, par leur pouvoir et leur savoir ne s’activent pas à inscrire leurs actions dans une dynamique qui combine intelligence collaborative, justice sociale et conformité organisationnelle aux normes.
 
Erno Renoncourt, 27 novembre 2016.

 

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